(Par Steve Mbikayi)
On nous le répète sur tous les tons : la crise congolaise n’aurait point de solution militaire ; tout devrait être confié au dialogue. Dialogue avec l’agresseur. Dialogue avec l’opposition armée. Dialogue avec l’opposition politique. Dialogue, dialogue, dialogue. Et beaucoup de Congolais reprennent ce refrain, comme si la litanie tenait lieu de stratégie.
Pourtant, depuis les premières heures de l’agression rwandaise, les dialogues se sont succédé sans changer le fond : Dialogue de l’Outeniqua sous la médiation de Nelson Mandela, dialogue de Sun City, facilité par le président Sud-africain Thabo Mbeki, celui de la cité de l’Union Africaine, présidé par Edem Kodjo, celui de la CENCO, de Doha ou de Washington, ils n’ont offert aux protagonistes que le loisir de se revoir. Sur le terrain, la mort poursuit son lent travail de fourmi. Les Congolais continuent de mourir. Notre territoire demeure occupé.
Depuis plus de trente ans, nous enseignons qu’il faut négocier lorsqu’on est agressé. Singulière école du patriotisme ! Apprendrait-on à nos enfants que, lorsque des brigands ont franchi le seuil de la maison, la réponse la plus sage est de parlementer sans fin avec eux, tandis qu’ils s’installent dans les chambres ?
Non. Cette conception doit cesser.
Si pendant les trente ans d’agression, notre enseignement civique avait appris à notre jeunesse qu’une part de son sol est occupée et qu’elle doit se former pour défendre l’intégrité du territoire, peut-être aurions-nous vu naître une autre culture nationale. Celle de la préparation permanente, de la défense de la patrie, de la reconquête de notre souveraineté, plutôt que des appels ponctuels d’enrôlement dans l’armée.
Hélas, nous réservons nos plus belles pages aux exploits de Jeanne d’Arc, à Charlemagne ou à la Révolution française, sans toujours accorder à notre propre histoire la place qui lui revient. C’est une aliénation intellectuelle. Elle se paie.
Lorsque j’étais ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, j’avais proposé à mon collègue de l’Enseignement primaire et secondaire de repenser nos programmes pour servir notamment la décolonisation mentale de notre peuple. La proposition est restée dans les tiroirs, à dormir sous la poussière. Combien d’autres y dorment encore ?
Une jeunesse ainsi formée finirait par s’interroger. Comment un pays si petit par sa superficie, sa population et ses ressources parvient-il à nous malmener depuis trente ans ? Qu’a-t-il de plus que nous ? Peut-être une préparation plus rigoureuse, une discipline plus constante, un patriotisme mieux cultivé.
Que nous manque-t-il pour nous lever et défendre la patrie ? Comment transformer notre supériorité démographique en capacité de défense, renverser le rapport de force, exercer notre droit de poursuite et contraindre le Rwanda à veiller sur sa propre sécurité plutôt qu’à menacer la nôtre ?
Aujourd’hui, nous avons un Président qui affiche sa détermination à en découdre avec le Rwanda et ses supplétifs. Qu’est ce qui croche ? Pourquoi prêter encore l’oreille aux discours qui nous endorment depuis des décennies ?
Dialoguer est une bonne chose. Mais un dialogue ne vaut que lorsqu’on est en mesure d’imposer le respect. Or le respect s’impose aussi par la capacité de défendre ses intérêts les armes à la main.
Pour cela, notre jeunesse doit être préparée, psychologiquement et civiquement, à défendre la patrie. Se défendre n’est pas frapper le premier. C’est pouvoir résister à l’agression, neutraliser la menace et infliger la défaite à qui nous attaque.
La paix ne se construit pas sur notre impuissance. Elle exige que nous retrouvions les moyens de faire respecter notre souveraineté.
Plaidons pour la paix, soit. Mais préparons-nous à l’imposer par la force, s’il le faut.
Le reste est une distraction.