Après une phase décisive marquée des préparatifs d’envergure, la Table ronde de concertation sur les défis de l’Aménagement du Territoire a effectivement débuté hier, lundi 4 mai 2026, à Kinshasa. Lancée par la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, cette rencontre solennelle, placée sous le haut patronage du Chef de l’Etat, réunit, jusqu’à ce mardi 5 mai 2026, Gouverneurs de province, autorités coutumières ainsi qu’acteurs institutionnels et politiques de premier plan, offrant un cadre privilégié pour des échanges approfondis autour des mécanismes censés réduire les disparités provinciales, limiter les insuffisances infrastructurelles persistantes et accélérer la transformation nationale.
La cérémonie du démarrage des assises a été marquée notamment par les interventions de la Première Ministre Judith Suminwa et du Ministre de l’Aménagement du Territoire, Jean-Lucien Bussa Tongba. « L’aménagement du territoire constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour la République. Il conditionne à la fois la valorisation de nos ressources, l’équilibre du développement entre les provinces, et la cohérence de l’action publique », a indiqué la Première Ministre Judith Suminwa.
Jean-Lucien Bussa dans la droite ligne de la vision de Félix Tshisekedi
Au moment de son intervention, le Ministre Jean-Lucien Bussa n’a pas prononcé un simple discours de circonstance. Il a lancé un signal puissant, mettant en relief les grandes lignes d’une approche audacieuse dans la coordination des efforts d’amélioration des conditions de vie des congolais et du développement de la République démocratique du Congo.
« Comme vous pouvez vous en rendre compte, l’aménagement du territoire n’est plus une simple option technique ; il constitue désormais un instrument stratégique de gouvernance pour une administration efficace de notre espace, un levier de développement économique par l’optimisation des ressources, un facteur de cohésion sociale par la réduction des fractures géographiques et un outil de souveraineté nationale. Dans un pays aussi vaste que la République Démocratique du Congo, avec tous ses multiples défis de gestion spatiale, l’organisation rationnelle de l’espace n’est plus une option, mais un impératif pour corriger les déséquilibres actuels et valoriser nos diverses potentialités territoriales, comme le souligne à juste titre Son Excellence Monsieur le Président de la République, chef de l’État », a démontré Jean-Lucien Bussa, dans son allocution.
Tous pour le changement en RDC
Dans un registre plus soutenu, le Ministre de l’Aménagement du Territoire a épinglé le rôle fondamental dévolu aux provinces dans une large vision du développement économique national. Devant les officiels et personnalités de marque, Jean-Lucien Bussa a poussé sa voix pour l’élaboration des politiques publiques plus cohérentes et concertées intégrant des mesures ciblées pouvant contribuer à faire des provinces de véritables pôles de transformation structurelle de la République démocratique du Congo. « Nos provinces, nos territoires et nos villes évoluent à des rythmes asymétriques. Si certains pôles captent l’essentiel de l’activité, d’autres restent injustement enclavés et sous-équipées, créant une pression démographique insoutenable sur nos métropoles. Les cas des villes de Kinshasa, Lubumbashi, Matadi, Kisangani, principalement, où l’afflux massif des populations, en particulier des jeunes sans perspectives dans les milieux ruraux illustrent bien les conséquences de ces disparités… Le déficit infrastructurel demeure le goulot d’étranglement de notre croissance, qu’il s’agisse des réseaux routiers et ferroviaires limités, de la fracture numérique ou de l’accès restreint à l’énergie qui isole nos zones rurales. Dans le même ordre d’idée, la ré partition déséquilibrée de ces infrastructures dans les provinces et territoires ne favorise pas l’intégration économique nationale. À titre d’illustration, s’agissant de routes, en particulier, les provinces du Bas-Uele, du Maï-Ndombe, du Sankuru, du Sud-Ubangi, de la Tshuapa, de la Mongala, de la Lomami notamment ne disposent même pas d’un kilomètre de routes asphaltées. Ceci renforce notre conviction et notre détermination à remédier urgemment à cette situation structurelle’’, a-t-il affirmé, peu avant d’encourager les participants à engager des échanges constructifs, durant les assises, en vue de formuler des recommandations pertinentes dont la mise en œuvre pourra inéluctablement changer la donne dans la marche de la RDC vers le progrès.
