C’est une réplique silencieuse mais poignante, une mise au point aux allures d’une catéchèse politique. Pour Bruno Tshibala, Premier Ministre Honoraire, le respect des textes en RDC, après la toute première alternance pacifique au sommet de l’Etat, ne devrait faire l’objet d’aucun compromis, quelles que soient les vicissitudes du contexte national actuel. Réagissant aux points de vue exprimés par le Président Félix Tshisekedi sur les questions du changement constitutionnel, des élections et de la gouvernance institutionnelle en RDC, Bruno Tshibala fustige une attitude contraire à l’esprit républicain, au bien-vivre ensemble et la sérénité des populations. Dans une déclaration faite hier, mardi 12 mai 2026, à Kinshasa, l’Ancien Premier Ministre alerte sur le risque avancé d’instauration d’une dictature dangereuse en République démocratique du Congo, interpellant le Chef de l’Etat sur la nécessité de préserver les acquis de la démocratie.
« Ce qui saute aux yeux de tous et qui est une évidence, c’est que contrairement aux hommes qui ont fait la lutte de l’UDPS sur le terrain contre la dictature et qui ont été instruits et initiés à la culture des textes par Etienne TSHISEKEDI: celle de respecter religieusement les textes légaux et réglementaires qui régissent le fonctionnement de l’Etat républicain, les autres compatriotes qui ont rejoint en vrac le président Félix parce que, détenteur de l’impérium, ne pouvaient que venir lui proposer ce genre des choses pour qu’ils puissent jouir davantage des dividendes que leur procure le pouvoir. Les valeurs pour lesquelles son père, ses compagnons et l’UDPS se sont battus, sont reléguées au second plan. Sans arguments percutants pour justifier le coup qu’ils veulent porter à notre cadre constitutionnel et institutionnel, ils s’évertuent à scander le point levé des slogans qui ne sont en définitive que de la lapalissade », a condamné avec la plus grande fermeté, Bruno Tshibala, lors de sa conférence de presse tenue à Kinshasa.
La Pros.
Tshibala attire l’attention de Félix Tshisekedi sur les fondamentaux de la lutte de l’UDPS pendant trois décennies
Après avoir suivi le point de presse animé par Félix TSHISEKEDI le 06 Mai 2026, l’ancien Premier ministre a jugé utile de rappeler la motivation de la révolte de I’UDPS et son chef l’intrépide Etienne TSHISEKEDI WA MULUMBA contre la dictature. Cinq ans après l’accession de la RDC à l’indépendance, le pouvoir a été confisqué par un seul homme pendant plusieurs années. Les libertés fondamentales bafouées et le peuple tout simplement chosifié. Contre cet état des choses, l’UDPS s’est insurgé en menant une lutte acharnée pour l’éradication de cette dictature en vue d’instaurer à sa place la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Cette démocratie implique deux choses essentielles qui sont son corollaire :
a) L’alternance au pouvoir,
b) La limitation des mandats.
Et, pour ne pas vivre la mauvaise expérience qu’a connue le pays sous MOBUTU, il a été convenu et décidé qu’un président élu ne peut exercer qu’un mandat de cinq ans renouvelable une et une seule fois. Il est dès lors hors de question qu’un homme aille au-delà de ce délai pour tenter de briguer un troisième mandat proscrit par le peuple. A la Conférence Nationale Souveraine et au Dialogue Intercongolais de San City, I’UDPS a soutenu ce principe de précaution qui ne peut être dérogé. Ce que les congolais doivent savoir, c’est le fait que pendant le Dialogue Inter congolais, les belligérants de l’époque, ils sont tous connus, s’étaient entendus pour fixer cette limitation à trois mandats successifs. C’était sans compter avec la vigilance et la détermination des démocrates de l’opposition politique qui ont fini par imposer le principe de la limitation à un mandat de cinq ans renouvelable une et une seule fois.
Donc, cet acquis important arraché à ceux qui avaient les armes en main par l’opposition politique « I’UDPS en tête », ne peut être bradé et doit demeurer inchangé et irremplaçable. Le Congo comme l’ensemble de l’Afrique a besoin d’institutions fortes et stables et non d’hommes forts qui se cramponnent au pouvoir indéfiniment et sans limite. En ce qui concerne une révision éventuelle de la Constitution, pour TSHIBALA, notre Constitution a ceci de spécificité et de singulier : Elle est révisable pour toutes les matières en dehors de celles verrouillées et contenues dans l’article 220 de la Constitution.
