Une certaine tension politique règne dans la province du Sud-Ubangi où, sur injonction du Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, le Vice-professeur Jean-René Galekwa a été officiellement installé, la semaine dernière, comme Gouverneur intérimaire. C’était au cours d’une cérémonie présidée par le Conseil provincial de sécurité mais boycottée par le Gouverneur titulaire, Michée Mobonga Lobo, qui a refusé de procéder à la remise et reprise avec son adjoint, comme l’avait exigé le VPM en charge de l’Intérieur, dans son télégramme, rendu public quelques jours plutôt.
Pour cause, le Gouverneur Mobonga dit avoir refusé de cautionner ce qu’il qualifie de « coup d’État » et de « se soumettre à un ordre manifestement illégal ». C’est ce qu’il a expliqué dans un entretien avec la presse à Gemena, la capitale provinciale du Sud-Ubangi.
« Le télégramme émis par le VPM en charge de l’Intérieur est émaillé de beaucoup d’erreurs sur le plan juridique :
Primo, y avait-il urgence pour que le VPM puisse signer ce télégramme le samedi, un jour non-ouvrable et le publié dimanche sur les réseaux sociaux ?
Secundo, en tant que juriste, j’ai décelé une grave erreur dans ce télégramme où l’on justifie ma mise à l’écart par le fait qu’elle devrait faciliter ma comparution devant la Cour de Cassation.
Pourtant, dans le cas sous examen, depuis que l’Assemblée provinciale du Sud-Ubangi a initié une action contre moi (soi-disant pour détournement), jusqu’à présent, ça fait plus d’un mois, le Parquet près la Cour de Cassation ne m’a pas encore invité à aller présenter mes moyens de défense.
En disant qu’il y avait un dossier judiciaire à la Cour de cassation contre le Gouverneur Mobonga, le VPM en charge de l’Intérieur a donc été induit en erreur par le Rédacteur de ce télégramme.
Moi, je suis prêt, j’attends que je sois invité pour aller présenter mes moyens de défense devant le Parquet près la Cour de cassation. Et c’est au Parquet de me traduire ou pas devant la Cour, pour que les juges puissent dire le droit », a-t-il indiqué.
Le Conseil d’Etat saisi
Pour le Gouverneur Michée Mobonga, face à un ordre manifestement illégal venant du Ministre national de l’Intérieur, il a été amené à saisir le Conseil d’État, via ses avocats, pour l’annulation de cette décision.
« En recevant le télégramme du VPM, j’ai noté qu’il y avait vice de procédure. C’est pourquoi nous l’avons attaqué au Conseil d’État pour annulation des effets de ce communiqué illégal du VPM, qui me demandait de faire une remise et reprise avec mon Vice-gouverneur, sans que je ne sois mis en accusation par le Parquet près la Cour de Cassation.
Je ne pouvais donc pas me soumettre à cet ordre mal donné, pour rester dans la logique de la Constitution de la république, qui stipule, en son article 28, que « nul n’est tenu d’exécuter un ordre manifestement illégal. Tout individu, tout agent de l’État est délié du devoir d’obéissance ».
Ça c’est un ordre illégal, ce que le VPM a fait. Il évoque une cause pendante à la Cour de cassation, sans nous en donner la référence.
Il n’y a contre moi aucune cause pendante devant la Cour de cassation moins encore auprès du Parquet près de cette haute juridiction », a tranché le Gouverneur démocratiquement élu de la province du Sud-Ubangi.
Non au coup d’état !
Revenant sur l’installation officielle par le Conseil provincial de sécurité, de son Vice-gouverneur comme Gouverneur intérimaire, Michée Mobonga a sans ambages indiqué avoir refusé de cautionner « un coup d’État » à la tête de la province du Sud-Ubangi.
« C’est un coup d’État qui vient d’être opéré. Simplement un coup d’État fait sur base d’un télégramme illégal. La fraude corrompt tout. Le télégramme qui est déjà une fausseté. Cette procédure ne repose sur aucune base juridique.
Mais in fine, la justice va trancher », a-t-il martelé.
Acharnement et deux poids deux mesures
Par ailleurs, le Gouverneur du Sud-Ubangi dit être victime d’une politique de deux poids deux mesures.
« Pourquoi cette politique de deux poids deux mesures ? Les mêmes griefs contre moi ont été également été portés par l’Assemblée provinciale du Kasaï contre le Gouverneur de cette province. Ce dernier est allé présenter ses moyens de défense devant la justice et a retrouvé son poste. Il en est de même des Gouverneurs de la Tshopo et du Kongo central, qui ont repris leurs fonctions, après leur audition par le Parquet près la Cour de cassation.
Ces collègues ont été invités par le Parquet près la Cour de cassation mais, dans mon cas, je ne suis pas encore invité, j’attends mon invitation pour aller présenter mes moyens de défense, comme ils l’ont fait. Pourquoi pour moi, on doit aller vite en besogne ? Je note qu’il y a seulement un acharnement sur ma personne de la part du VPM de l’Intérieur », a déploré le Chef de l’exécutif provincial du Sud-Ubangi, qui fustige également le fait que l’organe délibérant ait foulé au pied le moratoire décidé par le Gouvernement central, sur instruction du Chef de l’État, recommandant aux assemblées provinciales de sursoir à leurs motions contre les Gouverneurs de province, afin de leur laisser le temps travailler tranquillement, pour le bien de la population.
Notons enfin qu’au sein de l’Assemblée provinciale du Sud-Ubangi, des voix s’élèvent pour alerter sur une éventuelle déstabilisation de cette province, frontalière de la République Centrafricaine où sont basés des soldats rwandais, alliés de l’AFC/M23.
JR Mokolo
