(Par Prof. Alain Mutela Kongo)
Chers frères et sœurs,
On peut combattre une idéologie et finir par tomber dans une autre.
On peut lutter contre une dictature et devenir soi-même dictateur.
On peut dénoncer le tribalisme et verser dans une autre forme de tribalisme.
On peut condamner la marginalisation et la discrimination, tout en instituant, consciemment ou non, un groupe qui fait de la marginalisation et de la discrimination sa propre règle.
On peut s’opposer au racisme des Blancs et, à un moment donné, en venir à haïr indistinctement tous les Blancs. Or, cette haine constitue elle aussi une forme de racisme. C’est dans ce sens que Jean-Paul Sartre qualifiait, à tort ou à raison, le mouvement de la négritude de « racisme anti-raciste ».
Cependant, Aimé Césaire, l’un des principaux acteurs de la négritude, rappelait qu’il faut haïr la haine, demeurer ouvert aux autres tout en luttant pour la restauration et la valorisation de sa propre identité culturelle.
Il convient également de souligner un principe fondamental : nous ne devons pas juger les faits historiques du passé à l’aune des critères et de la sensibilité de notre époque. Le monde évolue, et notre regard doit évoluer avec lui.
Hier, nos ancêtres sont entrés en conflit avec les peuples pygmées qu’ils ont trouvés installés dans l’espace du Grand Kasaï. Il y eut des morts de part et d’autre. C’était l’époque de la survie, celle que l’on pourrait qualifier de « loi de la jungle », où la lutte pour l’espace — chasser, cultiver, cueillir — conditionnait l’existence.
D’autres groupes ethniques ont rejoint les ancêtres Keté. Des alliances ont été conclues, des amitiés scellées. Il y eut aussi des affrontements et des trahisons. Les plus forts se sont imposés. Telle était alors la règle dominante.
Aujourd’hui, nous sommes tous Kasaïens et Congolais. Nous sommes appelés à nous accepter et à nous respecter mutuellement. Nous devons lutter contre toute forme de marginalisation et de discrimination afin de réduire les inégalités sociales.
Nous aspirons à une société juste, où chacun travaille avec l’autre pour transformer notre terre et la rendre habitable pour tous. Nous rejetons la falsification de l’histoire — la nôtre comme celle des autres.
Nous refusons la loi de la jungle, celle où le plus fort l’emporte, même lorsqu’il n’a pas raison. Nous soutenons les efforts de toutes les personnes de bonne volonté, indépendamment de leur appartenance tribale, pour l’édification d’une société équitable.
Nous disons :
Non au tribalisme.
Non à la guerre.
Non à la discrimination fondée sur l’appartenance ethnique.
Non à la marginalisation.
Non à la domination d’un groupe sur les autres.
Il n’existe ni tribus supérieures destinées à diriger, ni tribus inférieures condamnées à subir. Nous sommes tous égaux en dignité et appelés à nous traiter d’égal à égal.
Nos différences ethniques doivent être une richesse et non un facteur de division.
Que l’amour et la justice sociale soient notre loi.
Promouvons les mérites afin que les meilleurs parmi nous servent le bien commun avec équité.
En définitive, nous sommes tous des étrangers qui s’ignorent : venus d’ailleurs, appelés un jour à repartir.
Pour des intérêts égoïstes, nous avons oublié notre origine commune, Nsanga Lubangu, où on disait: Mukete wa Mbuyi, Muluba wa Mbuyi.
Prof. Alain Mutela Kongo
