Par Maitre Charles KABUYA
Le foisonnement folklorique des partis politiques en RDC, dont le nombre est presque un millier, est une singularité en Afrique et un symptôme majeur du dévoiement de leur rôle dans la vie de la nation.
On rejoint un parti politique par convictions et le désir de soutenir une action politique ou d’en être un acteur.
En RDC, les motivations sont tout contraires. Elles tiennent parfois à l’appartenance ethnique, régionale ou religieuse, mais bien souvent elles sont opportunistes, induites par la recherche, justement, d’opportunités d’emploi, de placement au sein des institutions ou de promotion sociale.
Le fondateur du parti est soit un homme/femme du sérail du pouvoir voulant consolider sa position, soit un ambitieux voulant se servir de son initiative comme d’un tremplin. Il peut s’afficher comme soutien du pouvoir ou faire de l’opposition (avec appel du pied…)
Certains partis ¨dits mallettes¨ servent à multiplier les chances d’obtenir des élus ou encore de paraitre plus gros qu’un bœuf…
Ainsi qu’on peut le constater, il y a une instrumentalisation des partis politiques à des fins autres que l’intérêt général. Si le but ultime d’une partie politique est de conquérir et d’exercer le pouvoir afin de matérialiser le programme pour lequel il a été élu par les citoyens, ces objectifs doivent obéir à certains principes éthiques et à une ambition d’excellence dans le service à la nation.
Dans cette perspective, les partis politiques ont vocation à être des machines à produire des militants et des cadres biberonnés aux valeurs républicaines. C’est pourquoi ce qu’on désigne par « l’école de parti », c’est-à-dire la formation idéologique et militante, est un pilier interne de l‘œuvre des partis politiques.
Mais aussi et surtout, ces derniers devraient produire des cadres compétents et imbus de patriotisme, destinés à être de bons serviteurs de l’Etat.
Malheureusement, il y a lieu de constater que ceux qui sortent des entrailles de nos partis politiques ne sont pas les meilleurs d’entre nous. Bien souvent, nos partis ne placent pas dans les institutions nationales et à la tête des provinces les personnes qu’il faut à place qu’il faut. Ce qui obère leur capacité de fonctionnement. Et dans de nombreux cas, le seuil du ridicule est franchi, entamant la réputation de notre pays.
Le clientélisme, le népotisme familial et le tribalisme sont des fléaux qui gagnent nos partis politiques, qui sont dans la majorité des cas réduits à des ¨ligablo¨ privés de leurs fondateurs. Ainsi la succession, les nominations, la répartition des responsabilités répondent à de critères étrangers à l’éthique qui devrait être celle d’un parti démocratique et républicain.
Les partis politiques devraient être des tamis, qui trient et séparent le bon grain de l’ivraie pour mettre au service de la nation leurs meilleurs éléments. Il y a 3 critères essentiels dans ce processus : les convictions militantes la compétence et l’éthique.
Autrefois, le MPR de Mobutu avait produit des cadres valeureux, mais à qui il manquait un ou deux de ces critères essentiels, quoiqu’ils étaient souvent des cadres universitaires. Pour prendre un exemple plus récent, le MLC de Jean-Pierre Bemba a été, dans la lignée du MPR, une machine à produire des cadres, mais leurs parcours erratiques ont démontré qu’il leur manquait un ou deux critères essentiels. Quant à l’Udps, le parti présidentiel au pouvoir, il a toujours été le modèle en matière de convictions politiques et de militantisme pro-démocratie sous la houlette de son président historiques, Feu Etienne Tshisekedi.
A l’épreuve du pouvoir, le parti en pâtit de ce manque de cadres compétents, tandis que les arrivistes ont ces derniers temps ruiné sa réputation par des scandales et entache le premier mandat du Chef de l’Etat.
Finalement, le bilan de nos partis politiques reste décevant. Il nous faut une révolution mentale pour cesser de considérer nos partis comme la voie expresse pour réaliser nos objectifs personnels, voire s’enrichir à la tête des institutions.
Aujourd’hui, nos partis politiques prennent en otage la nation. Ils sont le Problème, en lieu et place de résoudre nos problèmes….
Maitre Charles Kabuya/CP