(Par Rombaut Kasongo, Journaliste indépendant)
En moins de deux mois, le ministre des Infrastructures et travaux publics, John Banza, a plongé la population de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC), dans un univers de rêve.
Il a promis la construction de tunnels pour la circulation de trains souterrains, mais aussi l’érection d’un échangeur au niveau du rond-point Ngaba. Ce n’est pas tout : il a également inscrit à son agenda l’élargissement de l’avenue de l’Université.
Autant la volonté et la détermination du ministre des Infrastructures et travaux publics peuvent être saluées avant même la concrétisation de ses projets, autant des observateurs sont en droit d’afficher un certain scepticisme.
Raison évoquée : la plupart des ministres congolais détiennent des records en matière de projets abondamment filmés et diffusés à la télévision, mais qui finissent par moisir dans les tiroirs de leurs bureaux. Certains de ces projets invisibles ont d’ailleurs englouti des fonds publics.
Sur le papier, le ministre John Banza fait rêver, et les Congolais imaginent déjà leur capitale se moderniser. Mais sur le terrain, rien n’est encore perceptible.
Dès lors, une question s’impose : le ministre des Infrastructures et travaux publics peut-il présenter le bilan des ouvrages lancés depuis son arrivée au gouvernement ? Mieux encore, dispose-t-il des moyens nécessaires pour concrétiser tous ces dossiers qu’il présente quotidiennement à la population congolaise ?
S’agissant du projet de train souterrain à Kinshasa, une interrogation taraude plus d’un esprit : où trouvera-t-il l’espace pour creuser des tunnels et faire circuler des trains dans une ville déjà saturée
Si le projet est sérieux et rigoureusement planifié, d’aucuns estiment qu’il aurait dû présenter un plan physique au Conseil des ministres pour approbation. Car la mise en œuvre d’un tel chantier aurait d’importantes incidences urbanistiques, notamment avec le rasage de certains quartiers.
Certains observateurs considèrent ainsi que le ministre John Banza s’engage dans une aventure aux contours incertains. En clair, les Congolais, en général, et les Kinois, en particulier, auraient souhaité voir les maquettes de ces projets exposées dans les rues de la capitale avant d’en juger l’exécution.
Bref, afin de vérifier si les ouvrages réalisés correspondent fidèlement aux maquettes annoncées.
La même problématique se pose pour l’élargissement de l’avenue de l’Université.
Là encore, des habitations privées ainsi que divers édifices (hôtels, écoles, églises…) devraient être rasés pour permettre le lancement des travaux.
Selon certaines informations, une enveloppe de 100 millions de dollars serait prévue pour ce projet par la coopération japonaise.
Si j’étais ministre des Infrastructures, je laisserais à la structure japonaise qui finance le projet le soin de l’exécuter elle-même.
En optant pour un tel schéma, John Banza gagnerait en crédibilité et démontrerait à la face du monde que sa priorité est de servir l’intérêt du peuple congolais, et non de courir derrière les rétro-commissions.
À défaut, il risque de rappeler aux populations congolaises les propos de cet ancien ministre qui affirma : « Chez nous, quand l’argent arrive, on se le partage d’abord et après on se demande ce qu’il faut faire ».
