(Par Prosper Mbumba, Prêtre Scheutiste, journaliste indépendant)
Le 29 août dernier, un article publié par africaradio.com annonçait que le stade Tata Raphaël allait être débaptisé stade Ali-Foreman. La nouvelle n’avait pas fait onde de choc jusqu’au 18 octobre quand, à travers les réseaux sociaux, Divo International a annoncé que la débaptisation sera effective à dater du 30 octobre 2025. Nombreux se sont posé la question de savoir si cette… manigance vaut la peine.
La débaptisation du stade Tata Raphaël entre dans le cadre de la célébration des 50 ans du combat légendaire qui a opposé Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa, en 1974. Elle s’inspire donc d’un ‘‘sens de l’histoire’’ ; il s’agit d’un événement digne de commémoration.
A en croire Divo International, cette débaptisation servira comme une stratégie de soft power visant à « envoyer un message au monde qu’on a compris que c’est quelque chose qui est important et qui a marqué l’histoire du monde sportif, culturel, et du business.»
Sens de l’histoire et soft power. Pourtant, ces arguments sont loin de satisfaire l’opinion publique. En effet, quel est le poids historique de Mohamed Ali et George Foreman vis-à-vis du révérend père Raphaël de la Kethule ? Ce dernier est le père du football, sinon des sports en République Démocratique du Congo. C’est à lui que nous devons, entre autres, la mise en place du premier groupe de scout en 1922 et la création du Daring Faucon en 1936, qui s’est développé en Daring Club Motema Pembe d’aujourd’hui.
Raphaël de la Kethulle n’était pas un opérateur économique, moins encore un acteur politique. Il était un missionnaire catholique, membre de la congrégation du Cœur Immaculé de Marie (CICM), dit Pères de Scheut. Il est resté l’un de rares monuments qui rappellent au public la contribution des missionnaires catholiques dans la vie sociale et culturelle en République Démocratique du Congo à l’époque coloniale. Diminuer le champ d’influence de cette figure de proue, c’est justement manquer de ‘‘sens de l’histoire’’ vis-à-vis du patrimoine missionnaire en République Démocratique du Congo.
Qui est épris de sens de l’histoire n’aurait pas accepté de passer sous silence le centenaire du football congolais. Eh oui, c’est en 1919 que le Révérend Père Raphaël de la Kethulle a amené la première balle rouge au Congo, le bonbon rouge comme on l’appelait. Puis, en 1925, il a amené le tout premier ballon en cuir. 2019 et 2025 passe inaperçues. Pourtant les pères de Scheut, en collaboration avec l’agence Maximédias, ont saisi la présidence et le ministère des sports par écrit, à maintes reprises, en vue de célébrer ce centenaire. Sans succès !
Vous avez dit soft power ? Pourtant cette initiative sacrifie à la fois l’Église catholique en tentant de reléguer aux oubliettes un de ses ‘‘actifs’’ sur la scène socio-culturelle congolaise. La Belgique en sortirait aussi lésée, puisque Tata Raphaël était de nationalité belge. En même temps, la RDC fait fi, une fois de plus – si pas de trop – des normes internationales sur la ‘‘normalisation des noms géographiques’’. Le pays manque d’autorité toponymique et change des noms des lieux au gré des humeurs et/ou d’intérêts, au grand mépris d’une recommandation des Nations Unies sur la normalisation nationale des noms géographiques.
Il s’avère donc clair que débaptiser le stade Tata Raphaël en stade Ali-Foreman est une aberration aussi bien historique, diplomatique, que stratégique. Ça ne sert à rien de déshabiller Saint Pierre pour habiller Saint Paul. Continuer de réduire la valeur de Tata Raphaël conduirait les Pères de Scheut à prendre les choses en mains : récupérer les restes de Tata Raphaël et le laisser reposer avec plus de dignité, dans leur cimetière privée.
