Le décor est planté, les lignes de fracture sont tracées. En lançant la coalition « C64 », l’opposition congolaise vient de jeter ses dernières forces dans la bataille pour la survie démocratique de la République Démocratique du Congo. Face aux velléités de révision, voire de changement constitutionnel brandies par le camp de Félix Tshisekedi, ce nouveau front politique ne se contente pas de protester : il s’arme du texte sacré de la République pour sonner la mobilisation générale. L’appellation « C64 » n’a rien d’un hasard technocratique. Elle résonne comme un cri de ralliement et un avertissement juridique. En invoquant l’article 64 de la Constitution, qui fait un devoir à tout Congolais de faire échec à ceux qui s’emparent du pouvoir par la force ou l’exercent en violation de la loi suprême, l’opposition légitime par avance sa résistance. Elle transforme une bataille parlementaire technique en un devoir civique et populaire. Pour le pouvoir en place, l’argumentaire est rodé : la Constitution actuelle, héritée des accords de Sun City, serait « inadaptée » aux réalités congolaises et freinerait le développement du pays. Mais pour l’opposition et une large partie de la société civile, le piège est grossier. Derrière les promesses de réformes institutionnelles se cacherait la volonté d’effacer le compteur des mandats pour offrir au président actuel un bail prolongé au-delà de 2028. L’enjeu de cet éditorial n’est pas de juger de la perfection d’un texte de loi, car aucune Constitution n’est immuable. Le véritable danger réside dans la méthode et le calendrier. Toucher aux règles du jeu démocratique dans un climat de méfiance généralisée, marqué par des crises sécuritaires à l’Est et des tensions sociales, s’apparente à jouer avec le feu sur un baril de poudre. La naissance de la C64 marque une rupture. Elle force chaque acteur politique, chaque citoyen, à choisir son camp : celui du respect des textes établis ou celui de l’aventure constitutionnelle aux lendemains incertains. Reste désormais à savoir si cette coalition saura dépasser les ego de ses leaders pour transformer ce bouclier juridique en une force de mobilisation pacifique et crédible. La stabilité de la RDC en dépend.
La Pros.