À Dar es-Salaam, le ton n’était plus à la lamentation, mais à l’exigence de souveraineté et d’action. En prenant la parole le lundi 2 novembre 2026 lors de la Conférence parlementaire des femmes pour la paix et le développement, la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka, a transcendé le simple protocole diplomatique. Vingt ans après la signature du Pacte de Nairobi, la cheffe du gouvernement de la République Démocratique du Congo a jeté un pavé dans la mare des Grands Lacs : la paix ne se construira plus sans une implication réelle, influente et chiffrée des femmes dans les cercles décisionnels. Sa formule, incisive, sonne comme un manifeste : « Passer de la représentation à l’influence. Et passer de l’influence aux résultats. » Cet éditorial doit saluer la justesse d’un changement de paradigme crucial. Trop longtemps, dans les salons feutrés de la diplomatie régionale, les femmes ont été cantonnées au rôle tragique de victimes collatérales, de statistiques de guerre ou de cautions morales lors des signatures de cessez-le-feu. En braquant les projecteurs sur le martyre et la résilience exceptionnelle des femmes de l’Est de la RDC, confrontées à l’agression de l’armée rwandaise et de ses supplétifs, Judith Suminwa refuse ce statut de passivité. Elle exige que les Congolaises soient reconnues comme des architectes de la paix à part entière, capables de s’asseoir à la table des négociations pour imposer des solutions durables. L’appel de Dar es-Salaam résonne également comme une injonction directe aux parlementaires de la sous-région. Porter la voix des opprimés ne suffit plus ; il faut désormais armer cette voix par le droit et les finances. La Première ministre a rappelé l’urgence d’utiliser les leviers législatifs et budgétaires pour matérialiser les engagements de parité inscrits dans la Constitution congolaise. L’autonomisation économique des femmes, l’éducation des jeunes filles et la prise en charge médico-sociale des populations déplacées ne sont pas des concepts abstraits de développement, mais les fondations mêmes d’une sécurité collective nationale et régionale. Le défi qui attend la région des Grands Lacs est désormais celui de la cohérence. La diplomatie parlementaire doit cesser d’être un théâtre d’intentions pour devenir un laboratoire d’actes concrets. En portant le plaidoyer des femmes de l’Est au sommet de l’agenda régional, le gouvernement Suminwa pose une condition sine qua non à la stabilité : aucune paix ne sera légitime ni pérenne si elle continue de s’écrire au masculin. À l’heure où les armes tonnent encore, la véritable refondation de la sécurité régionale passera par le courage de traduire ce leadership féminin en victoires politiques et humaines sur le terrain.
La Pros.