La Pros.
ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE MINISTRE DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE À L’OCCASION DU LANCEMENT DE LA TABLE RONDE NATIONALE MAI 2026
➢ Excellence Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement (Avec l’expression de ma très haute considération)
➢ Honorables Députés et Sénateurs ;
➢ Excellences, Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement et chers collègues ;
➢ Madame et Messieurs les Gouverneurs des Provinces ;
➢ Mesdames et Messieurs les Représentants du Cabinet du Président de la Ré publique ;
➢ Mesdames et Messieurs les Représentants du Cabinet de la Première ministre ;
➢ Mesdames et Messieurs les Ministres provinciaux ;
➢ Mesdames et Messieurs les Secrétaires Généraux de l’administration Publique;
➢ Monsieur le Secrétaire Exécutif du FONAREDD ;
➢ Mesdames et Messieurs Membres du Conseil d’Administration de ANAT et FONAT ;
➢ Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux et Directeurs Généraux Adjoints ;
➢ Messieurs le Coordonnateur et Coordonnateur Adjoint de ONAT ;
➢ Mesdames et Messieurs les Représentants des partenaires Techniques et Financiers ;
➢ Mesdames et Messieurs les Représentants des ONG et de la Société civile ;
➢ Mesdames et Messieurs les Chefs et Autorités coutumières ;
➢ Mesdames et Messieurs les Agents et Cadres de l’Aménagement du Territoire ;
➢ Distingués invités, Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités respectifs. C’est avec un sentiment de responsabilité et une vision pour la transformation structurelle de l’économie de notre pays et des conditions de vie de nos concitoyens, que je prends la parole ce jour, à l’occasion de la Table ronde dédiée aux défis de l’Aménagement de notre Territoire. Avant toute chose, je remercie Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à qui je rends mes hommages les plus déférents et que je félicite sincèrement pour sa clairvoyance. Permettez-moi également de remercier Son Excellence Madame la Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka, ici présente, en sa double qualité de la Cheffe de Gouvernement et de Présidente du Conseil National de l’Aménagement du Territoire, pour sa conduite efficace de l’action gouvernementale. Mes remerciements s’adressent aussi à tous les Gouverneurs, Ministres Provinciaux, Chef de Divisions, qui ont fait le déplacement de Kinshasa et tous les participants qui ont bien voulu rehausser de leur présence ces assises.
Mesdames et Messieurs,
La présente table ronde marque une étape historique dans la marche vers l’émergence de notre économie. En effet, cette rencontre se fonde sur une volonté politique claire et un socle juridique désormais inébranlables : la Loi n°25/045 du 1er juillet 2025 relative à l’Aménagement du Territoire. Ce texte fondateur, en son article 9, souligne sans équivoque que “les politiques et plans sectoriels adoptés en Conseil des Ministres, doivent insérer les options majeures de l’Aménagement du Territoire, particulièrement celles relatives à la convergence interne du territoire national, la configuration de schéma d’armature urbaine, de corridors, du capital naturel, du mode de zonage et de la subdivision du territoire. Les projets et programmes ayant une incidence spatiale sont soumis à l’avis de conformité aux outils de planification spatiale…”. Dans le même ordre d’idée, l’article 9 précise que “ sans préjudice des compétences des Ministères sectoriels, les Plans d’Aménagement des zones économiques spéciales, des sites miniers, forestiers, pétroliers, agricoles ainsi que ceux des projets immobiliers, d’infrastructures structurantes telles que les routes, les aéroports, les aérogares, les centrales hydroélectriques et les éoliennes, les ports, sont soumis à l’avis de conformité aux outils de planification spatiale du Ministère ayant l’Aménagement du Territoire dans ses attributions…” La même Loi clarifie les responsabilités de chacun : l’Article 34 attribue au pouvoir central la mise en œuvre de la politique nationale, tandis que l’Article 37 confère aux provinces la définition de leurs options propres, dans une harmonie républicaine nécessaire. Plus encore, les Articles 47 à 50 imposent une cohérence absolue dans le zonage de nos espaces — qu’ils soient agro-pastoraux, industriels, miniers, énergétiques, urbains ou dédiés à la conservation de notre biodiversité. C’est donc forts de ce mandat légal que nous nous engageons ensemble aujourd’hui à bâtir un territoire organisé, productif et durable, au service de chaque Congolaise et de chaque Congolais. Comme vous pouvez vous en rendre compte, l’aménagement du territoire n’est plus une simple option technique ; il constitue désormais un instrument stratégique de gouvernance pour une administration efficace de notre espace, un levier de développement économique par l’optimisation des ressources, un facteur de cohésion sociale par la réduction des fractures géographiques et un outil de souveraineté nationale. Dans un pays aussi vaste que la République Démocratique du Congo, avec tous ses multiples défis de gestion spatiale, l’organisation rationnelle de l’espace n’est plus une option, mais un impératif pour corriger les déséquilibres actuels et valoriser nos diverses potentialités territoriales, comme le souligne à juste titre Son Excellence Monsieur le Président de la République, chef de l’État.
