Par le décret n°2026-1128 signé ce vendredi 22 mai, le Président Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko et dissous le gouvernement, plongeant le pays dans une crise institutionnelle inédite.
C’est l’épilogue tragique d’une fraternité née dans les geôles de l’opposition et forgée dans la conquête d’un idéal commun.
Portés au sommet de l’État en mars 2024 par une jeunesse en quête de rupture, les deux hommes incarnaient une confiance que l’on croyait inébranlable. Pourtant, l’exercice solitaire de la fonction présidentielle et l’épreuve des faits ont lentement corrodé cette alliance unique. En juillet 2025, de premières fissures apparaissaient lorsque M. Sonko reprochait publiquement un « problème d’autorité » au sommet, tandis que le président Faye rappelait récemment que le Premier ministre ne restait en place qu’à la condition exclusive de conserver « sa confiance ».
Le point de non-retour a été franchi à la tribune de l’Assemblée nationale lors des questions d’actualité. Rompant définitivement la solidarité gouvernementale, M. Sonko a déclaré ne pas être un chef de gouvernement qui « obéit aveuglément », dévoilant une fracture idéologique profonde sur la gestion de la crise économique. Face à une dette publique étouffante à 132 % du PIB, le président Faye a choisi la voie du pragmatisme institutionnel en renouant le dialogue avec le FMI. Un choix de rigueur financière inacceptable pour Ousmane Sonko, résolu à préserver sa posture souverainiste et populaire contre l’austérité et la hausse des prix du carburant.
En coupant le cordon avec son mentor pour asseoir sa propre légitimité, le président Diomaye Faye pose un acte de souveraineté politique spectaculaire, mais le pari s’avère hautement risqué. Face à une Assemblée nationale ultra-majoritairement contrôlée par le parti PASTEF de M. Sonko, le futur exécutif s’expose à un blocage budgétaire systématique ou à une motion de censure immédiate. Au-delà de la fragilité des dyarchies au sommet de l’État où l’amitié cède souvent face au froid calcul des rapports de force, le plus grand défi du chef de l’État sera désormais de justifier des réformes économiques impopulaires sans le puissant paratonnerre politique qu’était Ousmane Sonko. Le face-à-face avec l’opinion publique s’annonce désormais sans filtre.
Zabulon Boji
Journaliste, Chercheur en communication socio-éducative et stratégique, Vice-Président National adjoint du MECJC
