(Par Jonas Tshiombela, Avocat du Peuple)
« La parole est un pouvoir sacré ; mal utilisée, elle devient une arme de destruction morale.» Sagesse africaine. Depuis quelque temps, un phénomène inquiétant s’installe dans notre espace public : celui des tiktokeurs, youtubeurs et communicateurs improvisés, qui se sont autoproclamés défenseurs d’autorités politiques qu’elles soient du pouvoir ou de l’opposition. Ces nouveaux acteurs de la communication numérique, censés éclairer, informer ou défendre une vision politique, se sont transformés en mercenaires de la parole, semant la haine, l’injure, la vulgarité et la désinformation au nom de leurs leaders.
Une communication sans éthique, reflet d’un vide moral
Loin de promouvoir le débat d’idées, ces communicateurs pratiquent une communication de caniveau, où la force de la vulgarité remplace la pertinence de l’argument. Les plateformes comme TikTok, Facebook ou X (Twitter) sont devenues le théâtre d’un fanatisme politique sauvage, où les insultes contre les familles, les origines tribales ou les choix personnels tiennent lieu de programme politique. Le plus grave, c’est le silence complice des leaders politiques au nom de qui ces individus agissent. En ne condamnant pas ces dérives, ils cautionnent une culture de l’impunité morale qui détruit lentement la conscience collective.
Le cadre légal bafoué
Cette dérive communicationnelle n’est pas seulement une question de mœurs c’est une violation de la loi. La Constitution de la République Démocratique du Congo (article 23) garantit la liberté d’expression, mais exige son exercice dans le respect de la loi, de l’ordre public et des bonnes mœurs. Le Code pénal congolais (articles 74 à 78) réprime les injures publiques, la diffamation et l’incitation à la haine. La Loi n° 96-002 du 22 juin 1996 sur la presse rappelle que la liberté de communiquer n’est pas un permis d’insulter, mais un devoir de vérité et de respect de la dignité humaine. Ainsi, chaque fois qu’un communicateur s’autorise à humilier, diffamer ou attiser les tensions ethniques, il viole non seulement la loi, mais aussi l’éthique républicaine.
La sagesse africaine trahie
Nos ancêtres nous ont légué une sagesse profonde : « La bouche qui insulte détruit la case de celui qui parle ».Dans la tradition bantoue, la parole est sacrée. Elle est à la fois semence et feu. Elle peut construire une nation ou la brûler. L’Afrique enseigne que parler, c’est assumer.L’oralité n’est pas un champ d’insultes, mais un espace d’éducation, de transmission et de respect. Quand la jeunesse apprend à communiquer par l’injure, c’est toute la société qui s’effondre moralement.
Quelle leçon pour les leaders politiques ?
Nos dirigeants doivent comprendre que le style de leurs communicateurs révèle la nature de leur leadership. Un leader responsable enseigne la retenue, le respect et la vérité.Un leader qui se tait face à la vulgarité de ses partisans devient complice de la déchéance morale. Il est temps que les leaders, qu’ils soient du pouvoir ou de l’opposition, mettent fin à cette jungle communicationnelle et exigent de leurs équipes :
- Le respect de la loi et de l’éthique.
- La formation à la communication responsable.
- Le bannissement des discours haineux et des attaques personnelles.
Pour une renaissance éthique de la parole publique
Le Congo ne se relèvera pas par les injures, mais par l’intelligence, la décence et la vérité. Nos enfants regardent, nos familles écoutent. Ce que nous tolérons aujourd’hui comme banalité deviendra demain la norme de la honte nationale. Il est temps d’ouvrir une école nationale d’éthique de la communication politique, adossée aux universités et médias publics, pour refonder la culture du discours public sur trois piliers :
- Vérité : parler avec intégrité et preuves.
- Respect : reconnaître la dignité de l’autre, même adversaire.
- Responsabilité : mesurer l’impact de chaque mot sur la société.
Conclusion : Protégeons la morale nationale
La communication politique en RDC doit redevenir un instrument d’éducation, non une arme d’humiliation.Le respect de la parole, la décence dans le débat et la condamnation publique de toute injure doivent devenir les nouveaux codes de la République morale. « La honte ne tue plus, mais elle tue les valeurs. »(JTK, Serviteur de pauvre). À ceux qui insultent, qu’ils sachent : la République les entend. À ceux qui se taisent, qu’ils se rappellent : le silence face à l’immoralité est une complicité coupable.Le Congo mérite une parole digne de son peuple, non une communication sans âme.
