Le pavé kinois ne suffisant plus à faire plier le pouvoir, c’est désormais dans le secret des chancelleries internationales que se joue l’avenir du débat constitutionnel en République démocratique du Congo. Les cadres de la Coalition Article 64 (C64), fer de lance de la contestation contre toute révision ou changement de la Loi fondamentale par le président Félix Tshisekedi, ont troqué les mégaphones des manifestations contre les porte-documents de la diplomatie. Après avoir fait résonner leurs arguments à Paris et Bruxelles, cette délégation de l’opposition s’apprête à entamer un marathon africain qui la mènera notamment au Togo, au Kenya, en Afrique du Sud, en Angola et en Ouganda. L’objectif de cette offensive itinérante est limpide : internationaliser la crise et forcer Kinshasa à accepter l’organisation d’un dialogue national inclusif sous l’œil de la communauté internationale. Cette transhumance diplomatique soulève une question de fond, aussi vieille que l’histoire politique de la RDC : peut-on valablement régler les contentieux de souveraineté nationale en dehors des frontières de la République ? En appelant les parrains extérieurs et les puissances régionales à la rescousse, la C64 tente de réactiver les vieux mécanismes de médiation africaine qui ont, par le passé, accouché des accords de Sun City ou du Centre Interdiocésain. Pour l’opposition républicaine, ce pèlerinage est une nécessité stratégique face à un pouvoir accusé de verrouiller l’espace politique intérieur. Face au rouleau compresseur de la majorité, l’arbitrage des voisins africains apparaît comme le dernier rempart pour préserver l’ordre constitutionnel de 2006. Pourtant, le piège de cette internationalisation est immense. L’histoire récente démontre que les capitales régionales défendent avant tout leurs propres intérêts géopolitiques avant le salut démocratique de leurs voisins. Demander l’arbitrage de Luanda, de Kampala ou de Nairobi, c’est introduire autant de variables complexes dans une équation congolaise déjà saturée d’interférences. De plus, cette démarche offre au gouvernement un argument de choix, celui de dénoncer une opposition qui préfère s’en remettre aux capitales étrangères plutôt que de se soumettre aux dynamiques institutionnelles nationales. Le porte-parole du gouvernement n’aura aucun mal à fustiger ce qu’il qualifiera de déficit d’ancrage patriotique. Le succès de cette tournée africaine reste donc hautement hypothétique. Si obtenir l’écoute polie de Lomé ou de Pretoria est une performance de communication, arracher des pressions diplomatiques concrètes capables de faire fléchir Félix Tshisekedi est une autre paire de manches. Pour que ce plaidoyer transfrontalier ne soit pas un coup d’épée dans l’eau, la C64 devra prouver qu’elle ne cherche pas simplement des parrains de circonstance, mais qu’elle porte un projet de cohésion nationale capable de stabiliser durablement le pays. En exportant le débat constitutionnel sur la scène africaine, l’opposition joue son va-tout. Reste à savoir si les réponses de ces pays africains seront à la hauteur de ses espérances, ou si elles sonneront le glas des illusions d’un arbitrage extérieur salvateur.
La Pros.