Le récent déplacement de Félix Tshisekedi à Kampala revêt une importance stratégique pour la République démocratique du Congo et ses relations avec l’Ouganda. En tant que partenaire militaire et commercial, l’Ouganda joue un rôle crucial dans l’équilibre économique et politique de l’Est africain. Cependant, derrière le discours sur l’intégration régionale et les nouvelles mesures annoncées, une réalité complexe émerge, marquée par des enjeux économiques considérables et une réglementation transfrontalière qui mérite d’être scrutée de près. Lors de sa visite, Félix Tshisekedi a mis l’accent sur des réformes tant attendues, telles que la suppression des barrières non tarifaires et la simplification des procédures douanières aux postes-frontières clés. Ces initiatives répondent aux plaintes persistantes des acteurs économiques ougandais qui, depuis longtemps, dénoncent la surcharge administrative et l’inefficacité des systèmes congolais. Il est indéniable que ces changements sont nécessaires pour fluidifier les échanges et stimuler le commerce bilatéral, qui a enregistré une nette progression, atteignant presque un milliard de dollars en 2025. Cependant, les promesses d’amélioration doivent être mises en perspective. Alors que la RDC aspire à dynamiser ses échanges commerciaux, une ombre plane sur l’économie congolaise : l’énorme secteur informel, particulièrement dans le domaine de l’or. Les rapports de Swissaid et Global Witness pointent du doigt un phénomène troublant : l’Ouganda, malgré une production d’or relativement faible, exporte des quantités inconsidérées de ce métal précieux. Une part significative de cet or serait d’origine congolaise, passant par des circuits informels avant d’être raffinée et réexportée, ce qui soulève des questions de transparence et de justice économique. De plus, bien que la suppression des exigences de visa soit un pas dans la bonne direction, la mise en œuvre de ces mesures indispensables doit être minutieusement suivie. Kinshasa s’engage à finaliser l’exemption réciproque d’ici 2026 pour les ressortissants ougandais, tandis que l’Ouganda a déjà pris les devants pour les Congolais. Ce rapprochement, tout en étant prometteur, doit s’accompagner d’une vigilance accrue pour que les intérêts congolais ne soient pas sacrifiés au profit d’accords unilatéraux. En définitive, la mission de Félix Tshisekedi à Kampala est un tournant potentiel pour la RDC, symbolisant une volonté d’optimiser ses relations avec l’Ouganda. Cependant, pour que cette coopération soit véritablement bénéfique, il est impératif que les enjeux liés à la circulation des marchandises et aux pertes économiques soient abordés avec rigueur et transparence. Les décisions prises doivent déboucher sur des structures viables qui assureront une croissance juste et équitable pour la République démocratique du Congo, afin de transformer ces promesses en réalités tangibles pour ses citoyens.
La Pros.