Du 20 décembre 2025 au 09 janvier 2026 nous avons effectué un voyage avec un autre regard dans les territoires de Lubao et de Kabinda dans la Province de Lomami au Centre du pays.
Au cours de ce voyage, nous avons utilisé tous les moyens de déplacement disponibles : à pieds, moto et véhicule.
Nous avons eu le temps d’observer, d’écouter et d’analyser faits et gestes. Le constat général est frustrant pour une population Lomamienne qui, il y a plus de dix ans, avait salué avec enthousiasme et espoir l’avènement de la province.
Bref, c’est le statut quo !
Ce cahier d’un voyage va relater la situation de 5 axes majeurs du constat sur le terrain à savoir :
- Le dysfonctionnement d’un système partiellement décentralisé
- La non mise en œuvre des projets porteurs de changement et à impact visible dans la province.
- Le déficit de communication systématisée au tour d’un robuste et grandissime chantier de plus de 1000Km de Mbuji-mayi (Kasaï Oriental) en passant par Kabinda (Lomami) le Maniema et le Sud-Kivu (Bukavu).
- Les menaces sécuritaires permanentes dans les villes de Lubao et de Kabinda.
- Vie courante approximative dans la contrée.
- Du dysfonctionnement d’un système partiellement décentralisé.
Dans le souci du législateur de la décentralisation en RDC sous le mode de régionalisme politique congolais, la réorganisation territoriale et administrative est un atout dans le processus :
- Un atout de progrès économique, social et politique et non de régression ;
- De l’unité, de la concorde et de la cohésion nationale et de non de désintégration ;
- De paix, de justice et de travail ;
Et par conséquent, de consolidation de l’identité de la République Démocratique du Congo.[1]
Ce qui n’est pas le cas dans le fonctionnement actuel de la province de LOMAMI miné par des maux majeurs ci-après :
- Des tâtonnements institutionnels manifestes caractérisés par un fonctionnement en solo sans impact populaire. Or, la décentralisation implique la participation de la population au processus de prise de décision sur les problèmes qui la concernent dans sa vie au quotidien et/ou concernant son environnement immédiat comme le renforcement des capacités administratives, de gestion de planification de développement et d’aménagement territorial en faveur des actions.
- Les affrontements sur terrain à différents échelons entre animateurs des Assemblées provinciales et nationale caractérisés par les diatribes dans les médias et réseaux sociaux au détriment d’un débat constructif dans le cadre approprié des synergies prédéfinies légalement ;
- Des populations abandonnées à leur statique sort de pauvreté structurelle, avec un faible accès aux services publics de base.
- Incapacité des autorités provinciales à mettre en place une administration publique provinciale malgré l’existence des édits y afférents servant à des règlements des comptes aux fonctionnaires identifiés comme proches des anciens animateurs des institutions provinciales de LOMAMI ;
- Impact non palpable de l’action gouvernementale provinciale avec une synergie inactionnelle du Gouvernement Central dans la province.
- L’action globale du Gouvernement Central avec un ciblage sélectif de 5 territoires de la province en faveur d’un ou deux d’entre eux ;
- Une production législative insuffisante.
Or, la décentralisation qui a été instituée par la Constitution du 18 février 2006 porte sur une nouvelle dynamique de développement du pays centrée sur la province avec ses entités territoriales décentralisées (ETD) qui la composent. Alors que par le passé, il revenait à l’Etat ou plutôt au pouvoir central d’imprimer l’élan de développement, le nouveau contexte constitutionnel force désormais la province à se positionner en tant que moteur du développement au niveau provincial.
La structure du développement provincial est déterminée fondamentalement par les autorités provinciales à travers les institutions politiques provinciales. Et pour cela, la province a reçu du constituant des compétences qu’elle exerce en propre ainsi que celles qu’elle exerce en concurrence avec le pouvoir central.[2]
- La nom mise en œuvre des projets porteurs de changement et à impact visible dans la province : saupoudrage dans la réalisation des programmes gouvernementaux des 100 jours, de tshilejelu et du PDL-145 Territoires en exécution.
