Dans une lettre ouverte en réponse à l’article publié par Jeune Afrique le 19 janvier dernier, intitulé : «Cyberdéfense ou police politique ? Enquête sur le CNC», Jean Thierry Monsenepwo, acteur politique congolais et libre penseur, a réservé une réplique qu’il a qualifié de «réponse ferme, méthodique et juridiquement fondée» aux affirmations de ce média européen, jugées de «confusion des concepts», devenant ainsi «un facteur d’insécurité nationale».
Ci-dessous, l’intégralité de sa lettre ouverte.
« Cyber défense en RDC, quand le procès médiatique prêtant se Substituer au droit »
- Préambule — Le devoir de vérité face à la tentation du récit
L’article publié par Jeune Afrique le 19 janvier 2026, intitulé « Cyberdéfense ou police politique ? Enquête sur le CNC », appelle une réponse ferme, méthodique et juridiquement fondée.
Non par goût de la polémique.
Mais parce que, dans un État confronté à une guerre hybride, la confusion des concepts n’est jamais anodine : elle devient un facteur d’insécurité nationale.
La critique est légitime en démocratie.
La désinformation, elle, ne l’est jamais.
Il convient donc de réintroduire le droit là où certains tentent d’imposer un récit.
Le Conseil National de Cyberdéfense (CNC) n’est ni une construction rhétorique ni un dispositif informel.
Il procède d’un acte normatif clair : l’Ordonnance n°23/170 du 15 août 2023, créant au sein du Cabinet du Président de la République un service spécialisé dénommé Conseil National de Cyberdéfense.
Cette ordonnance s’inscrit dans la continuité du Code du numérique de 2023, qui érige la sécurité des systèmes informatiques et la lutte contre la cybercriminalité en priorités juridiques nationales.
Ce rappel n’est pas accessoire.
Il constitue la ligne de démarcation entre l’État de droit et le procès d’intention.
La RDC n’est d’ailleurs pas une exception.
En France, l’ANSSI joue un rôle technique comparable.
Aux États-Unis, la CISA est l’agence nationale de Cyberdéfense.
Dans un État agressé, la critique est saine.
La confusion des rôles, elle, est dangereuse.
- Le CNC n’arrête pas : il assiste l’autorité judiciaire
L’argument central de Jeune Afrique repose sur une affirmation juridiquement erronée : celle selon laquelle le CNC procéderait à des arrestations, des détentions ou des interpellations.
Cette thèse est infondée, tant en droit congolais qu’en droit comparé.
Principe fondamental de toute chaîne pénale moderne :
L’expertise technique n’emporte jamais le pouvoir coercitif.
Le CNC :
- détecte les menaces numériques,
- analyse les flux informationnels,
- documente les faits,
- sécurise la preuve numérique.
Ces éléments sont transmis exclusivement aux autorités légalement habilitées :
- officiers de police judiciaire,
- parquet civil ou militaire,
- auditorat militaire le cas échéant.
Elles seules :
- ouvrent ou non une instruction,
- délivrent des mandats,
- ordonnent les interpellations,
- qualifient juridiquement les faits,
- décident des poursuites ou de la relaxe.
La formule exacte est donc la suivante :
Le CNC intervient en amont de la chaîne pénale, en appui technique à l’autorité judiciaire, sans jamais s’y substituer.
Assimiler le CNC à une police politique revient à nier la séparation fonctionnelle entre analyse, poursuite et jugement, socle de tout État de droit.
- La Cyberdéfense n’est pas une opinion : c’est une fonction régalienne
L’article incriminé occulte une réalité centrale : la RDC n’évolue pas dans un contexte ordinaire.
Elle est :
- agressée militairement,
- infiltrée informationnellement,
- ciblée par des campagnes coordonnées de désinformation,
- confrontée à l’usage stratégique du numérique par des groupes armés, notamment l’AFC/M23.
Dans ce contexte, la Cyberdéfense n’est ni un luxe ni une option idéologique.