Mesdames et Messieurs,
Notre ambition est de poser un diagnostic lucide et sans complaisance mettant en évidence :
1. Les disparités provinciales préoccupantes : Nos provinces, nos territoires et nos villes évoluent à des rythmes asymétriques. Si certains pôles captent l’essentiel de l’activité, d’autres restent injustement enclavés et sous-équipées, créant une pression démographique insoutenable sur nos métropoles. Les cas des villes de Kinshasa, Lubumbashi, Matadi, Kisangani, principalement, où l’afflux massif des populations, en particulier des jeunes sans perspectives dans les milieux ruraux illustrent bien les conséquences de ces disparités.
2. L’insuffisance des infrastructures structurantes et leur répartition déséquilibrée par province et territoires du pays : Le déficit infrastructurel demeure le goulot d’étranglement de notre croissance, qu’il s’agisse des réseaux routiers et ferroviaires limités, de la fracture numérique ou de l’accès restreint à l’énergie qui isole nos zones rurales. Dans le même ordre d’idée, la ré partition déséquilibrée de ces infrastructures dans les provinces et territoires ne favorise pas l’intégration économique nationale. À titre d’illustration, s’agissant de routes, en particulier, les provinces du Bas-Uele, du Maï-Ndombe, du Sankuru, du Sud-Ubangi, de la Tshuapa, de la Mongala, de la Lomami notamment ne disposent même pas d’un kilomètre de routes asphaltées. Ceci renforce notre conviction et notre détermination à remédier urgemment à cette situation structurelle.
3. L’organisation sectorielle fragmentée : Il est temps de mettre fin au cloisonnement. Trop souvent, l’exploitation des forêts, l’agriculture, la pêche, l’élevage, le tourisme, l’industrie, les mines ou encore les hydrocarbures évoluent sans aucune interaction territoriale (pouvoir central, pouvoir provincial et entités territoriales décentralisées). Ce qui fragilise à la fois l’efficacité de nos investissements et notre quête de croissance économique robuste et durable.
