L’appel à la ‘‘ville-morte’’ du 3 juin à Kinshasa, largement relayé par la coalition d’opposition C64, a plongé la mégapole dans une torpeur inhabituelle, révélant les fractures profondes d’une société en quête de repères. Avec près de 75% des établissements scolaires et universitaires restés portes closes, le signal envoyé par la jeunesse et les familles est indéniable : une peur généralisée ou un refus conscient de cautionner le statu quo. Les grands axes routiers, habituellement asphyxiés par des embouteillages monstres, offraient le spectacle saisissant de boulevards déserts, sous l’œil vigilant d’un dispositif policier lourdement renforcé pour étouffer la moindre étincelle de contestation. Ce ralentissement brutal de la vie publique témoigne d’une colère sourde face aux velléités de modification constitutionnelle et à l’instabilité politique chronique dénoncées par des figures de proue comme Martin Fayulu et Moïse Katumbi.
Pourtant, si ce mouvement s’affiche comme une réussite symbolique pour l’opposition, il met surtout en lumière le drame socio-économique des Kinois, pris en étau entre le devoir civique et l’impératif de survie. Dans une économie largement dominée par le secteur informel, où chaque jour non travaillé équivaut à un jour sans repas, la paralysie totale relève de l’utopie. Au fil des heures, la rigueur de la ‘‘ville morte’’ s’est ainsi effritée face à la nécessité du quotidien : des commerces ont discrètement levé leurs rideaux et les transports en commun ont repris timidement du service. Ce bilan en demi-teinte démontre que Kinshasa oscille dangereusement entre révolte et résilience. La population n’adhère plus aveuglément aux mots d’ordre politiques, non par désintérêt, mais parce que la faim impose sa propre loi. Cet éditorial sonne comme un avertissement pour le pouvoir et l’opposition : la rue congolaise gronde, mais elle refuse de mourir de faim pour des querelles de palais.
La Pros.