Elle est une obligation constitutionnelle de protection de la Nation.
Tous les États responsables disposent :
- d’unités de cyber-renseignement,
- de capacités d’analyse des réseaux sociaux,
- de mécanismes d’interception encadrés par la loi.
La RDC ne fait que combler un retard structurel, au moment même où la guerre a muté : du champ militaire vers le champ informationnel.
III. Le sophisme de l’« arrestation arbitraire »
Jeune Afrique juxtapose témoignages, perceptions et émotions.
Or, le droit ne se juge pas à l’émotion : il s’apprécie à la procédure.
Trois vérités doivent être rappelées :
- Toute interpellation contestable relève du contrôle juridictionnel, non de la suppression d’un outil stratégique.
- L’absence de jugement immédiat n’implique ni illégalité ni arbitraire, surtout en matière de terrorisme ou de cybercriminalité.
- La judiciarisation progressive des dossiers démontre que la chaîne pénale fonctionne.
Détruire le CNC au nom d’abus allégués reviendrait à désarmer l’État dans une guerre hybride.
C’est une logique de démolition, non de réforme.
- Défense du coordonnateur Jean-Claude Bukasa et de Mme Lisette Kabanga
L’article franchit une ligne dangereuse en glissant vers l’attaque personnelle et identitaire visant :
- Jean-Claude Bukasa,
- Lisette Kabanga.
Juger leur action à l’aune d’origines provinciales ou de supposées proximités politiques ne relève ni de l’enquête ni de l’analyse sécuritaire.
Le seul critère pertinent est la compétence.
Jean-Claude Bukasa est :
- un expert confirmé en technologies de l’information,
- formé dans des environnements internationaux exigeants,
- doté d’une maîtrise avancée des architectures numériques complexes.
Lisette Kabanga incarne :
- la rigueur méthodologique,
- la coordination opérationnelle,
- une formation universitaire de haut niveau,
- une expérience éprouvée de l’État,
- la discipline stratégique requise en temps de guerre hybride.
Ils sont aujourd’hui l’œil numérique de la Nation.
Professionnels. Discrets. Efficaces.
- La vraie question : à qui profite l’affaiblissement du CNC ?
Le débat n’est pas de savoir si le CNC doit exister.
La vraie question est la suivante :
Qui a intérêt à sa délégitimation ?
Certainement ceux dont :
- les réseaux numériques sont désormais exposés,
- les relais informationnels sont identifiés,
- les narratifs hostiles sont déconstruits.
Dans toute guerre hybride, attaquer l’outil revient à attaquer l’État.
- Précision juridique essentielle : coopération et légalité
L’association fonctionnelle de magistrats ou d’officiers judiciaires à un service spécialisé ne constitue ni une délégation illégale de pouvoir ni une confusion des rôles.
Le CNC demeure :
- technique,
- analytique,
- coordonnateur.
Les magistrats et officiers agissent exclusivement dans le cadre de leurs prérogatives légales, sous le contrôle des juridictions compétentes.
Cette coopération :
- sécurise la preuve numérique,
- garantit la régularité des procédures,
- renforce le contrôle juridictionnel.
Parler de police politique à propos d’un organe d’analyse cyber revient à ignorer que la modernité pénale repose désormais sur l’expertise numérique.
Conclusion — Le droit contre le récit
Jeune Afrique a le droit d’interroger.
Elle a surtout le devoir de ne pas substituer le récit à la rigueur juridique.
Le CNC :
- n’arrête pas,
- ne juge pas,
- ne détient pas.
Il assiste.
Il éclaire.
Il protège.
Il collabore.
Les interpellations relèvent des juridictions compétentes.
C’est cela, l’État de droit.
Et c’est précisément ce que le CNC contribue à préserver.
Affaiblir la Cyberdéfense de la RDC aujourd’hui, c’est exposer la Nation demain.
L’histoire, elle, jugera.
Jean-Thierry Monsenepwo
Ambassadeur – PCA
