(Par Moussa Kalema Sangolo-Zaku Président National du Parti des Vertus Républicaines PVR)
Les déclarations de Godé Mpoy affirmant que « les Américains vont finir cette guerre d’ici décembre » soulèvent une profonde inquiétude politique, patriotique et morale.
Qu’un citoyen ordinaire exprime un optimisme approximatif, on peut encore se comprendre. Mais qu’un professeur d’université, économiste, pasteur, ancien président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa et député national en exercice tienne publiquement de tels propos interpelle sérieusement sur la vision de notre souveraineté nationale.
Sur quoi repose un tel optimisme ?
Quels éléments géopolitiques sérieux permettent d’affirmer que les États-Unis mettront fin à la guerre à l’Est de la RDC “d’ici décembre” ?
Et surtout : depuis quand la survie sécuritaire du Congo dépend-elle officiellement d’une puissance étrangère ?
Cette déclaration traduit malheureusement une maladie politique profondément enracinée dans notre classe dirigeante : la dépendance psychologique vis-à-vis des puissances extérieures.
Depuis plusieurs décennies, le Congo souffre d’une élite qui croit davantage aux solutions importées qu’à la capacité du peuple congolais de défendre lui-même son territoire, son armée et sa souveraineté.
La guerre dans l’Est n’est pas tombée du ciel. Elle est le produit d’intérêts géopolitiques, économiques et stratégiques complexes où plusieurs puissances étrangères, multinationales et réseaux régionaux poursuivent leurs intérêts autour des minerais stratégiques du Congo. Penser que ceux qui profitent historiquement de l’instabilité régionale viendraient miraculeusement restaurer gratuitement notre paix relève soit de la naïveté politique, soit d’une dangereuse illusion diplomatique.
Une Nation sérieuse ne sous-traite jamais entièrement sa sécurité nationale.
Car si demain une puissance étrangère “termine” effectivement notre guerre, le peuple congolais devra aussi se demander : à quel prix ?
Quelle contrepartie politique, militaire, économique ou minière sera exigée ?
Quelle part de notre souveraineté restera réellement intacte ?
L’indépendance ne consiste pas seulement à avoir un drapeau, un hymne et des institutions. Elle consiste aussi à être capable d’assurer soi-même la défense de son territoire et la protection de son peuple.
Le salut du Congo ne viendra pas d’un messie étranger. Il viendra de notre capacité collective à reconstruire l’unité nationale aujourd’hui profondément fragilisée.
Car aucune armée ne peut gagner durablement une guerre lorsque la Nation elle-même est divisée, politisée et minée par la méfiance interne.
La priorité nationale devrait être : la reconstruction d’une armée véritablement républicaine ; la fin de la politisation des forces de défense ; la restauration du patriotisme national ; le renforcement des capacités militaires et du renseignement ; la mobilisation populaire autour de la défense nationale ; et surtout un dialogue national inclusif capable de réconcilier les Congolais.
Le Congo est aujourd’hui fracturé par les discours de haine, les exclusions politiques, les frustrations sociales et les rivalités communautaires entretenues par certains acteurs politiques irresponsables. Or une Nation divisée devient toujours vulnérable aux agressions extérieures.
L’histoire du monde enseigne une vérité simple : aucune puissance étrangère ne viendra aimer le Congo plus que les Congolais eux-mêmes.
Les partenaires internationaux peuvent accompagner, soutenir, coopérer ou faciliter. Mais ils ne remplaceront jamais notre devoir historique de défendre la République.
La paix durable ne naîtra pas des annonces spectaculaires ni des prophéties diplomatiques. Elle naîtra du courage politique de refonder l’État, de réconcilier le peuple et de restaurer une armée forte, professionnelle et républicaine.
Le Congo doit cesser d’attendre des sauveurs extérieurs.
Le temps est venu pour les Congolais de redevenir les premiers artisans de leur propre souveraineté.
