(Le Professeur Ordinaire, J. MAMBWINI KIVUILA, Professeur des Universités)
Traversant une crise «politico-institutionnelle» depuis la destitution du président de l’Assemblée provinciale Papy Mantezolo ainsi que quelques autres membres de son bureau en passant par la publication du rapport des experts de l’Inspection générale des Finances (IGF), laquelle a conduit à l’autorisation, accordée par les Elus provinciaux au Procureur général près la Cour de Cassation, d’ouvrir des poursuites judiciaires à l’encontre du Gouverneur Grâce Bilolo, la province du Kongo Central se trouve en proie d’une instabilité préoccupante menant à un «déséquilibre préoccupant dans la gestion politique de la crise, donnant l’impression que l’avenir institutionnel de la province se décide essentiellement à Kinshasa, dans des cercles restreints, sans une implication suffisante des forces vives établies sur le territoire provincial». Se sentant exclus «des cadres formels de réflexion et de concertation» et, «animés par un souci de contribution constructive à la stabilité institutionnelle et à la paix sociale», un capital humain considérable, composé d’universitaires, de chercheurs, de professionnels expérimentés, de leaders d’opinion, de notables et d’acteurs sociaux profondément enracinés dans les réalités locales annonce la création prochaine du «Groupe de Contact du Kongo Central (GCKC)» en vue de «formuler des avis éclairés, des recommandations et des contributions susceptibles d’éclairer les décideurs nationaux et provinciaux, dans l’intérêt supérieur du Kongo Central et de la République démocratique du Congo».
Ci-dessous, l’intégralité de la déclaration.
Déclaration sur la crise politico-institutionnelle au Kongo Central
La situation politico-institutionnelle que traverse actuellement la province du Kongo Central appelle, de la part de tous les acteurs responsables, retenue, lucidité et sens élevé de l’intérêt général. Force est cependant de constater que le débat public autour de cette crise se caractérise de plus en plus par une dispersion des prises de position, souvent non coordonnées, parfois contradictoires, qui entretiennent une forme de confusion préjudiciable à la sérénité institutionnelle et à la cohésion sociale au sein de la province.
Cette cacophonie ambiante donne lieu à une multiplication d’opinions individuelles, exprimées sans cadre structuré de concertation, alors même que la gravité des enjeux exigerait une parole collective organisée, responsable et fondée sur une analyse rigoureuse des réalités locales. Une crise institutionnelle ne saurait être durablement résolue par l’émotion, l’improvisation ou la seule médiatisation des divergences.
Par ailleurs, un sentiment largement partagé au sein de la population du Kongo Central est celui d’un déséquilibre préoccupant dans la gestion politique de la crise, donnant l’impression que l’avenir institutionnel de la province se décide essentiellement à Kinshasa, dans des cercles restreints, sans une implication suffisante des forces vives établies sur le territoire provincial. Il apparaît en effet que les échanges au plus haut niveau privilégient quasi exclusivement quelques ressortissants du Kongo Central exerçant des responsabilités nationales et résidant dans la capitale, au détriment d’une large frange d’intellectuels, de cadres, de personnalités morales et sociales vivant et travaillant au quotidien dans la province.
Or, le Kongo Central dispose, en son sein, d’un capital humain considérable, composé d’universitaires, de chercheurs, de professionnels expérimentés, de leaders d’opinion, de notables et d’acteurs sociaux profondément enracinés dans les réalités locales. Ces femmes et ces hommes, en contact permanent avec les populations et les acteurs politiques provinciaux, disposent d’une connaissance fine des causes structurelles des crises récurrentes que connaît la province. Leur exclusion des cadres formels de réflexion et de concertation constitue non seulement une anomalie démocratique, mais aussi une perte stratégique pour la recherche de solutions durables.
C’est dans ce contexte précis, et animés par un souci de contribution constructive à la stabilité institutionnelle et à la paix sociale, que nous annonçons la création prochaine du Groupe de Contact du Kongo Central (GCKC). Cette initiative vise à offrir un cadre structuré, crédible et pluraliste d’expression, de réflexion et de propositions, permettant aux compétences locales de participer activement à l’analyse de la crise et à l’élaboration de pistes de sortie responsables.
Le Groupe de Contact du Kongo Central se veut un espace de dialogue, de médiation intellectuelle et de conseil, animé par l’esprit républicain et le respect des institutions, sans ambition partisane ni visée concurrentielle à l’égard des organes légalement établis. Il aura pour mission de formuler des avis éclairés, des recommandations et des contributions susceptibles d’éclairer les décideurs nationaux et provinciaux, dans l’intérêt supérieur du Kongo Central et de la République démocratique du Congo.
La composition du GCKC obéira à des critères rigoureux de compétence, d’intégrité morale et d’engagement civique. Ses membres seront choisis parmi les intellectuels kongo, les universitaires, les personnalités exerçant des métiers nobles et reconnues pour leur sens de l’éthique publique, dans le strict respect de la philosophie de “Makuku Matatu”, symbole de collégialité, d’équilibre et de sagesse collective dans la prise de décision.
À travers cette démarche, nous affirmons la conviction que la stabilisation durable du Kongo Central passe nécessairement par l’écoute de ses propres forces vives, par la valorisation de l’expertise locale et par une approche inclusive du dialogue politique. La paix institutionnelle ne peut être imposée de l’extérieur ; elle se construit avec ceux qui vivent la province, en connaissent les fragilités et en portent l’avenir.
Nous appelons enfin l’ensemble des citoyens, des leaders d’opinion, des médias, ainsi que toutes les filles et tous les fils du Kongo Central, à relayer largement cette déclaration, afin qu’elle atteigne les autorités compétentes et les décideurs de notre pays. Il est temps que le Kongo Central soit non seulement un objet de décisions, mais aussi un sujet actif de sa propre destinée politique.
Pour les initiateurs de ce futur Groupe,