4. L’Absence d’affectation des espaces selon les destinations économiques et sociales : Le fait de ne pas dédier les espaces selon leurs vocations économiques et sociales constitue un défi majeur pour l’aménagement du territoire. Cette situation entraîne souvent une occupation désordonnée de l’espace, une inefficacité dans l’utilisation des ressources, ainsi que des déséquilibres entre les régions. Elle complique également la mise en œuvre des politiques publiques et limite le développement harmonieux et durable du territoire. Face à ce diagnostic, notre ambition commune est sans équivoque : nous devons construire un territoire national physiquement connecté par des infrastructures modernes, notamment des chemins de fer, des routes structurantes, des corridors, … reliant les quatre coins du pays, tel que l’a souligné le Chef de l’Etat, lors la réunion du Conseil des Ministres du 24 avril 2026, je cite : “… nos corridors ne sauraient plus être de simples voies d’évacuation : ils constituent des artères vitales, appelées à structurer durablement notre économie et à renforcer la souveraineté de l’Etat.”. En outre, notre territoire doit être structuré autour de pôles économiques dynamiques, dotés de services sociaux accessibles, soutenus par un système énergétique fiable et résolument respectueux de l’environnement. Pour matérialiser cette vision, nous préconisons une spécialisation spatiale intelligente, structurée autour de :
➢ Zones agricoles et agro-industrielles ;
➢ Zones forestières ;
➢ Zones minières,
➢ Zones pétrolières et gazières :
➢ Zones Économiques Spéciales (ZES) comme politique de promotion de l’industrialisation pour attirer l’investissement et créer massivement des emplois dans chaque province ;
➢ Clusters industriels dans chaque province. Il s’agit de la planification rigoureuse de l’exploitation, la transformation locale des ressources et la gestion durable intégrée à l’économie locale ; Mesdames et Messieurs, Sans mobilité, il n’y a pas de développement territorial. Les infrastructures de transport constituent la colonne vertébrale qui doit relier nos zones de production aux centres urbains. Parallèlement, le Numérique et la téléphonie agissent comme des accélérateurs en réduisant les distances, en accélérant les échanges et en améliorant la compétitivité de notre économie. Par ailleurs, l’énergie demeure le fondement de toute transformation ; nous devons garantir un accès équitable par le développement de l’hydroélectricité, du solaire et de l’électrification rurale. Enfin, un territoire équilibré est aussi un territoire du savoir et de la santé. Tout en saluant les actions entreprises par Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, en construisant les universités dans quelques provinces, il ne fait l’ombre d’aucun doute que ce programme s’étendra très rapidement dans chaque province du pays. Il en est de même pour la répartition des infrastructures sanitaires modernes dans l’ensemble du territoire national. La réussite de cette vision exige une coordination exemplaire entre l’État central, les provinces et les entités locales. Une gestion transparente et une mobilisation de toutes nos ressources, y compris l’apport de nos partenaires techniques et financiers que je remercie vivement pour leur contribution. À ces propos, et en conformité avec les Articles 105 et 106 de la Loi précitée qui allouent entre autres 5% de recettes domaniales à l’Aménagement du Territoire ; Notre souhait le plus ardent est que ces dispositions de la loi s’appliquent sans équivoque pour donner à l’Aménagement du Territoire les moyens de son action. Notre feuille de route est claire : identifier les priorités à court terme, planifier et bien dédier les espaces selon les vocations économiques et sociales bien définies, afin de garantir une utilisation rationnelle, équilibrée et durable de l’espace national. Une telle approche permet non seulement d’optimiser les ressources disponibles, mais également de réduire les déséquilibres territoriaux, atteindre très rapidement la transformation économique totale et répondre efficacement aux besoins des populations. Mesdames et Messieurs, Le temps de l’hésitation est révolu. Nous devons agir ensemble avec discipline, cohérence et détermination. L’aménagement du territoire est la clé de voûte de notre avenir ; il conditionne notre essor économique, notre cohésion nationale, notre souveraineté et notre stabilité sociale. Nous tenons aujourd’hui l’opportunité historique de bâtir un territoire mieux organisé, mieux connecté, plus équitable, économiquement productif et résolument durable. Pour ce faire, j’attends de participants à la présente table ronde :
1. Des contributions concrètes et documentées ;
2. Des solutions et recommandations claires, applicables et adaptées au contexte actuel de la RDC et de nos anticipations ;
3. Une feuille de route des actions à la hauteur des enjeux de l’Aménagement du Territoire ;
➢ Excellence Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement (Avec l’expression de ma très haute considération) ;
➢ Honorables Députés et Sénateurs ;
➢ Excellences, Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement et chers collègues ;
➢ Madame et Messieurs les Gouverneurs des Provinces ;
➢ Mesdames et Messieurs les Ministres provinciaux ; Je souhaite plein succès aux travaux de cette table ronde !
Que vive la République Démocratique du Congo ! Je vous remercie.
Jean-Lucien BUSSA TONGBA
