Le Centre de Recherches en Finances Publiques et Développement (CREFDL) a procédé, le vendredi 23 octobre 2026, à la publication de son rapport d’évaluation sur la réalisation des Corridors de Lobito et Banana. De Kolwezi à Dilolo, et de Sakania à Banana, en passant par la ville de Tshikapa, les experts du CREFDL ont sondé les communautés locales, les organismes publics ainsi que les partenaires techniques et financiers, afin de recueillir les données nécessaires sur l’avancement de ces deux grands projets nationaux. La cérémonie de présentation s’est déroulée en présence de plusieurs invités de marque notamment, des Députés nationaux, le Directeur Général de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP), ainsi que les Secrétaires Généraux au Plan, aux ITP, à l’Aménagement du Territoire et aux Transports et Voies de communication.
Cette étude visait principalement à : évaluer le niveau d’information, de consultation et d’implication des communautés locales dans la mise en œuvre des corridors ; analyser la perception des populations quant aux impacts socio-économiques des projets ; identifier les principales difficultés, préoccupations et insuffisances dans l’exécution des travaux ; recueillir les attentes et propositions des populations bénéficiaires ; examiner la cohérence entre les orientations des politiques publiques et les réalités du terrain ; susciter le débat public autour de la gouvernance, de la transparence et de la redevabilité ; et signaler les dysfonctionnements dès la phase de conception afin de pousser le Gouvernement à garantir des investissements répondant aux besoins prioritaires de la population.
Avancées notables et faiblesses persistantes
D’entrée de jeu, Valéry Madianga, Coordonnateur national du CREFDL, a souligné que l’évaluation a révélé des aspects tant positifs que négatifs.
Parmi les points forts, le rapport note :
– la fin de la dépendance vis-à-vis du corridor Sud (notamment via Durban et Dar es Salaam) pour le transit des minerais ;
– la baisse significative des coûts logistiques et la réduction de la dépendance envers le corridor zambien ;
– la création de plus de 55 000 emplois ;
– la réduction des délais de transport, 4 jours de trajet routier pour le Corridor de Banana et 8 jours pour celui de Lobito) ;
– a diminution du trafic de camions sur les routes, réduisant ainsi les risques d’accidents ;
– la facilitation des échanges commerciaux entre la RDC et l’Angola, avec le soutien de partenaires majeurs tels que la Banque mondiale, le FMI et ENABEL.
Cependant, le rapport met en lumière de graves faiblesses, notamment :
– l’absence de crédits alloués au financement des études de pré-faisabilité et de faisabilité ;
– la non-intégration des corridors de Lobito et Banana dans le Programme d’Investissements Publics (PIP) national et sectoriel ;
– la passation de contrats de partenariat public-privé (PPP) en violation des procédures de mise en concurrence et de transparence notamment avec Mota Engil et DP World ;
– le déficit de participation citoyenne et le manque d’accès à l’information publique ;
– l’exposition à des risques de blanchiment de capitaux et au développement de réseaux criminels.
Recommandations du CREFDL
Pour corriger la trajectoire, le CREFDL a formulé plusieurs recommandations adressées aux ministères sectoriels :
- Rendre obligatoire le financement à hauteur de 5 % et la réalisation effective des études de faisabilité avant toute signature de contrat et le démarrage des travaux.
- Inscrire les corridors de Banana et Lobito au PIP 2027-2029 et organiser des débats lors des conférences de programmation.
- Revenir au principe de l’appel d’offres compétitif pour les concessions d’infrastructures et auditer les contrats de gré à gré déjà signés.
- Mettre en place des mécanismes formels de consultation citoyenne, de vulgarisation et de gestion des plaintes.
- Élaborer, négocier et faire ratifier par le Parlement des accords sous-régionaux clairs sur la fiscalité et le transit.
Plaidoyer pour une gouvernance transparente
S’exprimant à l’issue de la présentation, Valéry Madianga a réitéré l’engagement de sa structure :
« Nous souhaitons que ces deux projets contribuent énormément au développement du pays. C’est pourquoi nous avons relevé plusieurs problèmes, notamment l’absence de transparence. Les communautés interrogées affirment ne pas avoir accès à l’information, et la société civile ainsi que les leaders communautaires sont écartés du processus. Particulièrement pour le corridor de Lobito, la population n’est pas intégrée dans la dynamique de développement local. Le processus et les projets sont bons et acceptés par tous, mais l’information ne circule pas. »
La cérémonie s’est achevée par la remise symbolique d’exemplaires du rapport aux différents chefs d’administrations publiques présents.
Nathan Mundele
