’Je préfère être la mendiante nationale pour eux’’. Cette formule forte, prononcée par la Ministre d’État en charge des Affaires Sociales, Actions Humanitaires et Solidarité Nationale, Eve Bazaiba Masudi, résume l’urgence qu’elle veut imprimer à la campagne de solidarité nationale. Hier, mardi 6 octobre 2026, lors d’un entretien avec les responsables des médias au Salon bleu de l’immeuble du Gouvernement, à la Gombe, elle a appelé chaque congolais à contribuer, selon ses moyens, à l’effort national en faveur des personnes vulnérables. Pour faire face aux urgences humanitaires, elle estime avoir besoin d’au moins 1,4 milliards de dollars.
La République Démocratique du Congo fait face à des besoins humanitaires persistants, alors même que les financements extérieurs destinés à l’aide humanitaire connaissent une importante contraction. Pour Ève Bazaiba, cette nouvelle réalité impose de repenser les mécanismes de mobilisation des ressources et de donner davantage de place à la solidarité entre Congolais. « La République démocratique du Congo est confrontée à beaucoup de problèmes », a-t-elle rappelé, avant de relever la baisse des appuis extérieurs dont dépend encore une partie de la réponse humanitaire. Selon les chiffres avancés par la Ministre d’Etat, la RDC vient de perdre 70 % de l’aide humanitaire provenant de l’USAID et 15 % de l’aide humanitaire provenant du Royaume-Uni. « Le tout donne 85 %. Les philanthropes et d’autres partenaires contribuent à hauteur de 15 %… Du coup, il faut réfléchir », a-t-elle expliqué.
Pour la ministre d’État, cette situation commande de nouvelles initiatives. « Le rôle d’un responsable, c’est aussi la créativité. Nous voulons diversifier les ressources », a-t-elle lancé, annonçant ainsi sa volonté de ne pas limiter la réponse humanitaire aux seuls financements traditionnels.
Soutien conséquent en faveur de la réponse humanitaire
C’est dans cette logique que la ministre entend se tourner davantage vers les ressources nationales. Elle veut notamment mobiliser les Congolais, les entreprises et toutes les personnes physiques ou morales qui participent à la vie économique du pays. « Je ne peux pas tabler ailleurs si ce n’est voir mes propres compatriotes et tous ceux qui investissent en République démocratique du Congo, vers des personnes physiques et morales », a-t-elle déclaré. L’objectif est de faire de la solidarité nationale un véritable levier complémentaire à l’action publique. « Je suis Ministre des Affaires sociales, actions humanitaires et solidarité nationale. Nous voulons booster le volet de la solidarité nationale », a-t-elle poursuivi. Dans l’immédiat, les besoins sont importants. « Il me faut au moins 1,4 milliards de dollars pour faire face à la situation d’urgence humanitaire », a-t-elle affirmé.Cet appel ne signifie toutefois pas que l’État entend se retirer de ses responsabilités. La ministre l’a précisé sans ambiguïté : « Cette campagne ne remplacera pas l’Etat. Le Trésor public va toujours nous accompagner. »
Il s’agit plutôt de renforcer l’action publique par un effort collectif, en invitant chaque citoyen à apporter sa pierre à l’édifice, selon ses moyens. Le Gouvernement souhaite ainsi que les Congolais, les opérateurs économiques, les organisations et les autres personnes de bonne volonté puissent participer à cette campagne de solidarité nationale.
Le Gouvernement sur tous les fronts
Pour Ève Bazaiba, la solidarité ne doit pas être perçue comme un geste ponctuel réservé à quelques catégories de personnes. Elle doit devenir une responsabilité collective, particulièrement face à la permanence des situations de vulnérabilité. « Tant que les problèmes sont permanents, j’ai le devoir d’avoir une campagne permanente pour soulager les populations vulnérables », a-t-elle insisté. Dans son plaidoyer, la ministre a surtout voulu replacer les personnes vulnérables au cœur de la communauté nationale. « Les personnes qui se retrouvent dans les catégories vulnérables sont nos frères et sœurs. Ce sont nos compatriotes », a-t-elle déclaré. Autrement dit, pour la ministre, la souffrance d’un Congolais ne devrait pas laisser indifférent un autre Congolais, quelle que soit la distance qui les sépare. Elle s’est d’ailleurs appuyée sur un message de la plus Haute Autorité du pays pour illustrer cette conception de la solidarité : « Au-delà des dons en nature ou numéraires, cette solidarité nationale démontre clairement que la souffrance d’un Congolais à Kasumbalesa intéresse le Congolais de Kinzamvuete. »
Les médias appelés à porter le message
Dans cette campagne, les médias sont appelés à jouer un rôle de relais auprès de la population. Ève Bazaiba a ainsi demandé aux responsables des médias de contribuer à la diffusion de cet appel afin qu’il puisse atteindre toutes les couches de la société.
« Je voudrais que vous soyez de véritables canaux pour que cette campagne de solidarité nationale soit portée auprès de tous les Congolais », leur a-t-elle lancé. La ministre assure, par ailleurs, vouloir placer cette initiative sous le signe de la crédibilité et du contrôle. « Je vous garantis de la crédibilité de l’action. Je suis surveillée non seulement par les structures gouvernementales, mais aussi par la plus Haute Autorité de la République », a-t-elle déclaré.
Pour elle, l’enjeu dépasse donc la simple collecte de fonds. Il s’agit de créer une dynamique nationale susceptible de soulager concrètement les personnes confrontées aux situations les plus difficiles.
Au terme de son intervention, Ève Bazaiba a livré l’un des passages les plus marquants de son échange avec les médias. Elle a assumé publiquement son intention de multiplier les démarches pour obtenir les moyens nécessaires à l’action humanitaire. « J’ai besoin des moyens. Je ne veux pas échouer dans mon mandat », a-t-elle martelé. Et de préciser ce qu’elle considère comme un échec : « Échouer signifie continuer à voir sur le boulevard les aveugles en train de demander. »
C’est dans ce contexte qu’elle a lâché cette formule devenue le symbole de son appel : « Je préfère être la mendiante nationale pour eux. » L’expression, volontairement forte, traduit sa volonté de solliciter largement les contributions afin de venir en aide aux plus vulnérables. La ministre se dit ainsi prête à multiplier les appels, à mobiliser les compatriotes et à rechercher toutes les ressources possibles pour éviter que les personnes en situation de vulnérabilité ne restent sans assistance. À travers cette campagne, le Gouvernement veut donc susciter un élan où chacun contribue selon ses moyens : les citoyens, les entreprises, les philanthropes, les organisations et les autres partenaires. Une mobilisation appelée à s’inscrire dans la durée, puisque, pour Ève Bazaiba, tant que les situations de vulnérabilité persistent, la solidarité nationale doit elle aussi rester permanente. « La mendiante nationale », comme elle se définit elle-même, entend ainsi faire de son plaidoyer un appel collectif : que la souffrance d’un Congolais ne soit plus seulement l’affaire de l’État, mais qu’elle interpelle également l’ensemble de la communauté nationale.
La Pros.
