(Par Heustache Namunanika Kamira, Expert en Gestion des risques, des catastrophes humanitaires et de communication institutionnelle)
Il suffit de parcourir quelques artères de Kinshasa pour mesurer l’ampleur du défi relatif à l’assainissement. Caniveaux obstrués par des montagnes de déchets, les immondices aux différents marchés débordant sur les voies publiques, dépotoirs sauvages à ciel ouvert, eaux stagnantes, les têtes d’érosions incontrôlées et infrastructures de drainage fortement dégradées : le paysage urbain de la Ville-Province de Kinshasa, la capitale de la RDC témoigne d’une crise profonde de l’assainissement.
Cette situation n’est plus seulement une question de propreté urbaine. Elle constitue désormais un enjeu majeur de santé publique – avec Ebola -, de sécurité humaine et de résilience territoriale.
À chaque épisode pluvieux important, les conséquences sont visibles : inondations, destruction de biens, interruption de la mobilité urbaine, risques sanitaires accrus et vulnérabilité croissante des populations les plus exposées. Dans plusieurs communes de Kinshasa, l’insalubrité est devenue l’un des principaux facteurs aggravants des catastrophes urbaines. Les kinois cohabitent chaque jour avec les moustiques, agents causales du paludisme.
Face à cette réalité, la décision salvatrice du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo de confier au Général-Major Kasongo Kabwik la Coordination d’une vaste opération d’assainissement de la Ville-Province de Kinshasa avec l’appui des forces de défense apparaît comme une mesure ponctuelle, rapide et exceptionnelle répondant à une situation elle-même exceptionnelle.
Cette décision traduit une compréhension stratégique de la nature du problème. En effet, les approches contemporaines de réduction des risques de catastrophes considèrent que la prévention constitue la première ligne de défense contre les crises humanitaires. Curer les caniveaux, évacuer les déchets, restaurer les réseaux d’écoulement des eaux et sécuriser les zones vulnérables revient à agir directement sur les causes structurelles des inondations et de nombreuses catastrophes urbaines.
C’est pourquoi, la population kinoise accueille favorablement la nomination du Général-Major Kasongo Kabwik parce qu’elle répond à une attente longtemps exprimée. Les kinois veulent voir des actions concrètes là où, pendant des longues années, les problèmes se sont accumulés jusqu’à devenir un véritable défi de gouvernance urbaine.
L’expérience et la rigueur généralement associées à la gestion opérationnelle militaire peuvent constituer un atout dans la conduite de cette mission. La mobilisation rapide des moyens humains et logistiques est susceptible d’accélérer les interventions sur les points critiques identifiés à travers la capitale.
Cependant, il serait illusoire de croire qu’une opération, aussi ambitieuse soit-elle, suffira à résoudre définitivement le problème. Car, l’assainissement durable de la Ville de Kinshasa exige une approche systémique impliquant les autorités publiques, les communes, les services techniques, le secteur privé, la société civile et les citoyens eux-mêmes.
La ville de Kinshasa paie aujourd’hui plusieurs décennies d’urbanisation rapide, de pression démographique, d’insuffisance des infrastructures et de faiblesse des mécanismes de gestion des déchets. La réponse actuelle doit donc être comprise comme le début d’un processus plus large visant à reconstruire une véritable culture de salubrité urbaine.
La réussite du Général-Major Kasongo Kabwik ne se mesurera pas uniquement au nombre de tonnes de déchets évacuées, de caniveaux à curer, mieux à déboucher, des marchés et dépotoirs à nettoyer et les zones à risque d’inondations à maitriser. Elle sera évaluée à travers l’amélioration durable du cadre de vie et le renforcement de la résilience de Kinshasa face aux aléas climatiques.
Dans une ville de plus de quinze millions d’habitants, l’assainissement n’est pas un luxe. Il est une exigence fondamentale de gouvernance, un impératif de santé publique et une condition essentielle du développement durable.
Cela dit, la capitale de la RDC mérite mieux que l’image d’une métropole étouffée par ses déchets. La mobilisation engagée aujourd’hui ouvre une opportunité historique. Il appartient désormais à tous les acteurs concernés de la transformer en succès durable au bénéfice des générations présentes et futures.
