Moins d’un mois après sa prise de fonction, la nouvelle Rectrice de l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), la Professeure Espérance Bayedila, a marqué les esprits par une décision radicale : la révocation et le licenciement de plusieurs dizaines de membres du personnel administratif et technique. La mesure, qui vise à lutter contre les agents fictifs et à rationaliser la gestion des ressources humaines, a créé une onde de choc notamment, en raison de la présence sur la liste de plusieurs agents de la Radiotélévision Nationale Congolaise (RTNC).
C’est par une note de service datée du 6 février 2026, et largement diffusée en interne, que la nouvelle a été officialisée. Le document, signé par la Rectrice Bayedila, énumère les noms de près de 100 agents dont les contrats sont immédiatement rompus. Les motifs invoqués sont multiples et vont de « l’absentéisme non justifié prolongé » au « cumul irrégulier de fonctions » en passant par le statut « d’agent fictif », c’est-à-dire, des personnes percevant un salaire sans fournir de prestation de travail avérée.
Un signal fort pour la bonne gouvernance
Dans son discours d’investiture, la Professeure Bayedila avait promis un « audit complet des ressources humaines et financières » de l’institution, affirmant sa volonté de restaurer l’orthodoxie administrative et l’excellence académique à l’UNISIC. Cette première mesure d’envergure est perçue comme la concrétisation de cet engagement.
«Il s’agit d’une mesure douloureuse mais indispensable pour la survie et le redressement de notre université », a confié une source proche du rectorat. « Pendant des années, le fichier du personnel a été gangrené par des irrégularités qui plombaient notre budget de fonctionnement et nuisaient au moral des agents qui travaillent réellement. La Rectrice a simplement décidé de mettre fin à ce désordre. »
Selon les informations fournies, l’audit interne aurait révélé des dizaines de cas d’agents inscrits sur les listes de paie mais physiquement absents de leurs postes depuis des mois, voire des années.
Le cas épineux des agents de la RTNC
L’élément le plus surprenant de cette affaire reste la présence d’une dizaine d’agents de la RTNC parmi les personnes révoquées. Ces derniers, bien qu’employés par le média public, figuraient également sur les registres du personnel de l’UNISIC, soulevant de sérieuses questions sur la nature de leur lien avec l’université.
Un cadre du ministère de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU), s’exprimant sous couvert d’anonymat, explique que cette situation n’est pas isolée. « Il s’agit souvent d’un héritage de pratiques anciennes où des agents de l’État étaient « placés » dans d’autres institutions publiques, parfois sans affectation claire, créant des situations de cumul d’emplois et de salaires. Ces agents n’ont jamais exercé à l’UNISIC mais bénéficiaient indûment d’une rémunération. »
Cette décision pourrait ainsi mettre en lumière un problème systémique de gestion du personnel dans la fonction publique congolaise.
Réactions contrastées et perspectives
Au sein de l’UNISIC, la nouvelle a été accueillie de manière contrastée. Une partie du personnel administratif et du corps académique salue une « décision courageuse » qui va permettre de réallouer les ressources vers des besoins plus pressants, comme l’amélioration des infrastructures et des conditions de travail. « C’est un soulagement. Nous allons enfin pouvoir fonctionner avec ceux qui sont véritablement engagés pour l’université », a déclaré un chef de travaux.
D’un autre côté, l’inquiétude est palpable. Les agents concernés dénoncent une «chasse aux sorcières » et une décision « brutale et sans dialogue social». Certains d’entre eux envisageraient déjà de contester leur révocation devant les juridictions compétentes, arguant d’un licenciement abusif.
Cette vague de révocations constitue le premier grand test pour la Rectrice Espérance Bayedila. Si elle réussit à maintenir le cap et à justifier le bien-fondé de sa démarche, elle pourrait non seulement assainir durablement la gestion de l’UNISIC, mais aussi envoyer un message puissant à d’autres dirigeants d’établissements publics confrontés à des défis similaires. L’affaire sera suivie de près, tant par le monde académique que par les observateurs de la gouvernance en République Démocratique du Congo.
La Pros.
