En 2026, la Chine va célébrer le 5e anniversaire de la victoire complète dans la lutte contre la pauvreté. Grâce à la revitalisation rurale, les campagnes chinoises ont connu un développement qualitatif avec une amélioration des conditions de vie des populations. Le développement vert consolide progressivement la victoire sur la pauvreté à travers tout le pays. Pour décrypter l’expérience chinoise en matière de lutte contre la pauvreté, CGTN Français a organisé une table ronde intitulée « Réduction de la pauvreté à la chinoise par les industries vertes : expériences et inspirations globales ». La parole a été donnée à divers participants de Chine et d’ailleurs pour qu’ils portent leur regard sur l’histoire de la transformation des campagnes chinoises dans la dynamique du développement vert. Ils se sont également exprimés sur comment l’expérience chinoise pourrait inspirer d’autres pays à travers le monde et ont formulé des vœux pour une coopération mondiale plus inclusive et soucieuse de l’intérêt commun.
Comment une réflexion plurielle pourrait aider à mieux comprendre le processus de revitalisation rurale qui a permis de lutter contre la pauvreté en Chine ? En quoi l’expérience chinoise en matière de lutte contre la pauvreté pourrait inspirer d’autres pays dans ce sens ? Comment le développement vert se consolide-t-il en Chine ? C’est, entre autres, à ces questions que les participants d’horizons différents à la table ronde de CGTN Français ont apporté des réponses. Présentée par Xu Zhike (Coco), l’émission a réuni Yu Xiang, directrice du Bureau de recherche sur l’économie du changement climatique de l’Institut de recherche sur l’éco-civilisation de l’Académie des sciences sociales de Chine, Dimitri De Boer, représentant en chef du bureau de Beijing de ClientEarth et conseiller invité du Conseil chinois pour la coopération internationale sur l’environnement et le développement (CCICED), Satyen Bhuruth, producteur technique en chef de Mauritius Broadcasting Corporation (MBC), Héribert-Label Élisée Adjoivi, gouverneur du Magazine Panafricain de Diplomatie et de Relations Internationales « Le Label Diplomatique », Gérard Njoya, rédacteur en chef à Actu Chine-Cameroun et Karim Badolo, commentateur burkinabè de CGTN Français.
Pour planter le décor sur l’histoire de la lutte contre la pauvreté en Chine, Mme Yu Xiang a commencé par le comté de Shangyou dans la province du Jiangxi, jadis pauvre mais qui connaît de nos jours un développement spectaculaire grâce à la revitalisation rurale. « À Shangyou et dans de nombreux villages chinois, on observe une croissance économique et une prospérité grâce à l’écotourisme et à l’agriculture biologique. Les mécanismes d’aide aux régions pauvres, aux caractéristiques chinoises, jouent un rôle crucial. Le soutien du gouvernement central chinois ne se limite pas à des investissements financiers et humains, mais représente aussi une orientation ciblée des ressources de gouvernance de l’État. Ce mécanisme permet d’apporter, par le chemin le plus court, les concepts de développement les plus avancés jusqu’aux villages les plus reculés, où ils prennent racine et se traduisent par une force productive efficace, propice à la prospérité économique », a-t-elle déclaré. Selon elle, ce qui fait la différence à Shangyou, c’est l’exploration d’une voie efficace pour le développement vert des zones rurales sous le paradigme de la civilisation écologique. Pour Mme Yu Xiang, dans les campagnes chinoises, d’immenses ressources écologiques et culturelles intangibles sont transformées en actifs, créant un cercle vertueux où « plus l’environnement est préservé, plus l’économie se développe ». D’après Yu Xiang, la Chine compte de nombreux exemples de développement vert rural qui peuvent offrir des modèles variés de réduction de la pauvreté par le vert, adaptables à différentes régions et pays. « Le développement vert des campagnes chinoises a transformé leur paysage, il offre également une nouvelle vision prometteuse de développement vert pour de nombreux pays en développement », a-t-elle souligné.
Pour avoir séjourné à Shangyou, Karim Badolo a confié avoir été édifié sur le développement de la localité, notamment la transformation des montagnes en des espaces agricoles où poussent des plants de thé, des orangers et de la canne à sucre. « Nous avons par ailleurs pu apprécier de plus près les résultats de ce qu’on appelle la civilisation écologique en Chine. Je pense qu’à partir de Shangyou, on peut véritablement mesurer l’implémentation de cette initiative en Chine. C’est un voyage qui m’a permis de comprendre davantage la revitalisation rurale en Chine. Parlant des habitants, j’ai rencontré des gens très dynamiques, des personnes âgées qui n’ont pas peur de gravir les montagnes pour prendre soin des plants de thé, des orangers, et cela a été une très belle interaction humaine », a-t-il indiqué.
Pour sa part, Satyen Bhuruth, producteur technique en chef de Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) a pris l’exemple du village de Kekeya dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang pour évoquer la lutte contre la pauvreté en Chine. « C’est en 1987 que le gouvernement central a décidé, avec des volontaires, de faire un projet de reboisement. (…) En 90, les premiers habitants sont venus s’installer. Un village a été créé. Et, au fil des ans, ils ont développé des routes, ils ont travaillé la terre. Ils ont fait des canalisations, et aujourd’hui il y a des vergers à perte de vue. Les gens ont le sourire sur le visage, ils sont heureux, ils gagnent bien leur vie. Ils se sont formés dans plusieurs coopératives », a-t-il détaillé. Satyen Bhuruth a également cité le cas du village de Deji dans la province du Qinghai qui connaît un développement prospère. Les habitants qui étaient dispersés de part et d’autre ont été rassemblés en un seul endroit pour créer le village et lutter efficacement contre la pauvreté.
