En RDC, le débat autour d’éventuel dialogue national inclusif s’envenime et s’invite même derrière les barreaux. Détenu depuis plus de cinq mois, le Chef du fil de l’opposition républicaine, Constant Mutamba, a brisé le silence. Dans une missive aux accents de manifeste politique, il se dit favorable à une concertation nationale, mais pas à n’importe quel prix.
C’est un message à la fois solennel et combatif qui est adressé hier jeudi 05 février. Constant Mutamba, qui compte désormais plus de 150 jours de détention, ne ferme pas la porte à l’appel au dialogue qui agite la classe politique congolaise. Cependant, pour l’opposant, la discussion ne peut s’ouvrir sans des gages concrets de la part du pouvoir.
Parmi les exigences formulées, Mutamba réclame la prise des mesures sérieuses de décrispation politique en faveur des opposants et leaders d’opinion non armés, qui selon lui, sont victimes « d’arrestations arbitraires et de condamnations injustes ». Il appelle également à des garanties de sécurité et de confiance pour permettre le retour au pays des opposants vivant à l’étranger, ainsi qu’à des assurances de sincérité et de bonne foi dans le processus.
Ni partage de gâteau, ni blanchisserie
Mais le point le plus saillant de sa déclaration concerne la finalité de ces assises. Pas question, selon lui, de transformer ce dialogue en un « cadre de partage de pouvoir » ou, plus grave encore, en une « blanchisserie » pour ceux qu’il qualifie de traîtres. Dans son viseur : les compatriotes ayant pris les armes aux côtés de puissances étrangères, citant explicitement le Rwanda, pour « tuer nos concitoyens et piller nos ressources naturelles. »
« 66 ans après notre indépendance, notre État n’a plus besoin de ces comédiens opportunistes qui nous font reculer », a-t-il martelé depuis sa cellule.
Un ton mystique pour une résistance politique
Condamné à trois ans de travaux forcés pour détournement des deniers publics destinés à la construction d’une prison à Kisangani, l’ancien ministre de la Justice est revenu également sur son propre sort, se décrivant comme « l’un des opposants les plus brimés » pour avoir dit non à ce qu’il appelle le « système mafieux. »
Malgré sa détention, Constant Mutamba assure ne pas renoncer à son combat. « Nous n’avons pas le droit d’abandonner le peuple, ni de le trahir, jusqu’au triomphe de la justice, de la liberté et de l’égalité », a-t-il souligné, tout en remerciant les Congolais pour leur soutien, malgré les pressions et intimidations qu’ils subiraient.
Il les a appelés à rejeter la lutte armée comme moyen d’accession au pouvoir mais à plutôt à privilégier la voie de la paix.
Mutamba a conclu sa lettre sur une note presque prophétique : « Lorsque la lutte atteint sa dimension mystique, la résistance devient spirituelle (…) la patrie ou la mort, nous vaincrons. »
Enock Mwaka
