Le Président de la République, Félix Tshisekedi, vient de relancer un vieux chantier : le retrait immédiat des militaires et policiers de tous les sites miniers congolais. Présentée lors du dernier Conseil des ministres à Kinshasa, cette mesure vise à briser les réseaux de fraude, à stopper la contrebande et à rassurer les grands investisseurs économiques internationaux. Si l’intention affichée est louable, elle se heurte pourtant au scepticisme légitime d’une société civile fatiguée des promesses stériles. Ce décret résonne en effet comme un écho lointain des directives similaires déjà formulées en 2019 et en 2022, restées tragiquement lettres mortes sur le terrain. La militarisation systémique des gisements de la République démocratique du Congo ; selon société civile, n’est pas un accident logistique, mais bien un système économique criminel hautement structuré. Les zones d’extraction minière sont devenues de véritables zones de non-droit où l’uniforme sert de couverture à l’extorsion et au pillage systématique des ressources nationales. En transformant des soldats de la patrie en gardiens de comptoirs clandestins, l’État congolais a nourri un monstre financier qui échappe désormais à son contrôle direct. L’or, le coltan et le précieux cobalt, censés financer le développement national, enrichissent une minorité puissante en armes au détriment de populations locales plongées dans la misère noire. Pourquoi une telle impunité persiste-t-elle malgré les ordres répétés émanant directement du sommet de l’État ? S’interroge-ton du côté de la société civile. La réponse réside dans la nature même de ces réseaux mafieux complexes. L’exploitation minière illégale est devenue une activité excessivement lucrative, cimentant, à en croire, la société civile, des alliances puissantes entre la haute hiérarchie militaire, des acteurs politiques influents et des hommes d’affaires étrangers. Des capitaux extérieurs massifs, se chiffrant en millions de dollars, alimentent cette machine de corruption globale. Pire encore, les soupçons persistants qui pèsent sur des hommes du pouvoir affaiblissent la crédibilité de la parole publique, malgré les démentis constants de la présidence. Dès lors, martèlent mes sceptiques, l’ordre présidentiel actuel ressemble à un énième coup d’épée dans l’eau si aucune action coercitive majeure ne l’accompagne concrètement. Sanctionner de simples exécutants en uniforme ne suffira jamais à démanteler des filières opaques dont les cerveaux siègent confortablement dans les salons feutrés de Kinshasa ou des grandes capitales occidentales. Pour que cette directive devienne enfin réalité, le gouvernement central de Kinshasa doit faire preuve d’une transparence absolue et d’une fermeté sans précédent. Cela exige des poursuites judiciaires exemplaires contre tous les parrains politiques et économiques de ce trafic honteux, quel que soit leur rang social ou leur filiation familiale. La véritable souveraineté économique globale de la RDC se joue aujourd’hui au cœur de ses mines. Sans une volonté politique inflexible et totalement incorruptible au plus haut niveau de l’appareil étatique, ce nouveau décret présidentiel rejoindra fatalement la longue liste des déclarations d’intentions sans lendemain. Le chef de l’État fait face aujourd’hui à son propre destin politique : choisir de protéger les intérêts de sa population ou laisser prospérer une oligarchie prédatrice.
La Pros.