À l’occasion du 10ème Dialogue annuel entre l’ONU et l’Union africaine en Éthiopie, le Secrétaire général des Nations Unies a livré un réquisitoire puissant contre les structures économiques et politiques actuelles. Entre dénonciation du passé colonial et mise en garde contre un « néocolonialisme vert », António Guterres plaide pour une refonte totale de la gouvernance mondiale.
C’est un discours qui fera date par sa franchise. Présent à Addis-Abeba pour renforcer le partenariat entre l’Organisation des Nations Unies (ONU) et l’Union africaine (UA), António Guterres n’a pas mâché ses mots. Pour le haut diplomate, le retard de développement de l’Afrique n’est pas une fatalité, mais le résultat direct d’« injustices historiques et présentes » qui continuent de paralyser le continent.
L’économie coloniale : un modèle d’extraction qui perdure
Le Secrétaire général a d’abord posé un diagnostic sévère sur l’héritage économique du continent. Selon lui, les structures économiques mises en place durant la période coloniale n’avaient qu’un seul objectif : l’exploitation brute des ressources naturelles au profit exclusif des puissances impériales, sans jamais envisager la création de valeur ajoutée locale ou le développement des infrastructures sociales.
Plus inquiétant encore, António Guterres a lancé une mise en garde solennelle concernant l’avenir. Alors que le monde s’engage dans une course vers la transition énergétique et numérique, l’Afrique, qui regorge de minerais stratégiques (lithium, cobalt, terres rares), risque de voir l’histoire se répéter. « Le schéma de l’exploitation coloniale risque de se reproduire avec les minerais de la transition verte », a-t-il prévenu, appelant à ce que ces ressources servent enfin à l’industrialisation du continent et non plus seulement à l’enrichissement de marchés lointains.
Le « scandale » du Conseil de sécurité
Au-delà de l’économie, c’est l’architecture politique mondiale qui a été visée. Guterres a qualifié de « scandaleuse » l’absence de membres permanents africains au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.
Il a rappelé que le système international actuel a été façonné en 1945, à une époque où la majeure partie de l’Afrique était encore sous domination étrangère et donc exclue des processus de décision. Maintenir cette structure aujourd’hui revient, selon lui, à perpétuer un système anachronique qui ignore les réalités démographiques et politiques du XXIème siècle. Cette absence de représentativité est le symbole d’un système mondial qui fonctionne encore trop souvent « sans réelle participation africaine ».
Vers un nouveau pacte de solidarité
Pour conclure, le Secrétaire général a appelé à une réforme profonde des institutions financières internationales, dont le fonctionnement actuel pénalise les pays africains par des taux d’intérêt disproportionnés et un manque d’accès aux liquidités.
Ce 10ème Dialogue annuel marque une volonté claire de l’ONU de se ranger aux côtés de l’Union africaine pour exiger une place de choix sur l’échiquier mondial. Pour António Guterres, la stabilité de la planète dépend de la capacité du monde à corriger ces injustices. L’heure n’est plus à la simple aide au développement, mais à une justice structurelle globale.
César Nkangulu
