A Kinshasa, ce mercredi 3 juin 2026, le Comité de pilotage et d’Orientation de la Réforme des Finances Publiques (COREF) a organisé, dans le cadre du Projet ENCORE financé par la Banque Mondiale, un atelier d’échange consacré au financement de la politique de santé en République Démocratique du Congo. Cette rencontre a réuni des représentants du Ministère de la Santé, ceux du Ministère des Finances, du Ministère du Budget ainsi que des Partenaires Techniques et Financiers autour du thème : « Financement de la politique de santé en RDC ». L’objectif poursuivi par ces assises, a été d’identifier les principaux défis du financement du secteur de la santé et d’explorer les pistes susceptibles d’améliorer l’efficacité de la gestion des finances publiques. La tenue de cet atelier s’inscrit dans la dynamique des réformes des finances publiques engagées par le Gouvernement, notamment la mise en œuvre du budget-programme et la déconcentration de l’ordonnancement, considérées comme des leviers essentiels pour améliorer l’efficacité de la dépense publique et renforcer la performance des politiques sectorielles.
Des contraintes persistantes dans le financement du secteur de la santé
Les échanges ont permis de mettre en évidence plusieurs obstacles qui continuent d’entraver l’efficacité de la politique sanitaire nationale. Les représentants du Ministère de la Santé ont notamment relevé la faible crédibilité du budget, la fragmentation de la paie, les difficultés liées à la gestion de la trésorerie ainsi que les insuffisances observées dans la chaîne d’approvisionnement des médicaments.
Les experts présents à cet atelier ont également souligné la complexité du financement du secteur, marquée par l’existence de mécanismes parallèles qui limitent l’alignement des Partenaires Techniques et Financiers sur les priorités nationales dans le secteur sous examen. La question de la décentralisation financière a également été évoquée, notamment en ce qui concerne l’effectivité des transferts des ressources destinées aux provinces.
Par ailleurs, les discussions ont relevé plusieurs défis relatifs à la mobilisation des recettes, notamment la faiblesse des contreparties nationales dans les projets financés par les partenaires ; les difficultés de cofinancement entre le Gouvernement et les bailleurs de fonds ainsi que la gestion des ressources extérieures sous forme d’appuis budgétaires.
La déconcentration de l’ordonnancement, un levier pour renforcer la crédibilité budgétaire
Au cours de cet atelier, Monsieur Godefroid MISENGA MILABYO, Secrétaire exécutif du COREF, a présenté les étapes ayant abouti à la déconcentration de l’ordonnancement dans les 4 Ministères pilotes dont la santé. Il a également mis un accent particulier sur la mise en œuvre du budget-programme. Il a rappelé que ces réformes visent à renforcer la responsabilisation des gestionnaires publics, à améliorer la célérité de la chaîne de la dépense et à assurer une meilleure cohérence entre les politiques sectorielles et leur traduction budgétaire. Revenant sur les fondements juridiques et institutionnels de la réforme relative à la déconcentration de l’ordonnancement, il a souligné les avancées enregistrées dans sa mise en œuvre ainsi que son importance pour l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique, notamment dans des secteurs prioritaires tels que la santé.
Le Directeur Administratif et Financier (DAF) du Ministère de la Santé a quant à lui, présenté les progrès réalisés grâce à la mise en œuvre de cette réforme, notamment l’amélioration du cadre juridique et réglementaire ; le renforcement des capacités des acteurs ; la production des plans d’engagement budgétaire et des plans de trésorerie ainsi que la mise en place de mécanismes favorisant une meilleure qualité des décisions budgétaires. Il a toutefois relevé certains défis persistants, parmi lesquels, l’instabilité de la connexion internet ; l’insuffisance de motivation des acteurs impliqués dans la chaîne de la dépense et le décalage observé entre certaines dépenses exécutées et les activités prévues dans les plans d’action prioritaires.
Des recommandations pour consolider les réformes engagées
Les recommandations faites lors de cette rencontre ont porté sur la poursuite des réformes engagées afin de renforcer l’efficacité du financement du secteur de la santé. Parmi celles-ci figure le renforcement des capacités à travers des missions d’immersion et d’échange d’expériences au profit des acteurs impliqués dans la gestion des finances publiques du secteur. Ces recommandations ont également mis en évidence l’importance du respect des procédures de gestion des finances publiques, depuis la programmation budgétaire jusqu’à l’exécution de la dépense, afin de garantir une meilleure utilisation des ressources publiques et une plus grande redevabilité des gestionnaires. Elles ont préconisé la poursuite des réformes visant à garantir une meilleure allocation des ressources, une exécution budgétaire plus efficace et une amélioration durable des services de santé au bénéfice des populations congolaises.
Un accent particulier a été mis sur le renforcement de la coordination entre les institutions publiques et les Partenaires Techniques et Financiers au travers d’une mise en place d’un groupe interbailleurs-santé, pour assurer une meilleure cohérence entre les priorités gouvernementales et les mécanismes de financement du secteur de la santé.
À travers cet atelier, le COREF réaffirme son engagement à accompagner les réformes des finances publiques et à promouvoir une gestion axée sur les résultats. Ces échanges ont permis de dégager des pistes d’amélioration concrètes susceptibles de renforcer la gouvernance financière du secteur de la santé et de contribuer à l’amélioration durable des services offerts aux populations congolaises.
La Pros.
