Dans une publication dense et fortement argumentée sur son compte X, hier lundi 16 février 2026, Germain Kambinga Katomba, Président du regroupement politique « Le Centre », s’est invité dans le débat sur la gestion des finances publiques et les tensions de trésorerie observées ces derniers mois. A rebours des explications centrées sur les fluctuations monétaires, il plaide pour une réforme en profondeur des mécanismes de pilotage budgétaire, appelant à un pragmatisme opérationnel et à une clarification stricte des responsabilités entre le Gouvernement et la Banque centrale du Congo.
Le rejet de la rigidité doctrinale
Dans son message, Germain Kambinga pose d’emblée le cadre conceptuel de son analyse : une gouvernance efficiente des politiques économiques et financières de l’État ne saurait se satisfaire de rigidités doctrinales. Selon lui, ériger l’orthodoxie financière en principe intangible revient à éluder la complexité des contraintes macro-budgétaires contemporaines, marquées par la volatilité des recettes et la nature procyclique des équilibres publics.
A ses yeux, la gestion publique ne peut être enfermée dans une lecture figée des équilibres macroéconomiques. Elle doit intégrer l’incertitude, anticiper les chocs et ajuster ses instruments en fonction des réalités conjoncturelles.
Une lecture critique de la rhétorique monétaire
L’ancien ministre met particulièrement en cause l’argument consistant à établir un lien causal direct entre l’appréciation du franc congolais et les retards structurels de paiement des agents publics. Une telle explication, soutient-il, demeure partielle et méthodologiquement fragile.
Pour Germain Kambinga, cette rhétorique monétaire masque un dysfonctionnement plus profond : l’absence d’un cadre crédible de pilotage infra-annuel des dépenses publiques. Il pointe également une carence manifeste dans la programmation, la priorisation et la séquentialisation des engagements et des décaissements mensuels.
La nécessité d’une gestion active de la trésorerie
Selon le président du Centre, la problématique centrale ne réside pas dans la soutenabilité nominale des équilibres macroéconomiques, mais dans la persistance d’une gestion budgétaire en flux contraint. Cette approche, qu’il juge restrictive et idéologisée, serait inadaptée aux exigences actuelles.
À rebours de cette logique statique, il évoque les pratiques des administrations financières performantes, qui ont opéré une transition vers des dispositifs de gestion active de la trésorerie de l’État : financement quotidien, lissage intertemporel des flux, calendriers trimestriels d’allocation des ressources et mécanismes réguliers d’évaluation et de réajustement des charges.
Clarification des mandats : Gouvernement et Banque centrale
Dans son analyse, Germain Kambinga tient à rappeler avec précision le rôle institutionnel de la Banque centrale du Congo. En tant qu’autorité monétaire, celle-ci a pour mission de garantir la stabilité monétaire et financière, de conduire la politique monétaire et de préserver la crédibilité du cadre macroéconomique.
Si elle agit statutairement comme conseillère économique de l’État, cette fonction ne saurait être assimilée à une cogestion des politiques budgétaires. Son indépendance institutionnelle implique qu’elle ne peut ni suppléer aux carences de la gestion gouvernementale ni ajuster ses instruments au-delà de ce que requiert strictement sa mission de stabilité.
Pour le président du Centre, l’adaptation des paramètres de gestion macroéconomique réelle — structure des dépenses, arbitrages budgétaires, priorisation des décaissements et gestion de la liquidité — relève exclusivement de la responsabilité du Gouvernement. Toute tentative de transfert implicite vers l’autorité monétaire constituerait une confusion des mandats susceptible de fragiliser l’architecture macroéconomique.
Un appel à une refondation technico-institutionnelle
Au-delà du diagnostic, Germain Kambinga appelle à un basculement paradigmatique. Il préconise l’abandon d’une logique de comptabilité publique essentiellement normative et ex post, au profit d’une approche intégrée, financière et stratégique de la gestion des finances publiques.
Cette refondation supposerait une orientation vers la liquidité, la soutenabilité dynamique et l’anticipation des besoins de financement, avec l’intégration systématique des actifs financiers et non financiers de l’État comme instruments de mobilisation des ressources.
En filigrane, la publication du président du Centre se veut un plaidoyer pour une réforme assumée par l’exécutif. À défaut d’une clarification des responsabilités et d’une réforme cohérente, prévient-il, toute explication fondée sur des variables monétaires isolées ne saurait constituer qu’un écran de fumée analytique, incapable de masquer durablement les véritables déterminants de la fragilité budgétaire.
John Ngoyi
