Prévue le 19 juin de chaque année, la Journée Internationale pour l’élimination de la violence sexuelle en temps de conflits a été célébrée à Kinshasa sous thème ‘’l’Omerta de femmes face à la violence’’. A cette occasion, le Desk femme s’est saisie de la situation pour rencontrer quelques filles sans domicile fixe à Kinshasa, pour apporter de la lumière sur les violences sexuelles dont elles sont victimes.
«J’ai 15 ans. Un homme m’a proposé de me donner à manger. Il m’a emmenée derrière un kiosque, il m’a violée. Après, il est parti comme si de rien n’était. Qui peut m’aider ? Je n’ai personne », témoigne Rose, rencontrée dans un quartier de Matete.
D’autres évoquent les agressions commises par des policiers, des agents municipaux ou des passants.
Le pouvoir, l’argent ou la simple impunité rendent ces violences d’autant plus fréquentes qu’elles sont rarement signalées.
«Une fois, un policier nous a menacées avec son arme. Il a dit que si on ne faisait pas ce qu’il voulait, il allait nous arrêter. On a eu peur. Moi, j’ai 17 ans. Je n’ai pas eu d’autre choix que de faire sa volonté », confie Sandrine, dans la commune de Limete.
L’impunité comme règle, la peur comme quotidien
Pour ces jeunes filles, la parole reste étouffée par la peur, la honte et l’absence de recours. Plusieurs d’entre elles disent ne jamais s’être adressées à une autorité, ni avoir reçu un quelconque soutien psychologique ou médical.
«Il n’y a pas de refuge ici. Quand on est malade ou blessée, on se débrouille entre nous. Si on parle, les autres rigolent ou disent que c’est normal. Alors on se tait », raconte Clarisse, mère d’un nourrisson, âgée de seulement 16 ans.
Cependant, certaines ONG locales tentent d’offrir des réponses d’urgence et des abris temporaires, kits d’hygiène, accompagnement juridique mais peinent à couvrir l’ensemble des besoins.
« Ces filles vivent une forme de conflit urbain : elles sont exploitées, violentées et oubliées. Il est impératif de reconnaître la gravité de leur situation et d’agir. Leur souffrance est bien réelle, même si elle ne fait pas de bruit », déplore Benie Banzila, secrétaire de l’ONG les femmes des valeurs, qui demande davantage de soutien institutionnel.
Un silence à briser
En cette journée dédiée à l’élimination des violences sexuelles en contexte de conflit, les défenseurs des droits de la femme rappellent que ces violences ne se limitent pas aux zones de guerre. Les rues de Kinshasa, où la loi de la force et de la débrouille règne, peuvent devenir des territoires hostiles pour des milliers de mineures abandonnées à elles-mêmes.
« Il est temps d’agir et redonner à toutes les filles, les mêmes chances de vivre en brisant l’impunité », a conclu Bénie Banzila.
Michel Okaso
