Tandis que le débat sur la révision ou le changement de la Constitution continue de dominer l’actualité politique en République démocratique du Congo, une voix se distingue particulièrement dans le paysage politique du Kongo Central : celle du professeur Emmanuel Kongo Mabilama, Coordonnateur National de l’Union des Fédéralistes Kongo (UFEKO), président du parti politique PPA et défenseur de longue date du fédéralisme qui a donné une interview le mardi 02 juin 2026.
Pour cet acteur politique, la réflexion engagée autour de l’avenir institutionnel du pays ne doit pas se limiter à quelques ajustements constitutionnels. Elle doit être l’occasion de repenser en profondeur l’organisation de l’État congolais afin de répondre aux défis du développement, de la gouvernance et de la cohésion nationale.
« Le PPA, l’UFEKO et moi-même sommes favorables à une réflexion nationale sur le changement de la Constitution. En tant que fédéraliste, je considère ce débat comme une opportunité historique de repenser l’organisation de notre État afin de garantir un développement plus équilibré de nos provinces », affirme-t-il.
Le fédéralisme au cœur de son combat politique
Depuis plusieurs années, Emmanuel Kongo Mabilama fait du fédéralisme le principal axe de son engagement politique. Pour lui, les difficultés que connaissent les provinces congolaises démontrent les limites du système actuel de gouvernance.
A la suite du vote par l’Assemblée Nationale de la proposition de loi organique relative à l’organisation du référendum, le président du PPA estime que le moment est venu d’ouvrir un véritable débat sur la forme de l’État.
« Et si la RDC passait de son état actuel à un État fédéral en changeant la Constitution pour revenir à celle de Luluabourg du 1er août 1964 ? », s’interroge-t-il.
Selon lui, la Constitution actuelle de 2006 n’a pas permis d’apporter toutes les réponses aux attentes des provinces en matière de développement, d’autonomie et de gouvernance.
Retour à l’esprit de la Constitution de Luluabourg
Dans son plaidoyer, Kongo MABILAMA propose de s’inspirer de la Constitution du 1er août 1964, dite Constitution de Luluabourg, qu’il considère comme un texte fondateur de la République. À ses yeux, ce modèle reposait sur plusieurs principes essentiels :
– une définition claire de la forme de l’État ;
– un équilibre entre le pouvoir central et les entités fédérées ;
– une politique économique mieux adaptée aux réalités locales ;
– une responsabilisation accrue des provinces dans leur développement.
« Notre faible cohésion nationale est due au fait d’avoir oublié ce qui devrait être notre boussole. Notre État-nation existerait mieux à travers un fédéralisme scientifique, loin de tout fantasme de balkanisation ou de division », soutient-il.
Pour le Coordonnateur de l’UFEKO, le fédéralisme ne constitue pas une menace contre l’unité du pays mais plutôt un instrument capable de renforcer la gouvernance locale tout en maintenant l’intégrité territoriale de la RDC.
Un soutien assumé à Félix Tshisekedi
Tout en défendant sa vision institutionnelle, Emmanuel Kongo Mabilama réaffirme son soutien au président Félix Tshisekedi. Il estime que les réformes actuellement engagées peuvent permettre au pays d’ouvrir un débat démocratique serein sur son avenir institutionnel.
« J’appelle la population congolaise à faire confiance aux institutions de la République. La RDC est une nation souveraine, libre de réfléchir à sa propre Constitution dans le respect des lois et de l’intérêt général », déclare-t-il.
Selon lui, les Congolais doivent participer activement à cette réflexion collective sans céder aux divisions politiques ou aux polémiques.
La crise à l’Assemblée provinciale du Kongo Central
Interrogé également sur la situation de l’Assemblée provinciale du Kongo Central, le professeur Kongo Mabilama n’a pas caché ses inquiétudes face aux tensions récurrentes qui paralysent cette institution.
Pour lui, la crise actuelle est davantage alimentée par des rivalités personnelles et des luttes de positionnement que par des divergences idéologiques.
Il estime que quel que soit le camp qui prendrait aujourd’hui la direction de l’Assemblée provinciale, les contestations risqueraient de persister.
Face à cette situation, il propose l’émergence d’une personnalité indépendante capable de rassembler les différents groupes de députés et de rétablir un climat de travail au sein de l’institution.
Selon lui, les élus provinciaux doivent privilégier l’intérêt de la province plutôt que les conflits permanents qui ralentissent l’action publique.
Au-delà des débats politiques du moment, Emmanuel Kongo MABILAMA appelle les Congolais à renouer avec leur mémoire collective et leur héritage institutionnel.
Pour lui, le développement de la RDC passera par une meilleure compréhension de son histoire, de ses modèles de gouvernance et des aspirations de ses peuples.
« Nous devons restaurer notre conscience historique afin qu’ensemble nous écrivions notre propre histoire », insiste-t-il.
A travers cette prise de position, le président du PPA et coordonnateur de l’UFEKO confirme sa volonté de placer le fédéralisme au centre du débat national, tout en participant activement aux réflexions sur l’avenir politique et institutionnel de la République démocratique du Congo.
Bosco Kiaka
