Pour Chardin Ngoie, mieux connu comme Expert en transports routiers et logistique, la ville-province de Kinshasa mérite une bonne dose de stratégies novatrices et des mécanismes adaptés pour juguler ses défis majeurs touchant à la mobilité urbaine. ‘’ L’heure a sonné pour que le civisme fiscal et routier s’impose à tous les usagers de la route, sans exception. Chaque véhicule qui roule, chaque taxi qui stationne, chaque bus qui embarque ou débarque, chaque piéton qui utilise les trottoirs… doit comprendre qu’une route de qualité a un coût, et que ce coût doit être couvert de façon équitable par le paiement rigoureux des taxes, impôts et redevances liés à l’usage de l’espace public’’, martèle-t-il, dans sa récente tribune, mise à la disposition du grand public, mais surtout des dirigeants politiques.
La route et la mobilité urbaine commerciales : un patrimoine commun à valoriser
(Par Chardin NGOIE – Expert en transports routiers, mobilité urbaine et logistique)
Alors que les embouteillages, l’insécurité routière et le désordre dans les transports urbains atteignent des proportions critiques à Kinshasa, il est urgent de repenser la route non seulement comme un espace de circulation, mais comme un patrimoine collectif, un levier de développement et une ressource économique partagée.
L’heure a sonné pour que le civisme fiscal et routier s’impose à tous les usagers de la route, sans exception. Chaque véhicule qui roule, chaque taxi qui stationne, chaque bus qui embarque ou débarque, chaque piéton qui utilise les trottoirs… doit comprendre qu’une route de qualité a un coût, et que ce coût doit être couvert de façon équitable par le paiement rigoureux des taxes, impôts et redevances liés à l’usage de l’espace public.
La route a un prix : payons pour mériter de meilleures infrastructures
Pour avoir des routes bien construites, des arrêts modernes, des parkings structurés et des viaducs fonctionnels, il faut une mobilisation accrue des recettes publiques urbaines. Le paiement des taxes de stationnement, les vignettes, les redevances d’exploitation commerciale et les autorisations de transport doivent devenir une routine citoyenne et un acte de responsabilité collective.
Il est anormal que certains utilisent la route comme leur propre commerce — pour charger, vendre ou stationner — sans contribuer à son entretien ou à sa modernisation. C’est pourquoi la route commerciale doit être pensée comme un bien public à haute valeur ajoutée, générant des ressources au profit de tous.
Kinshasa : des chantiers en cours, mais des efforts à intensifier
La ville de Kinshasa a récemment lancé plusieurs travaux de voirie, notamment dans des zones stratégiques comme lukunga funa et mont amba. qu’en est-il de Tshangu ? Ces efforts doivent être salués, mais leur intensification et leur professionnalisation s’imposent. En effet, les travaux doivent respecter les normes de circulation routière, intégrer les voies de déviation pour éviter la congestion, et prévoir dès le départ des infrastructures comme des arrêts-bus, des trottoirs, des parkings et des feux de signalisation.
La zone de Tshangu, avec ses artères engorgées et ses points de congestion structurelle (Masina, Ndjili etc.), a plus que jamais besoin d’un viaduc reliant les communes entre elles, ainsi que de routes secondaires de secours entre Masina et Limete, ou entre Matete, Kisenso et Ndjili. Le Boulevard Lumumba ne peut plus rester l’unique artère de desserte pour des millions de personnes.
Un Plan Directeur de Transport de Kinshasa à rendre opérationnel
Il devient impératif de mettre en œuvre sans délai le Plan Directeur de Transport de Kinshasa (PDTK). Ce document stratégique, s’il est appliqué dans sa globalité, permettra de restructurer la mobilité urbaine autour de plusieurs piliers : La mise en circulation des transports de masse (trains urbains, bus articulés, etc.) ; la création d’une société de transport public au compte de la ville de Kinshasa ; La Mutuelle pour la Solidarité des Chauffeurs au Congo (MSCC ASDT ASBL), qui se rend disponible pour offrir son expertise en matière de formation, de régulation et de gestion.
La régulation, un maillon oublié mais vital
L’amélioration des infrastructures routières ne saurait suffire sans une régularisation stricte par la Police de Circulation Routière (PCR). Les arrêts et parkings doivent être pensés comme des espaces d’ordre, permettant aux conducteurs de s’arrêter sans occuper la chaussée, et aux piétons d’attendre en sécurité. Cela vaut également pour les motards, qui doivent être intégrés dans la planification urbaine et contraints de respecter les couloirs de circulation.
L’idée commerciale : un engagement citoyen
Faire de la route un espace économique géré, c’est également transformer l’idée commerciale de la mobilité en outil de responsabilité sociale. Chaque entrepreneur de transport, chaque taximan, chaque vendeur ambulant doit comprendre qu’il profite d’un espace collectif, et qu’il lui appartient d’en financer l’entretien, en s’acquittant des droits exigés.
Le paiement des taxes, loin d’être une punition, devient un investissement collectif pour notre bien-être urbain.
L’urgence d’agir, encore une fois soulignée par les drames
Le récent accident tragique du mardi 22 juillet à Matadi Kibala, une fois de plus, nous interpelle : « Bala bala edjali wenze te » — La route n’est pas un marché ! Ce cri populaire doit se transformer en volonté politique, discipline citoyenne et action structurée.
Conclusion : Tous sur la route du changement
Nous devons changer notre manière de voir et de vivre la route. La mobilité urbaine commerciale ne peut plus être anarchique. Elle doit être organisée, fiscalisée, modernisée et sécurisée. Cela passe par l’engagement de l’État, mais aussi par l’implication active des citoyens, des usagers, des syndicats, la synergie des associations pour la défense des droits des chauffeurs et pour la promotion du civisme routier en RDC et des experts. La route est un bien commun. Elle mérite notre respect, notre contribution et notre protection.
Tribune du citoyen Chardin NGOIE
Expert en transports routiers, mobilité urbaine et logistique
Président de la MSCC ASDT ASBL
Kinshasa, le 22 juillet 2025
