Soixante-cinq ans après l’assassinat tragique de Patrice Lumumba, l’homme qui s’est battu fougueusement pour l’indépendance de la RDC, la justice belge renoue avec son passé colonial, rappelant les ombres d’une histoire tragique qui continue d’affecter les relations entre la Belgique et le Congo. Le 20 janvier dernier, un nouveau regard a été porté sur cette affaire, alors que la Belgique s’interrogeait sur sa responsabilité dans cet acte ignoble, à la suite des révélations d’une enquête ouverte en 2011.
La reconnaissance de la « responsabilité morale» de la Belgique dans l’assassinat de Lumumba, fruit d’une commission parlementaire en 2001, ne peut pas être simplement une déclaration d’intention sans suite. Ce n’est pas suffisant de reconnaître les erreurs du passé : il faut aussi agir. L’enquête actuelle doit aller au-delà de la simple évaluation des responsabilités individuelles ; elle doit s’attaquer à la nature systémique de la complicité qui a permis que ce crime odieux se produise.
Cet assassinat n’était pas un acte isolé, mais le résultat d’un contexte géopolitique marqué par des intérêts impérialistes, où les puissances occidentales, y compris la Belgique, ont joué un rôle central dans l’élimination d’un leader qui menaçait leurs intérêts. Lumumba, en dénonçant le néocolonialisme et en appelant à une véritable autonomie, s’est mis en travers des objectifs économiques et politiques de ces puissances. Cette complicité externe a trouvé un écho dérangeant au sein même du Congo, où des acteurs internes ont trahi leur compatriote, soit par opportunisme, soit par crainte.
La trahison des Congolais à l’égard de Lumumba mérite une attention particulière. Les divisions internes, exacerbées par les ingérences extérieures, ont conduit à un climat où la loyauté envers une vision unificatrice a été remplacée par des rivalités personnelles et des ambitions égoïstes. Ces comportements, alimentés par des promesses de pouvoir ou de richesse en échange de la soumission, ont non seulement facilité l’assassinat de Lumumba, mais ont également eu des conséquences désastreuses pour le pays. Ces trahisons internes, souvent occultées dans les récits historiques, sont le reflet d’une lutte pour le pouvoir qui persiste encore aujourd’hui.
Alors que la famille Lumumba se rend à Bruxelles dans l’espoir d’obtenir enfin « justice et vérité », il est crucial que la Belgique se confronte à son histoire et à son passé colonial. La recherche de la vérité ne doit pas se limiter à des enquêtes ponctuelles mais doit également inclure une véritable réconciliation. Cela implique de reconnaître pleinement le rôle de la Belgique, non seulement dans l’assassinat, mais aussi dans les décennies de soutien à des régimes qui ont sapé les aspirations du peuple congolais.
Il est temps que la Belgique prenne des mesures concrètes pour restaurer l’honneur de Patrice Lumumba et pour s’engager sur la voie d’une justice véritable. Cela nécessite un engagement à repenser les relations belgo-congolaises. Seule une approche honnête et réflexive pourra offrir une chance au Congo de se libérer des chaînes du passé, et de construire un avenir dans lequel les sacrifices de leaders comme Lumumba ne sont pas oubliés, mais célébrés comme des symboles d’espoir et de résilience. La quête de justice et de vérité doit être l’occasion non seulement de réparer les injustices passées, mais aussi de bâtir un avenir où chaque Congolais pourra revendiquer son héritage en toute dignité.
La Pros.