La diplomatie congolaise, même confinée dans le huis clos feutré de Rome, obéit à une règle immuable : celle de l’équilibrisme tactique. Face à l’enlisement des discussions, les cinq dirigeants de la coalition ont choisi une approche pragmatique, presque chirurgicale, consistant à capitaliser d’abord sur les convergences pour mieux différer les contentieux inflammables. C’est la politique des petits pas, indispensable lorsque le terrain politique est miné par des clivages historiques. Mais chasser le naturel, ou plutôt le sensible, revient inévitablement à le voir galoper à nouveau vers la table des négociations. Si la rédaction d’un texte commun a pu s’ébaucher grâce aux points d’accord — notamment sur la main tendue aux acteurs armés et non armés sous l’égide des Églises catholique et protestante —, l’énigme au milieu de la pièce demeure inchangée. Cet énigme porte un nom : Joseph Kabila, et son adhésion frontale à la lutte armée. Le dilemme qui paralyse les chefs de file de la coalition résume à lui seul la complexité du paysage politique de la République Démocratique du Congo. S’abstenir de condamner fermement le choix belliqueux de l’ancien président risque d’être perçu par l’opinion publique et la communauté internationale comme un blanc-seing, une complicité passive avec la violence. A l’inverse, acter cette condamnation formelle expose la coalition au grief de faire le jeu du pouvoir en place et d’apporter un soutien indirect, voire involontaire, à Félix Tshisekedi. C’est précisément cette polarisation binaire que la coalition tente désespérément de briser. Sa survie politique dépend de sa capacité à affirmer une autonomie farouche à l’égard de ces deux pôles d’attraction antagonistes. Trouver les mots justes, ceux qui unissent sans aliéner, relève de la sémantique de haute voltige. Chaque virgule y est une concession, chaque adjectif un garde-fou. Pendant que l’on pèse chaque terme en Italie, la réalité du terrain kinois vient brutalement rappeler la fragilité du processus. L’interpellation à Kinshasa de Prince Epenge, porte-parole de Lamuka et collaborateur clé de Martin Fayulu, jette un voile de suspicion légitime sur la sérénité des débats. Cet empêchement de voyager, dont les motifs officiels restent désespérément muets, résonne comme un signal d’alarme. Il illustre le fossé permanent entre les aspirations au dialogue exprimées à l’étranger et les réflexes de restriction qui perdurent sur le sol national. Ce mardi, à l’heure de reprendre les points laissés en suspens, les dirigeants ne font pas que négocier un communiqué. Ils jouent leur crédibilité de tiers de confiance. Éviter le piège de la polarisation tout en traçant une ligne rouge claire contre la violence armée est l’équation cruciale qu’ils doivent résoudre. La méthode des consensus faciles a atteint ses limites ; place désormais au courage des choix clairs.
La Pros.