C’est sous un soleil de plomb et devant une foule dense et attentive de plus d’un millier de sympathisants, dans le quartier de Malueka à Ngaliema, que Prince Epenge a pris la parole le dimanche 29 juin 2025. Le porte-parole de la coalition Lamuka et président de l’Action pour la Démocratie et le Développement au Congo (ADD Congo) a livré une analyse nuancée mais ferme de l’accord récemment conclu à Washington entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. Son message a été un mélange de reconnaissance pour les efforts diplomatiques et d’alerte face aux périls qui menacent la souveraineté et la justice en RDC.
Loin de rejeter en bloc l’accord négocié sous l’égide des États-Unis, Prince Epenge a commencé par en saluer les aspects positifs. ‘’Nous ne jetons pas l’eau du verre avec le bébé’’, a-t-il déclaré, reconnaissant que l’implication de la communauté internationale, notamment des États-Unis, du Qatar et de l’Union Africaine, constitue une avancée dans la quête de la paix. Cependant, cette reconnaissance a rapidement laissé place à une critique acerbe des failles majeures du texte.
Au cœur de ses préoccupations, la question de l’impunité. Pour l’opposant, l’accord passe sous silence trois décennies de crimes et d’agressions imputées au Rwanda. ‘’Il faut utiliser le VAR, sinon il y aura récidive’’, a-t-il métaphoriquement lancé, dénonçant un arrangement qui s’apparente à un penalty sans carton rouge pour Kigali. Il a martelé l’exigence d’une justice pour les millions de victimes congolaises et la mise en place de mécanismes clairs et concrets pour leur indemnisation.
Pour Prince Epenge, la solution ne peut venir uniquement de Washington. Il a lancé un appel vibrant à la tenue rapide d’un dialogue national inclusif, considérant que les arrangements internationaux, bien que nécessaires, ne sont pas suffisants. ‘’Nous avons dit à Félix Tshisekedi que le pays est au bord du précipice. Il y a un danger’’, a-t-il prévenu.
Ce dialogue, selon lui, doit être un moment de vérité et de réconciliation entre tous les fils et toutes les filles du Congo. Il a insisté sur la nécessité d’y associer toutes les forces vives de la nation : les acteurs politiques, la Société civile représentée par la CENCO et l’ECC, et même les anciens dirigeants comme Joseph Kabila, dont il a critiqué le bilan chaotique mais affirmé que sa place n’est pas en exil. Il a également posé comme condition que les groupes armés, à l’instar de l’AFC/M23 de Corneille Nangaa, déposent les armes pour participer à la reconstruction nationale.
Le Camp de la patrie contre la balkanisation
Face à ce qu’il perçoit comme une menace pour l’intégrité du pays, Prince Epenge a mis en avant le concept du Camp de la patrie, une idée portée par Martin Fayulu. Il l’a défini comme un sursaut nationaliste, un front commun de tous les Congolais opposés à la division du pays. ‘’Le camp de la patrie, c’est le refus catégorique de voir notre pays divisé en deux ou en trois’’, a-t-il expliqué. Ce rassemblement idéologique vise à réaffirmer que le Congo de Lumumba ne sera jamais divisé et à s’assurer que l’avenir du pays se décide par les Congolais et pour les Congolais. C’est une affirmation de souveraineté, une manière de dire que la paix durable ne peut être importée, mais doit être forgée de l’intérieur, à travers un dialogue sincère et une volonté partagée de préserver l’unité nationale.
En somme, le discours de Prince Epenge a tracé une ligne politique exigeante, celle d’un patriotisme qui ne se contente pas des accords internationaux mais qui exige la justice, la réconciliation et la primauté de la souveraineté congolaise. Un appel à une nouvelle génération de leaders pour prendre en main le destin d’une Nation à la croisée des chemins.
Nathan Mundele
