Dans une interview exclusive accordée le lundi 27 octobre au journaliste Péguy Tshasa, la toute première femme juriste de la RD Congo, Maître Eulalie Kibaka Ghonda, s’est livrée avec une sincérité rare sur son parcours exceptionnel, sa vision du peuple Kongo et son appel vibrant au retour des valeurs traditionnelles et spirituelles qui ont jadis uni les siens.
Âgée de plus de 80 ans, Eulalie Kibaka Ghonda, mère de l’ambassadeur Antoine Ghonda, incarne à elle seule la mémoire vivante du droit congolais. Véritable matriarche, symbole de sagesse et de résilience, elle demeure une source d’inspiration pour plusieurs générations de femmes et d’hommes.
Une pionnière au parcours historique
Dans les années où les femmes étaient encore marginalisées, où la voix féminine n’était ni entendue ni considérée, Maître Eulalie Kibaka Ghonda a su briser les barrières.
« À mon époque, une femme n’était pas considérée dans la société. Les jeunes filles étaient négligées, rejetées. C’est dans ce contexte que j’ai grandi », a-t-elle confié avec émotion.
Grâce à son courage, sa détermination et sa rigueur intellectuelle, elle a ouvert la voie aux générations suivantes de femmes juristes, devenant un symbole de l’émancipation féminine dans un environnement dominé par les hommes.
Hommage au Président Tshisekedi et à la Première Ministre Judith Suminwa
Fière de constater la montée des femmes dans les hautes sphères de l’État, Maître Kibaka a tenu à féliciter la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka, première femme congolaise et Mukongo à occuper cette prestigieuse fonction.
« Après avoir été la première femme juriste, je ne pouvais même pas imaginer qu’un jour une femme deviendrait Première Ministre. Je remercie le Président Félix Tshisekedi d’avoir élevé les femmes à de grands postes et d’avoir fait confiance au peuple Bena Kongo », a-t-elle déclaré avec reconnaissance.
Dans un ton à la fois ironique et lucide, elle ajoute :
« Quand on disait le Premier Ministre, c’était presque une faute de français. Aujourd’hui, le Président a corrigé cela en mettant une femme à ce poste-là. »
Elle n’a pas manqué également de rendre hommage au Gouverneur de la Banque Centrale du Congo pour avoir, selon elle, « honoré la monnaie nationale et redonné de la dignité à la République ».
Un cri du cœur pour l’unité du peuple Kongo
Mais au-delà des hommages, l’entretien a pris un ton d’alerte. Avec la sagesse d’une doyenne, Maître Eulalie Kibaka a interpellé le peuple Kongo, qu’elle estime aujourd’hui divisé et déconnecté de son essence spirituelle.
« Le peuple Kongo n’est plus uni. Nous avons perdu nos valeurs traditionnelles, l’esprit de Nzeza N’landu, de Kimpavita et de Mfumu Kimbangu s’est éloigné de nous », a-t-elle déploré.
Elle exhorte les siens à retourner vers le dialogue traditionnel, le “Kinzonzi”, jadis pilier de la cohésion communautaire :
« Autrefois, grâce au Kinzonzi, chaque problème trouvait sa solution. C’est ce que nous devons retrouver aujourd’hui. »
Reconnue comme un patrimoine culturel vivant, Maître Eulalie Kibaka ne se limite pas à regarder le passé avec nostalgie. Elle invite les jeunes, les femmes en particulier, à embrasser la connaissance, la discipline et l’amour du pays.
« Mon parcours doit inspirer les jeunes filles à croire en elles-mêmes, à travailler dur et à honorer notre culture. »
Elle rend hommage aux grandes figures féminines congolaises et africaines qui ont, comme elle, marqué l’histoire par leur travail et leur engagement pour la justice et l’égalité.
À travers ses mots simples mais puissants, Maître Eulalie Kibaka rappelle que le peuple Kongo a toujours été un peuple de lumière, porteur de valeurs nobles, de sagesse et d’unité.
« Le dialogue, la paix, l’amour et la solidarité sont nos vraies richesses. Si nous retrouvons cela, le Kongo renaîtra. »
Cette entrevue restera dans les mémoires comme un moment fort de transmission intergénérationnelle, un dialogue entre le passé, le présent et l’avenir, entre mémoire, intelligence et patriotisme.
Maître Eulalie Kibaka, première femme juriste de la République Démocratique du Congo, demeure un modèle de courage, de sagesse et d’engagement une femme qui, par son parcours et sa parole, continue d’éclairer la conscience nationale et d’inspirer toute une génération à bâtir une société fondée sur les valeurs, la justice et l’unité.
Bosco Kiaka
