(Par Patience Kabamba)
Pourquoi aborder aujourd’hui une théorie de la population datant du XVIIIe siècle ? Ces théories concernant la surpopulation sont-elles obsolètes ? Qui est Thomas Robert Malthus ? Quelles sont les raisons pour lesquelles le MDW souhaite s’exprimer à son sujet ? Malthus est un ecclésiastique britannique, ainsi qu’un académicien spécialisé dans les domaines de l’économie politique et de la démographie. Il était influencé par Charles Darwin, David Ricardo, John Maynard Keynes et Bertrand Russell. Il était le père de deux filles, Émilie et Lucy Malthus.
Quelle est la théorie de Malthus ?
La thèse de Malthus soutenait que la population humaine croîtrait selon une progression géométrique, tandis que les moyens de subsistance ne se développaient qu’en progression arithmétique. Par conséquent, il en découle qu’il est impératif de limiter de manière drastique la reproduction humaine. Les mathématiciens sont pleinement conscients qu’une progression géométrique se manifeste de la manière suivante : 2, 4, 16, 256, … (chaque terme étant suivi de son carré dans la progression géométrique), tandis que dans une progression arithmétique, chaque terme est suivi de son double (1, 2, 4, 8, 16, 32,). La progression géométrique progresse donc de manière exponentielle, tandis que la progression arithmétique évolue de manière plus lente. Pour l’exprimer de manière plus claire, Malthus soutient que le taux de natalité serait considérablement supérieur à la capacité de production alimentaire. Il est donc nécessaire de restreindre le nombre de naissances à l’échelle mondiale, car la planète ne serait pas en mesure de subvenir aux besoins alimentaires de ces nouvelles populations. Afin de prévenir la présence d’enfants dans la rue, sans abri ou dépourvus des nécessités fondamentales, il est impératif de réguler la reproduction.
Cette perspective malthusienne concernant la surpopulation était déjà contestée à son époque par Ricardo, qui soutenait que le progrès technologique permettrait de générer suffisamment de ressources pour alimenter l’ensemble de la population.
En ce jour, nous comptons approximativement 7 milliards d’habitants à l’échelle mondiale. Cette démographie peut-elle être soutenue sans entrave ? Selon Malthus, il est généralement observé qu’une grande population entraîne une production alimentaire qui tend à privilégier le maintien d’un niveau de vie élevé pour les classes dominantes, tandis que les classes les plus défavorisées souffrent d’une carence alimentaire. Selon Malthus, la misère sociale est engendrée par les individus fortunés qui s’approprient une proportion significative des ressources, tandis que les plus démunis se contentent de se partager les restes. Cela nous renvoie au paradigme du Trésor public congolais. Nous disposons de la même caisse, cependant, un ministre en retire un montant minimum de 45 000 $ par mois, tandis qu’une infirmière perçoit seulement 80 $ par mois. Les salaires les plus élevés, représentant moins d’un pour cent de la population, se répartissaient déjà près de 70 % du budget national, tandis que les 99 % restants de la population se partageaient les 30% des ressources restantes. La solution préconisée par Malthus consiste à restreindre les naissances aux individus que l’on est en mesure de nourrir. Cette restriction liée à la naissance a constitué une idéologie prévalente dans certains pays qualifiés de développés. Les populations défavorisées dans ces pays ont été stérilisées de manière volontaire, parfois à leur insu. En Afrique du Sud, les femmes noires ont été soumises à ces traitements de stérilisation durant l’époque de l’apartheid, caractérisée par un développement distinct entre les différentes races. Aux États-Unis, un contraceptif injectable dénommé Depo-Provera a été recommandé à de nombreuses femmes noires en tant que méthode de régulation des naissances. Depo-Provera constitue une marque renommée d’acétate de médroxyprogestérone. Il s’agit d’une injection contraceptive renfermant l’hormone progestative. Les individus ayant recours à Depo-Provera reçoivent une injection tous les trois mois. Le Depo-Provera inhibe généralement la libération d’un ovule par les ovaires, ce qui empêche ainsi l’ovulation. Il renforce également la glaire cervicale, localisée à l’entrée de l’utérus, ce qui entrave la progression des spermatozoïdes vers l’ovule. De surcroît, il contribue à l’amincissement de la muqueuse utérine. L’acétate de médroxyprogestérone est également disponible sous une formulation à dosage réduit. Cette version est désignée sous le nom de Depo-SubQ Provera 104. À la différence de Depo-Provera, qui est administré par injection intramusculaire, Depo-SubQ Provera 104 est injecté sous-cutanément. Le Depo-Provera et le Depo-SubQ Provera 104 présentent un mécanisme d’action ainsi que des risques analogues. L’emploi de Depo-Provera ou de Depo-SubQ Provera 104 requiert une consultation auprès d’un professionnel de santé. En effet, cette injection contraceptive a également présenté des risques pour la santé des femmes. Au Congo, des organisations non gouvernementales étrangères poursuivent, en outre, le financement de la régulation des naissances sous la forme de contrôle des naissances.
La thèse de Malthus a suscité de nombreuses critiques, parmi lesquelles celles formulées par Karl Marx, que je m’apprête à présenter en conclusion de ce MDW. Marx a démontré, sans grande difficulté, que la reproduction géométrique de l’homme, telle que proposée par Malthus, constitue une « pure invention » par rapport aux mouvements démographiques historiquement réels, lesquels sont influencés par divers processus imprimant des rythmes distincts. Ainsi, chaque forme sociale, à chacune de ses étapes, possède sa propre loi de population. Selon Marx, Malthus a transformé en loi naturelle de l’homme ce qui n’est en réalité qu’une loi historique bien définie. L’homme de Malthus constitue une abstraction par rapport à l’homme historiquement déterminé, il n’existe donc que dans l’esprit de Malthus. Utiliser le terme « l’homme » pour désigner les « hommes historiquement réels » peut sembler anodin, cependant, cette manière de s’exprimer, le malthusianisme, a induit en erreur des populations pendant un siècle et demi et a causé de nombreuses souffrances. En effet, l’idéologie malthusienne a exercé une influence considérable sur la stérilisation des masses en raison de « comportements asociaux » ou de « l’insuffisance de Q.I. », pratiques qui perdurent encore aujourd’hui, même au sein de régimes qualifiés de démocratiques tels que les États-Unis ou les pays scandinaves, et ce, parfois, voire souvent, à l’insu des personnes concernées.
