Kinshasa a vibré, dimanche 5 avril 2026, au rythme d’une joie longtemps contenue. Pour la première fois depuis 54 ans, la République démocratique du Congo décroche sa qualification à la Coupe du monde, et c’est tout un peuple qui s’est donné rendez-vous devant le Palais du Peuple pour communier avec ses héros. Les Léopards, portés par une ferveur rare, ont été accueillis dans une atmosphère électrique, faite de chants, de drapeaux et d’une fierté nationale retrouvée.
Cependant, au cœur de cette liesse populaire, une séquence inattendue est venue rappeler que, en RDC comme ailleurs, le sport n’est jamais totalement déconnecté du politique.
Alors que le Président de la République, Félix Tshisekedi, prenait la parole pour féliciter l’équipe nationale, des voix se sont élevées dans la foule : « Libérez Mutamba ! ». D’abord dispersés, les slogans ont gagné en intensité, au point d’interrompre brièvement l’allocution présidentielle. Dans un geste mesuré, le Chef de l’État a marqué une pause, laissant la foule s’exprimer, avant de répondre simplement : « J’ai entendu », déclenchant des applaudissements.
Cette scène, à la fois spontanée et lourde de sens, intervient dans un contexte particulier. Quelques mois plus tôt, le Président avait laissé entendre, dans un message adressé aux joueurs, qu’il serait disposé à accéder à certaines demandes en cas de qualification. Une déclaration largement relayée et visiblement réinterprétée, dimanche, par une partie de la population présente.
Au centre des revendications : Constant Mutamba, ancien Ministre d’Etat en charge de la Justice, aujourd’hui incarcéré. Condamné l’an dernier par la Cour de Cassation à trois ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics liés à un projet de construction d’une prison à Kisangani, il continue de clamer son innocence.
Dans une lettre ouverte rendue publique en février dernier, l’ancien garde des Sceaux affirme que sa détention serait liée à ses prises de position politiques, notamment son opposition au « système en place » et ses dénonciations de l’insécurité persistante dans l’Est du pays. Se présentant comme une figure de l’opposition républicaine, il y pose les conditions d’un dialogue national qu’il appelle de ses vœux.
Parmi ses exigences : des mesures de décrispation politique, des garanties de sécurité pour les opposants en exil, ainsi qu’une transparence totale dans l’organisation du dialogue. Dans un ton sans concession, il met en garde contre toute tentative de récupération politique, refusant que ce cadre devienne « un espace de partage du pouvoir » ou « une blanchisserie politique ».
La clameur entendue dimanche devant le Palais du Peuple semble ainsi traduire un écho populaire à ces prises de position, dans un moment pourtant dédié à l’unité nationale autour du sport.
Nathan Mundele
