(Par Laurent Bukasa)
Parmi les événements récents qui défraient la chronique dans l’actualité nationale, les observateurs de la vie nationale avaient épinglé la colère piquée par le Chef de l’Etat lors de sa visite au marché central de la ville de Kinshasa, l’ultimatum qu’il avait donné au Gouverneur de la ville pour assainir les environs de ce marché et le dégagement du tas d’immondices qui jonchaient ses alentours. Dès lors, l’opinion nationale ne vendait plus très chère la peau du Gouverneur de la ville qui, d’ailleurs, était absent de la Capitale.
Effectivement, trois ou quatre jours plus tard; le Président de la République, fort de ses prérogatives de garant du bon fonctionnement des Institutions, qui tenait à ce que l’assainissement de la ville passe d’un simple slogan à une réalité sur terrain, réagissait de la manière la plus inattendue pour la majorité de la classe politique congolaise: la mise en place d’une Task-Force chargée de régler une fois pour toute ce problème qui était devenu une urgence environnementale et sanitaire pour le pays. Et il revenait dans ses attributions de protecteur des congolais d’intervenir et cette intervention n’a pas eu lieu dans le sens attendu.
En fait, il suffisait qu’il limoge le Gouverneur, apparemment incapable de relever ce défi qui a terni sérieusement l’image politique de son Parti à cause de ses promesses de campagne non tenues sur la gestion de l’assainissement pour que l’opinion s’apaise. Mais il y avait là un autre obstacle majeur qui empêchait le Chef de l’Etat d’interférer directement dans la libre administration des provinces comme la Constitution actuelle du pays le lui exige.
Même le Ministre de l’intérieur dont dépend indirectement le Gouverneur ne pouvait intervenir directement sans sérieusement heurter les dispositions légales sur la libre-administration de ces entités décentralisées.
Il y avait aussi l’obstacle majeur qui se trouvait devant lui du fait que le Gouverneur faisait partie de son propre Parti Politique et que derrière ce Gouverneur se trouvaient un grand nombre de soutiens internes qu’il aurait aimé ne pas heurter frontalement et brutalement sans les discréditer.
Et pourtant, s’il voulait que les lignes bougent cette fois-ci; il était obligé d’agir.
C’est là que l’idée d’une Task-force qui contournerait ces entraves légales devient une innovation qui risque de bouleverser les deux dernières années de son mandat en cours. Il ne viole pas la loi sur la libre-administration des Provinces.
Il ne fait pas pression sur l’Assemblée Provinciale censée lapider le gestionnaire jugé inefficace ; celle-ci ne l’a jamais sanctionné ; il n’utilise pas les rouages de son Parti pour le mettre en difficulté. Il a sûrement compris que le Gouverneur a des appuis certains et dans l’Assemblée Provinciale et dans le Parti présidentiel. Il pouvait ce faisant créer des remous inutiles dont il n’a pas besoin en ce moment. Mais il assigne au gestionnaire inefficace une équipe dans laquelle le Gouverneur lui-même se retrouve qui devra désormais gérer les fonds mis à la disposition de la province par le gouvernement central et ceux que la province elle-même génère à cet effet.
En d’autres termes, il arrache au Gouverneur le pouvoir de disposer des fonds d’assainissement pour le confier à une gestion collégiale dont l’ultime décideur est une autre personnalité. Et c’est là ce qui donne des insomnies au Gouverneur de la ville.
Car ces fonds dont dispose la Province qui n’ont pas facilité l’accomplissement des tâches auxquelles ils étaient destinés dont dispose la Province ; donc le Gouverneur constituerait ce qui fait la force du Responsable de la ville et lui procureraient la compréhension et le soutien de ses appuis. Ils seraient soit mal utilisées par des libéralités superfétatoires, soit dilapidées sans accomplir les tâches auxquelles ils étaient destinés.
L’impunité dont jouit l’équipe gouvernementale provinciale et son inefficacité à dompter le défi de l’assainissement de la ville proviendrait sûrement de la générosité dont il fait preuve par une libéralité exagérée en y puisant généreusement.
N’est-ce pas que la Task-Force est une arme que le Président de la République aurait dénichée pour régler le problème des Gestionnaires inefficaces mais protégés par des lobbys puissants et booster l’accomplissement du service public que la population congolaise attend d’eux ? S’ils sont soutenus par des alliés puissants, parfois mêmes des membres de son ancrage politique qu’il n’a pas l’intention de bousculer ; mais qu’il se trouve contraint d’exiger d’eux plus d’efficacité ; il n’aurait pas trouvé mieux.
On en est arrivé là parce que le système hérité de la gouvernance passée était basé essentiellement sur le clientélisme, la récompense des alliés plutôt que la méritocratie et les résultats. On donne des postes aux alliés comme ‘’part du gâteau’’ ; et de ce fait, on ne peut leur exiger d’accomplir efficacement le ‘’ service public’’ dont on attend d’eux. Et le perdant est le peuple à qui le service public profite.
Si tel est le cas, le dossier de la mise en place de la Task-Force à Kinshasa constitue un cas sans précédent et plus tard une jurisprudence, une référence que devraient redouter désormais tous les gestionnaires inefficaces que la République rengorge et qu’on pousserait par la force à l’efficacité et à faire le boulot.
On les garde à leurs postes, mais on leur retire la gestion des fonds qu’ils ont mal gérés que l’on confie à une équipe spécialisée avec l’objectif précis de rapporter des résultats. Personne n’est blessée ; les attentes de la population peuvent maintenant être satisfaites.