Car, pour le premier projet cité, il a été amené dans la province des lampadaires et accessoires.
Dans la lutte antiérosive, une réalisation semble tenir avec la maitrise du ravin dit de l’UNILO à Kabinda.
Quant au PDL-145 territoires, un ou 2 projets sont menés à leur terme en attendant les équipements prévus au budget de l’Etat 2026. Cependant, sur la cinquantaine d’écoles et centres de santé, les chantiers sont aux arrêts soit au niveau des fondations soit à celui de l’élévation des murs.
Alors, que pouvons-nous espérer de la deuxième et de la troisième phase de l’exécution du PDl-145 Territoires ?
- Déficit de communication systématisée autour du robuste et grandissime chantier de plus de 1000Km de MBUJI-MAYI (Kasaï Oriental) en posant le LOMAMI (Kabinda, Lubao), le Maniema et le Sud-Kivu (Bukavu).
Nous avons constaté qu’il y a eu :
- Des camps des chantiers installés tout au long du tronçon jugé budgétivores par le commun de mortel : de NKWADI (Kasaï Oriental), MVUNAYI, KATOKA, EJIMBA (Kabinda, LOMAMI), EBONDO KAPE, MBANGA (Lubao, LOMAMI) …
- De même les carrières d’approvisionnement en moellons et caillasse considérées à tort ou à raison par la population qu’elles couvriraient une exploitation illicite des minerais. Avec comme conséquences directes les tueries et incendies de cases entre les Bena milembue (Village Kadibwisha) et les Bena MPAZA (villages de KENGE et MUKOMAYI).
- L’enduit malencontreux de la chaussée en terre rouge à l’origine de beaucoup des bourbiers (village des Tulets, près de 20Km de Kabinda et à la Paroisse Saint Jacques de Lutembo à Kabinda) et d’accidents ;
- De courts tronçons d’environ 1Km de long, rappelant dans la contrée les dix « tronçonnettes » de goudron induit autrefois vers le début des années 1970 dans le secteur de Vunayi, Territoire de Kabinda en amont et en aval de la rivière Mvunayi sur la Route Nationale N°2. Tronçons remarqués dans les villages situés après la ville de Tshilenge, Bifurcation vers Bibanga et dans le Village de bena Kabango, près de 25Km au-delà de la ville de Kabinda.
- Pour cet important ouvrage dénommé la nouvelle autoroute de la République, aucune organisation de communication ne porte affiches de programme d’exécution, maître d’ouvrage, exécutant et durée des travaux par tronçon et coût global d’exécution.
- Les menaces sécuritaires dans les villes de Lubao et de Kabinda avec la circulation incontrôlée des éleveurs des vaches venant de l’Est du pays à quelques points de chute comme fermes à Kabi (Territoire de Lubao) et dans le Territoire de Ngandajika. Détails à fournir aux autorités compétentes.
- Vie courante approximative dans la contrée sans eau courante de la REGIDESO, ni fourniture en courant électrique de la SNEL malgré l’existence des sites des chutes d’eau impressionnants inexploités.
L’Etat congolais se manifeste dans la contrée comme seul pourvoyeur d’emploi dans les domaines de la santé, de l’enseignement et de la fonction publique. Cependant, la prise en charge de cette catégorie de la population laisse à désirer comme partout ailleurs à travers la République avec des non-payés, non-immatriculés et des payés en primes et non en salaires, la liste est longue. Voilà le récit de ce cahier de voyage pouvant contribuer par un autre regard au désenclavement communicationnel de la contrée de KABINDA et de LUBAO où aucun plan de développement ficelé n’a pas encore été mis en œuvre depuis le découpage territorial de 2015.
Honorable Théophile Lunkamba Ntambue
Expert en Développement, Député provincial honoraire de Lomami
[1] Théophile LUKAMBA NTAMBUE NKUMBI, regard conceptuel sur la réorganisation territoriale et administrative
[2] Théophile LUNKAMBA NTAMBUE NKUMBI, Etat de la question sur les tâches des acteurs, animateurs des entités.
