Le débat autour de l’avenir de la Constitution de la République, promulguée en 2006 et révisée en 2011, continue de susciter des réactions au sein de l’opinion nationale. Et, parmi les voix les plus audacieuses s’impose désormais celle de Dieudonné Nkishi, Président National de Congo Positif. Dans une tribune empreinte de profondeur et de lucidité assumée, cet acteur politique consacre une réflexion de haute facture, démontrant le bien-fondé et la nécessité pour la RDC de s’engager dans une dynamique claire de sa refondation, par la mise en place d’un cadre légal répondant à la hauteur de ses défis contemporains touchant à la sécurité, à la gouvernance, y compris à la lutte contre l’impunité.
De ce point de vue, il estime, vivement, que le débat autour d’une réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo doit revêtir, au-delà des considérations d’ordre politique, un caractère responsable, scientifique et, même, patriotique, au nom de l’intérêt général. Il estime, vivement, que la réforme constitutionnelle, au stade actuel, présente des avantages considérables dans la mesure où la RDC se dotera d’une Loi-mère capable de favorise
Halte à la confusion
Dans sa tribune, Dieudonné Nkishi pose un diagnostic suffisamment approfondi et rigoureux, rappelant les principes fondamentaux d’un Etat. « Un régime est, par essence, éphémère, passager. Il naît, évolue et disparaît au gré des cycles politiques, des alternances, des crises ou des réformes. L’État, en revanche, est une structure permanente, un cadre d’organisation collective qui transcende les gouvernements et les individus.
Confondre les deux, c’est faire de l’État l’otage des querelles politiques. Et c’est précisément ce à quoi nous assistons depuis des décennies dans notre pays et ceci nous éloigne des vrais objectifs », clarifie, ouvertement, Dieudonné Nkishi.
Tous pour la Nation
S’appuyant sur un diagnostic doctrinal sans complaisance, le Visionnaire de Congo Positif plonge au cœur de l’histoire récente des crises en Afrique et souligne de vives observations sur l’évolution des Etats. « Depuis plusieurs décennies, les sciences politiques ont produit une grille de lecture rigoureuse de la crise de l’État en Afrique. Les analyses convergent. Chez Jean-François Bayart, l’État africain est saisi à travers la notion d’« État du ventre », c’est-à-dire un espace de captation et de redistribution clientéliste des ressources publiques. Dans la tradition wébérienne de Max Weber, prolongée en contexte africain, l’État patrimonial désigne une configuration où le pouvoir est approprié comme un bien privé. Chez William Reno, l’image d’un « État fantôme » renvoie à une structure juridiquement existante mais pratiquement absente, remplacée par des réseaux informels de pouvoir. Les travaux de Robert I. Rotberg et de Francis Fukuyama sur les États faillis montrent quant à eux des entités incapables d’assurer leurs fonctions fondamentales : sécurité, justice, services publics », insiste-t-il, dans son analyse pointue.
La Pros.
Tribune 3.
RDC : CESSER DE CONFONDRE LE RÉGIME ET L’ÉTAT
(Par Dieudonné NKISHI, Président National de Congo Positif, Chef de Travaux)
Il est des erreurs politiques qui coûtent cher. Et il est des confusions qui, répétées, finissent par devenir des stratégies de destruction. En République démocratique du Congo, l’une des plus graves tient en ceci : la confusion persistante entre le régime et l’État.
Un régime est, par essence, éphémère, passager. Il naît, évolue et disparaît au gré des cycles politiques, des alternances, des crises ou des réformes.
L’État, en revanche, est une structure permanente, un cadre d’organisation collective qui transcende les gouvernements et les individus.
Confondre les deux, c’est faire de l’État l’otage des querelles politiques. Et c’est précisément ce à quoi nous assistons depuis des décennies dans notre pays et ceci nous éloigne des vrais objectifs.
Une faute stratégique majeure
À force de vouloir affaiblir un régime — parfois légitimement contesté — certains acteurs politiques en viennent à bloquer des processus essentiels à la transformation du pays. Le refus de participer à certaines dynamiques de réforme, sous prétexte qu’elles seraient initiées par un régime donné, est révélateur d’un calcul politique à courte vue.
