(Par Professeur Florent Gabati)
Les congolais ne peuvent rester sourds à cette volonté politique mortifère de sacrifier les fonctionnaires, les retraités, les chômeurs à subir le supplice de Tantale. Il nous est impératif de réfléchir sur notre futur qui est pétri de beaucoup d’incertitudes pour réimaginer l’avenir. Aujourd’hui la RDC va très mal et il ne faut pas se louper. Les congolais assistent aujourd’hui à un cataclysme politique, sécuritaire et économique susceptible d’entraîner la fin de l’État souverain. Si nous nous exprimons aujourd’hui avec plus de force, d’engagement politique, cela relève de la nécessité face aux enjeux actuels. Ce qui se passe en RDC réunit les conditions d’un chaos constructif, la société est guidée par une vision à court terme privilégiant les gains immédiats au détriment des générations futures. Beaucoup des choix politiques et économiques hypothèquent l’avenir de notre pays tels que l’endettement excessif qui conduit aux retards de paiement constatés par les fonctionnaires congolais, le déficit d’investissement dans des secteurs clés. Le présentisme actuel caractérisant une logique court-termiste met en péril la viabilité future de la nation congolaise et entrave la planification structurelle nécessaire pour relever les défis durables. C’est pourquoi, nous constatons que la RDC ne crée pas aujourd’hui cette interconnexion vitale entre les leviers d’avenir d’un pays : leviers internes concernant l’éthique, le travail en luttant efficacement contre le chômage, le capital, la bonne gouvernance et leviers externes tels que le volume des exportations et importations, les infrastructures.
Aujourd’hui, les pays en conflits armés aspirant à la paix, au développement durable ont besoin d’hommes d’État capables à s’élever au-dessus des divisions et opter pour des stratégies fortes, cohérentes, s’enracinant autour des leviers de bonne gouvernance et géopolitique, de diversification économique, de cohésion nationale garantissant le futur de la population. En RDC, il y a nécessité d’un autre modus operandi afin de changer le paradigme de la gestion des crises et proposer d’autres trajectoires, de nouvelles stratégies incarnées par d’autres figures politiques. La médiocrité entendue comme une insuffisance dans la qualité, la compétence ou les convictions politiques est le facteur majeur qui favorise la prolongation de la guerre en RDC, l’instabilité totale, la gabegie financière, la kleptocratie. Cette dilution des responsabilités néfastes au futur des congolais se manifeste à plusieurs niveaux puisque le pouvoir fonctionne par la rente, l’allégeance. Les congolais vivent dans un monde caïd où le Président de la République prétend ne pas connaître son salaire. Quand un chef de l’État feigne d’ignorer son salaire, cela doit susciter des débats sur la transparence, l’éthique de gouvernance.
Ce refus de clarification nous renvoie au monde de la mafia. Lorsque le salaire est financé par les deniers publics, la transparence salariale demeure un enjeu de confiance, sinon c’est du voyoutisme politico-économique. En France, la rémunération brute du président est connue. Elle est de 16.039 euros tandis qu’aux Etats-Unis, le locataire de la Maison Blanche perçoit un salaire annuel de 400.000 dollars américains. Ce manque d’information sur les salaires des cadres dirigeants facilite la corruption, l’accaparement des deniers publics. A fortiori on peut aussi arguer que les différents voyages du président congolais au niveau international ont drainé beaucoup de ressources publiques importantes. Pour un président globe-trotter, les pauvres citoyens doivent se poser la question légitime : à quoi ont servi tous ces voyages en termes d’amélioration concrète des conditions de leur vie ? Les congolais observent tristement qu’il n’y a pas de grands projets créant massivement de l’emploi et donnant espoir aux nombreux jeunes diplômés congolais qui continuent année après année à renforcer les rangs de chômeurs. Comment peut-on se permettre de dilapider l’argent des congolais dans des projets bidon concernant la promotion du tourisme en RDC, un pays instable et meurtri par des conflits armés? Quand vous êtes un Etat en guerre, les touristes et les investisseurs n’y viennent pas. Après les équipes de Barca et de Milan, la RDC a signé avec l’AS MONACO fin juin 2025 un partenariat qui s’élève à 4,8 Millions Euros sur trois ans. D’ailleurs, le Parquet national français (PNF) a déposé une plainte le 4 septembre 2025 pour blanchissement de capitaux et corruption au sujet du contrat de sponsoring liant la RDC à l’AS Monaco.
Ce n’est pas avec ce régime que le cycle de la malédiction des ressources naturelles en RDC sera brisé. Pour une meilleure redistribution des richesses nationales afin de combattre efficacement la pauvreté aiguë en RDC, il faut un autre leader pour que le peuple ne subisse plus le supplice de Tantale. Pour se débarrasser de la malédiction des ressources naturelles, il faudra une nouvelle génération d’acteurs politiques ne perdant plus le temps dans des théâtralisations, clowneries politiques en surfant sur des sujets tels que les accords de paix qui ne sont pas la panacée. Il est donc temps pour que des nouvelles personnes prennent le relais afin de ne pas légitimer la guerre, la balkanisation du pays dans l’objectif de restaurer la souveraineté congolaise. Les congolais doivent prendre conscience de cette réalité pertinente. Sans changement majeur, l’avenir du pays est hypothéqué. Il y a aujourd’hui des choix importants à faire et ne pas accepter qu’on mette aujourd’hui la liberté d’expression sous le boisseau. Les échecs actuels, le statu quo, cette politique de légitimer la guerre et la kleptocratie comme modus operandi du régime nous interpellent pour appréhender la nécessité d’alternance politique .Notre expérience acquise dans l’exercice de nos hautes fonctions avec certains généraux ou chefs d’état-major des pays de la SADC nous a offert des perspectives stratégiques et opérationnelles uniques. Pour sauver la RDC, l’enjeu est énorme. Il faut que les décisions politiques ne soient pas seulement des actes opportunistes, mais des choix qui engagent nos responsabilités envers les générations futures. Il faut en finir avec cet égoïsme chez l’élite congolaise, une tare qui dévalorise la compétence en encourageant le nivellement par le bas.
Professeur Florent Gabati