Ces matières intangibles renferment des valeurs pour lesquelles les congolais se sont battus et même payés de leur vie et ne doivent subir aucune modification. Ce qui saute aux yeux de tous et qui est une évidence, c’est que contrairement aux hommes qui ont fait la lutte de l’UDPS sur le terrain contre la dictature et qui ont été instruits et initiés à la culture des textes par Etienne TSHISEKEDI: celle de respecter religieusement les textes légaux et réglementaires qui régissent le fonctionnement de l’Etat républicain, les autres compatriotes qui ont rejoint en vrac le président Félix parce que, détenteur de l’impérium, ne pouvaient que venir lui proposer ce genre des choses pour qu’ils puissent jouir davantage des dividendes que leur procure le pouvoir. Les valeurs pour lesquelles son père, ses compagnons et l’UDPS se sont battus, sont reléguées au second plan. Sans arguments percutants pour justifier le coup qu’ils veulent porter à notre cadre constitutionnel et institutionnel, ils s’évertuent à scander le point levé des slogans qui ne sont en définitive que de la lapalissade.
Nous demandons à Félix TSHISEKEDI deux choses :
Puisque nous sommes in tempore suspecto, que ceux qui le pressent à réviser ou à changer la Constitution, se réunissent, fassent des réflexions et des propositions, les consignent dans un document à verser au Dialogue National Inclusif à venir qui le fera examiner par la Commission des réformes institutionnelles. Ce cadre aura l’avantage de jouir de l’impartialité et d’objectivité pour dégager des options dans le seul intérêt de la Nation. Les résolutions devant y sortir devront être applicables exécutoires et opposables à tous.
➤ Nous demandons au Président Félix dans un élan de patriotisme de prendre pour modèle Xanana Güsmao, le combattant de la liberté et de l’indépendance du Timor Oriental et premier président de ce pays. Il est célèbre avec sa formule : « Celui qui vient me proposer de violer, de réviser ou changer la Constitution pour que je reste au pouvoir au-delà du temps m’imparti par la Constitution, je démissionne ».
En adoptant une telle attitude face aux hommes sans convictions, aux pasteurs, évêques et archevêques autoproclamés, accourus vers lui parce que détenteur de l’impérium et les gains qu’ils pourront en tirer, il deviendra « Grand » et prouvera qu’il mène la politique de façon désintéressée comme son père Etienne d’heureuse mémoire. A propos du Dialogue National inclusif, Chacun doit savoir que : Le Dialogue qui se définit comme une discussion en vue d’un accord, est dans l’ADN de la RDC et des congolais. C’est toujours par la voie de la négociation qu’ils parviennent à régler les conflits politiques et armés qui se posent depuis l’indépendance du pays le 30 Juin 1960.
Jamais la solution militaire n’a été privilégiée pour dénouer une crise. Depuis la congolisation: sécessions, rebellions, contestations diverses de l’ordre établi, les congolais sont toujours parvenus à régler les crises par le dialogue. In fine, nous pensons qu’en vue de réunifier le territoire national aujourd’hui fragmenté, d’arrêter les massacres des civils, les affrontements dans lesquels périsse la jeunesse, avenir du pays, les femmes et les enfants de la RDC. Il est plus qu’impérieux et urgent que tous les protagonistes congolais se retrouvent et se parlent. Ce faisant, il est souhaitable que la partie gouvernementale qui affiche des réticences et qui retarde la convocation de ces assises règle les derniers désaccords avec la CENCO pour permettre à cette dernière déjà prête avec les préparatifs de jouer son rôle de médiateur de ce dialogue de tous les espoirs.
Sans cela, l’on n’arrêtera pas les souffrances de nos compatriotes de l’Est, et le pays restera fragmenté. Sans cela, l’on n’arrêtera pas les souffrances de nos compatriotes de l’Est, et le pays restera fragmenté. Le retour de la paix, condition du développement, la cohésion et la concorde nationales resteront chimériques.
Fait à Kinshasa, le 12 Mai 2026
Bruno Tshibala Nzenzhe
Premier ministre honoraire