Croissance économique et protection de l’environnement
En ce qui concerne le rôle que peut jouer ce type de modèle de développement rural, intégrant une « dimension verte », dans la réponse mondiale à des enjeux globaux tels que le changement climatique et la protection de la biodiversité, Dimitri De Boer, qui vit en Chine depuis 20 ans, a soutenu que la transition de la Chine axée sur le développement vert s’est accélérée, surtout depuis 2013, avec l’élection de Xi Jinping en tant que président du pays. Selon lui, le développement économique et la protection de l’environnement sont indissociables. « C’est exactement ce que véhicule le concept des « deux montagnes ».
Comment concilier croissance économique et protection de l’environnement ? Pour Mme Yu Xiang, les pratiques étendues de revitalisation rurale en Chine ont prouvé qu’il existe des solutions et des méthodes pour transformer les eaux claires et les montagnes vertes en biens précieux. « Prenons l’exemple de Shangyou. Sur le plan du développement du tourisme écologique, les fonctions régulatrices et culturelles des écosystèmes sont directement transformées en biens et services économiques. Sur le plan du développement de l’agriculture écologique, Shangyou s’est appuyé sur les sols riches en sélénium et les ressources en eau de qualité pour développer des produits agricoles caractéristiques », a appuyé Mme Yu. Poursuivant son explication, elle a indiqué que les récents efforts de la Chine pour éliminer la pauvreté et revitaliser les campagnes démontrent pleinement comment maintenir une coexistence harmonieuse entre l’homme et la nature dans le développement rural, et intégrer la construction de la civilisation écologique dans l’ensemble du processus de développement rural.
Quelles approches alternatives et quels soutiens concrets la revitalisation rurale peut-elle offrir aux pays du Sud global, notamment lorsqu’il s’agit de conjuguer développement d’industries vertes et lutte contre la pauvreté ? Pour avoir changé qualitativement le visage des campagnes chinoises, Karim Badolo a soutenu que la revitalisation rurale peut bien s’exporter dans bon nombre de pays du Sud global. « C’est une initiative qui peut bien réussir au Burkina Faso parce que la pauvreté est beaucoup plus présente dans les zones rurales. En implémentant ce genre d’initiative dans des pays comme le Burkina Faso ou ailleurs dans la plupart des pays africains, on peut véritablement lutter contre la pauvreté », a-t-il avancé.
Dans le même registre, le journaliste béninois, Héribert-Label Élisée Adjovi, a indiqué que la coopération sino-béninoise dans le domaine écologique s’articule autour de projets de construction de centrales solaires photovoltaïques qui renforcent l’accès à l’électricité, réduisent les émissions de CO₂, réduisent la dépendance du Bénin des énergies fossiles et luttent contre les changements climatiques tout en permettant aux populations de disposer de l’électricité. Selon lui, des cas concrets de cette coopération sont visibles dans divers secteurs d’activités au Bénin. « La coopération sino-africaine, au-delà de l’écologie, veut atteindre le développement durable comme à l’exemple de la modernisation à la chinoise, pour que l’agriculture, les infrastructures, le numérique et l’activité sociale, que tout cela rassemblé puisse permettre un développement durable, inclusif des populations béninoises à la base comme au sommet », a argué Éribert-Label Élisée Adjovi. Quant à Gérard Njoya, il a déclaré que la coopération entre la Chine et le Cameroun est un modèle inspirant. « Elle comprend des projets de développement bénéfiques pour les peuples chinois et camerounais. Et, pour un cas d’exemple dans le secteur de l’énergie, nous pouvons citer le projet d’électrification de 1 000 localités du Cameroun à travers le système photovoltaïque », a-t-il cité.
Relever les plus grands défis environnementaux
De son côté, Dimitri De Boer a laissé entendre que l’UE et la Chine sont deux acteurs importants de la gouvernance mondiale en matière d’environnement. « En effet, les décisions environnementales majeures prises dans le monde sont fortement influencées par l’UE et la Chine qui cherchent à s’aligner sur ces grandes questions. Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, adopté en 2022 sous la présidence de la Chine, illustre parfaitement cette réalité. Nous avons également eu le plaisir d’y apporter notre soutien durant de nombreuses années. Grâce à ce Cadre, le monde sera protégé, la nature pourra être protégée partout dans le monde », a-t-il précisé. Mme Yu Xiang a insisté sur l’expérience chinoise en matière de protection de l’environnement axée sur «la gouvernance ciblée ». Selon elle, le mot-clé de l’approche chinoise est la « précision ». « Grâce à l’identification ciblée et à la gestion dynamique, les ressources atteignent directement les personnes et les domaines qui en ont le plus besoin. Parallèlement, un système de gouvernance dynamique, y compris la prévention du retour à la pauvreté, a été établi », a-t-elle expliqué.
Pour réaliser une prospérité partagée, les différents participants à la table ronde ont unanimement reconnu que cela implique une éducation de qualité, des services médicaux accessibles, un environnement sain et une culture locale riche et vivante. Les panélistes ont enfin émis des vœux pour une coopération mondiale plus ouverte et plus inclusive afin de faire face aux défis communs.
