Juliana Amato Lumumba a officiellement présenté sa candidature à la direction de l’organisation francophone à travers un texte-programme qui reprend l’histoire, les enjeux contemporains et une feuille de route ambitieuse pour ce qu’elle appelle une « Nouvelle Francophonie ». Le « manifeste » de sa campagne combine une analyse historique de longue durée, un diagnostic sur l’état actuel de la langue et des échanges francophones, et des propositions institutionnelles et culturelles précises.
Un projet ancré dans l’histoire et le sens du dialogue
Dans son exposé introductif, Juliana Lumumba rappelle que la francophonie n’est pas une construction fortuite mais le fruit d’un long cheminement humain fondé sur la rencontre et le dialogue entre communautés. Elle revient aux racines historiques de l’espace linguistique francophone, évoquant des jalons comme le partage de l’empire carolingien et le Traité de Verdun (843) qui, selon elle, ont contribué à dessiner des espaces culturels et linguistiques communs en Europe.
L’argument central du texte est que la langue française s’est constituée et enrichie par l’échange et qu’elle doit rester, aujourd’hui, « un lieu de rencontre, d’ouverture et de responsabilité partagée ». La candidate met en garde contre toute repli identitaire et plaide pour une francophonie active et inclusive.
Un diagnostic clair : défis culturels et institutionnels
Le texte dresse un bilan sans complaisance des difficultés qui, selon l’auteure, traversent l’espace francophone :
– la tentation d’enfermer la langue dans un héritage figé ou nostalgique ;
– les inégalités et fractures socio-culturelles entre États et sociétés francophones ;
– la nécessité d’adapter les institutions et les pratiques aux réalités contemporaines (économie numérique, mobilités, diversité des expressions culturelles).
Mme Lumumba rappelle aussi des jalons institutionnels et symboliques de la coopération francophone, citant notamment la création en 1970 à Niamey d’une « Agence de coopération culturelle et technique » et l’importance des dispositifs qui ont structuré les échanges au fil des décennies.
Les orientations prioritaires : vivre-ensemble, inclusion, co-construction
La proposition politique de Juliana Amato Lumumba se décline en grands axes :
Faire de la francophonie un « espace vivant » : favorisant la rencontre, l’interaction et la co-construction (elle utilise l’expression « vivant — inclusif — co-productif — co-créatif — solidaire »).
Réaffirmer l’option du dialogue et de la diversité comme principes fondateurs, contre toute forme d’uniformisation imposée ou de nostalgie figée.
Promouvoir une francophonie au service du développement humain : éducation, coopération économique, formation professionnelle et appui aux industries créatives.
Renforcer la capacité institutionnelle pour faire face aux défis contemporains (numérisation, pluralité des médias, gouvernance partagée).
« Ce manifeste de campagne », comme elle le nomme, propose également des reformulations concrètes de la mission : redonner une voix aux peuples, encourager la formation linguistique et professionnelle, et faire de la langue française un vecteur de citoyenneté et de projets économiques partagés.
Un appel à la rénovation institutionnelle
La candidate appelle à une rénovation institutionnelle résolue, qu’elle présente comme une condition nécessaire pour faire de la francophonie une force politique, culturelle et économique pertinente au XXIe siècle. Elle plaide pour une « refondation institutionnelle » en insistant sur la nécessité d’une gouvernance plus inclusive et plus active.
Signature et tonalité personnelle
Le texte se conclut sur une tonalité personnelle et militante : Juliana Amato Lumumba se présente comme candidate animée par une vision humaniste et partagée. Elle invoque l’héritage collectif et propose une francophonie qui ne serait plus seulement un souvenir ou une option culturelle, mais une communauté d’action et de destin.
Contexte et questions ouvertes
En l’état, le texte est une proclamation de principes robuste : réaffirmation du rôle du français comme langue de rencontre, volonté de rénovation institutionnelle et appel à une francophonie solidaire, vivante et utile aux peuples. Il marque l’entrée d’une candidature qui entend bousculer les approches conventions pour recentrer l’action sur la co-construction, l’inclusion et la responsabilité partagée.
César Nkangulu