Car en réalité, ce refus ne pénalise pas un régime. Il retarde la refondation de l’État lui-même. Or, l’histoire politique et la théorie de l’État sont formelles : un État ne se reconstruit pas dans le vide institutionnel, mais dans le mouvement, y compris conflictuel, des acteurs qui le composent.
Un diagnostic doctrinal sans complaisance
Depuis plusieurs décennies, les sciences politiques ont produit une grille de lecture rigoureuse de la crise de l’État en Afrique. Les analyses convergent.
Chez Jean-François Bayart, l’État africain est saisi à travers la notion d’« État du ventre », c’est-à-dire un espace de captation et de redistribution clientéliste des ressources publiques.
Dans la tradition wébérienne de Max Weber, prolongée en contexte africain, l’État patrimonial désigne une configuration où le pouvoir est approprié comme un bien privé.
Chez William Reno, l’image d’un « État fantôme » renvoie à une structure juridiquement existante mais pratiquement absente, remplacée par des réseaux informels de pouvoir.
Les travaux de Robert I. Rotberg et de Francis Fukuyama sur les États faillis montrent quant à eux des entités incapables d’assurer leurs fonctions fondamentales : sécurité, justice, services publics.
Enfin, dans la philosophie politique contemporaine, Achille Mbembe met en lumière les formes de pouvoir postcolonial marquées par la fragmentation, la violence diffuse et la dépendance structurelle.
La RDC dans cette grille : une évidence inconfortable
Appliquées à la République démocratique du Congo, ces analyses produisent un constat difficile à contester :
– un État juridiquement constitué, mais sociologiquement fragile ;
– un État présent dans les textes, mais inégalement opérant dans les territoires ;
– Un État traversé par des logiques de personnalisation, de captation et de fragmentation.
Autrement dit, un État que certains n’hésitent pas à qualifier — de manière métaphorique mais éclairante — d’Etat « zombie », « État fantôme », « État patrimonial », voire « État du ventre » ou encore « État gâteau ».
Ce diagnostic n’est pas une insulte. C’est une alerte scientifique.
La Constitution de 2006 : cadre ou piège ?
La Constitution du 18 février 2006, en dépit de ses ambitions initiales, n’a pas permis de stabiliser durablement l’État congolais.
Elle a produit :
– une fragmentation et une hybridation du pouvoir,
– une conflictualité institutionnelle récurrente,
– une difficulté à construire une autorité étatique cohérente et efficace.
Autrement dit, elle organise un État qui peine à s’imposer comme centre de gravité de la vie nationale. Dès lors, poser la question de sa réforme — voire de sa refondation — n’est pas un caprice politique. C’est une exigence structurelle.
Refuser la refondation : une responsabilité politique lourde
Dans ce contexte, refuser toute dynamique de réforme sous prétexte qu’elle serait initiée par un régime donné revient à commettre une erreur grave : celle de sacrifier l’État pour affaiblir un régime. C’est substituer l’intérêt immédiat à l’intérêt stratégique. C’est préférer la confrontation politique à la construction institutionnelle. Et, au final, c’est organiser la perpétuation de la faiblesse étatique.
Revenir à l’essentiel : quel État voulons-nous ?
La question centrale n’est pas : qui réforme ? La question fondamentale est : que réformons-nous, et pour quel État ? et comment pourrions-nous le faire ensemble.
Voulons-nous :
– un État capable de protéger ?
– un État capable d’organiser ?
– un État capable de projeter une vision collective Ou acceptons-nous la permanence d’un État fragile, capturé, fragmenté ?
Conclusion
Un peuple ne peut durablement exister sans un État solide. Et un État ne devient solide que s’il est pensé, réformé, consolidé. Refuser cette refondation, c’est faire le choix implicite de la faiblesse. L’assumer, c’est ouvrir la voie à la souveraineté, à la stabilité et au développement.
L’histoire jugera.
Mais avant cela, le présent oblige. Car en définitive, il ne s’agit pas de défendre des positions politiques. Il s’agit de construire un État.
