(Par Patience Kabamba)
Le 30 avril 2009, alors que nous achevions l’année à l’université Emory, j’ai reçu un rappel de la secrétaire de notre département m’informant que je disposais de 20 000 $ sur mon compte destiné à la recherche. Il était également nécessaire de l’utiliser avant le début de l’année prochaine. En effet, l’Université Emory allouait annuellement à ses professeurs une somme de 20 000 dollars destinée à la recherche. En tant que chercheur postdoctoral, j’en ai profité pour me rendre à Zanzibar afin de suivre les traces des esclaves africains déportés vers l’océan Indien par les Arabes. Cet esclavagisme paraît être négligé en raison de la focalisation fréquente portée sur l’esclavage transatlantique. Les esclavagistes arabes capturaient fréquemment des femmes ainsi que certains hommes pour les réduire en esclavage. Ces femmes transférées en Iran et en Irak étaient mariées à des Moujahidines, tandis que les hommes subissaient une castration et étaient employés au service de ces mêmes Moujahidines. Zanzibar constitue une région tanzanienne à vocation touristique. Outre les marques laissées par le passage des esclaves de Tipo Tip sur les portails ornés d’un signe spécifique aisément identifiable, Zanzibar était à cette époque également réputée pour une autre forme de pratique : de nombreux Européens, et plus particulièrement des Européennes, se rendaient sur cette île afin de se libérer des tensions liées à leurs divorces. Il est fréquent d’entendre des récits ou d’observer des relations mixtes, où un Africain très jeune et une Européenne d’un âge plus avancé, souvent récemment divorcée, considèrent fréquemment le jeune homme comme un partenaire sexuel.
Cette étude de terrain à Zanzibar a indubitablement engendré des coûts élevés. Le déplacement via Nairobi, le billet d’avion, les hôtels ainsi que les recherches à Zanzibar requéraient des fonds suffisants afin d’assurer la bonne réalisation de l’étude. La recherche est la sève de l’arbre académique. Privée de sève, l’arbre périt ; dépourvue de recherche, l’université se révèle stérile. Ainsi, les présidents des universités américaines endossent le rôle d’ambassadeurs afin de mobiliser des fonds destinés à la recherche menée par leurs professeurs. La fonction d’un président d’université ne se limite pas à demeurer dans son bureau, mais consiste principalement à mobiliser des ressources financières afin de permettre à chaque faculté de réaliser son programme de recherche. Voici le fonctionnement concret des choses : Au sein de chaque faculté, certains professeurs disposent de financements de recherche octroyés par la National Science Foundation. La National Science Foundation (NSF), agence fédérale autonome, finance la recherche scientifique et l’ingénierie sur l’ensemble des cinquante États et territoires des États-Unis. La National Science Foundation (NSF) a été établie en 1950 par le Congrès dans le but de : a) favoriser l’avancement scientifique ; b) accroître la santé, la prospérité et le bien-être de la nation ; c) assurer la sécurité nationale.
« Nous accomplissons notre mission principalement par l’attribution de subventions. Nos financements constituent approximativement un quart de l’appui fédéral accordé aux universités et institutions d’enseignement supérieur américaines pour la recherche fondamentale, laquelle est orientée par la curiosité et la quête de la découverte. Nous encourageons également la recherche appliquée qui pourrait fournir des solutions tangibles au bien-être des citoyens américains. »
Les enseignants ayant obtenu une bourse de recherche attribuée par la NSF disposent de plusieurs étudiants qu’ils encadrent afin de structurer leurs travaux de recherche. Les montants de cette bourse peuvent atteindre plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de millions de dollars. Les États-Unis accordent une importance considérable à la recherche universitaire. Pour les enseignants-chercheurs n’ayant pas bénéficié de bourses externes, il incombe au président de l’université de solliciter ces financements afin de garantir à l’ensemble du corps professoral un soutien financier destiné à la recherche.
Voici la proposition que je soumets pour les universités congolaises, et plus spécifiquement pour mon établissement, l’Université Pédagogique Nationale. Il sera demandé à tous les doyens de regrouper les sujets de recherche de leurs professeurs et d’en établir le budget global. Ils soumettront ces budgets de recherche à la rectrice et à son équipe au sein du comité de gestion. Après avoir consolidé l’ensemble des budgets de recherche des facultés, Madame la rectrice prendra sa mission itinérante et entreprendra la quête de financements dédiés à la recherche universitaire. Madame la rectrice se rendra aux différentes institutions du pays pour organiser des réunions visant à mobiliser des fonds auprès des ambassades, des institutions bancaires nationales et de la communauté d’affaires. Les déplacements de collecte de fonds de Madame la rectrice la mèneront à l’étranger pour des raisons identiques, auprès d’institutions financières internationales, de pays partenaires et d’entreprises au profil entrepreneurial telles que Microsoft, Google ou Tesla. Les fonds collectés au cours de ces déplacements et rencontres, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, seront destinés à la recherche des enseignants, conformément aux budgets alloués par les différentes facultés de l’UPN. Une proportion significative des frais de transport versés au professeur (la Cogit) sera allouée à la rectrice pour financer ses réunions et déplacements liés à la collecte de fonds pour la recherche.
La fonction d’un président d’université consiste à rechercher des financements destinés à la recherche. Les secrétaires académiques et de la recherche se consacrent aux affaires académiques, tandis que le secrétaire administratif poursuit sa fonction de directeur administratif principal de l’université. Cependant, le président ou le recteur, quant à lui, consacrerait très peu de temps à son bureau et se consacrerait prioritairement à la mobilisation des fonds afin de permettre aux enseignants-chercheurs de mener des recherches d’envergure répondant aux besoins de notre société.
Je n’ai jamais été favorable à une reproduction servile des pratiques occidentales, mais pour assurer le bon fonctionnement de notre université, les méthodes américaines peuvent nous apporter de nombreux enseignements susceptibles d’améliorer notre niveau de recherche en laboratoire ou au sein de la communauté universitaire.
