A l’issue du sommet « Africa Forward » organisé les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, au Kenya, des organisations africaines et internationales de la société civile haussent le ton face à la réduction des financements mondiaux dédiés à la santé. Réunies autour du Réseau des Défenseurs du Fonds mondial pour l’Afrique (GFAN Afrique), elles appellent les dirigeants africains et leurs partenaires internationaux à replacer les populations au cœur des politiques sanitaires mondiales.
Dans une déclaration intitulée « Pas de souveraineté sanitaire sans des partenariats axés sur les personnes », plus de 100 organisations issues de 32 pays estiment que l’avenir de la coopération sanitaire mondiale ne peut être envisagé sans une implication réelle des communautés locales, de la société civile et des acteurs de terrain.
Co organisé par le président kényan William Ruto et le président français Emmanuel Macron, le sommet « Africa Forward » avait notamment pour objectif de réfléchir à la résilience des systèmes de santé africains et à leur place dans les futurs engagements internationaux, particulièrement dans le cadre du prochain sommet du G7 prévu à Évian en juin prochain.
Dans leur déclaration, les organisations signataires recommandent trois axes prioritaires. Elles demandent d’abord de considérer la santé comme un levier stratégique de sécurité collective et de prospérité commune, en investissant davantage dans les personnels de santé et dans les communautés vulnérables. Elles plaident ensuite pour une réforme de l’architecture sanitaire mondiale afin qu’elle soit plus équitable, inclusive et fondée sur les priorités nationales. Enfin, elles exhortent les partenaires internationaux à garantir des financements durables capables de soutenir la souveraineté sanitaire des États africains.
Les organisations de la société civile s’inquiètent particulièrement du recul des financements internationaux destinés à la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Elles rappellent que la huitième reconstitution des ressources du Fonds mondial en 2025 n’a permis de mobiliser que 12,64 milliards de dollars américains sur les 18 milliards attendus, malgré les progrès réalisés durant les deux dernières décennies grâce à ce partenariat mondial qui aurait permis de sauver environ 70 millions de vies.
Selon les signataires, cette baisse des financements risque d’avoir des conséquences directes sur les populations les plus vulnérables, notamment à travers des ruptures de traitements, des pénuries de médicaments, l’augmentation des coûts des soins pour les patients pauvres ainsi que la suppression des contrats des agents de santé communautaires.
Prenant la parole lors d’une conférence de presse organisée à Nairobi le 10 mai, Rosemary Mburu a insisté sur la nécessité d’un partenariat basé sur les réalités africaines. « On ne peut pas faire progresser l’Afrique sans renforcer les systèmes de santé, et on ne peut pas parler de santé sans placer les personnes au centre », a-t-elle déclaré.
De son côté, Modou Lamin B. Bah a souligné que les engagements internationaux devaient désormais produire des résultats visibles pour les populations. « Nous voulons que ces résultats se traduisent par des cliniques opérationnelles et par des mères qui survivent à l’accouchement », a-t-il affirmé.
Parmi les organisations signataires figurent notamment GFAN Africa, WACI Health, Impact Santé Afrique, ainsi que plusieurs structures issues de la République démocratique du Congo, du Kenya, de l’Afrique du Sud, du Ghana, du Cameroun, de la Zambie et d’autres pays africains.
Après ce plaidoyer, la société civile entend maintenir la question de la souveraineté sanitaire au centre des discussions internationales et pousser les gouvernements à bâtir des systèmes de santé plus solides, capables de répondre durablement aux besoins des populations africaines.
Fidel Songo
