Dans une déclaration solennelle datée du 2 juin 2026 depuis Likasi, l’Honorable François Lusanga Ngiele, l’un des pères fondateurs de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), brise le silence. À 80 ans, le dernier membre du groupe historique des « 13 parlementaires » encore en activité politique dénonce les dérives des ailes actuelles du parti et appelle à une réunification autour des valeurs de 1982.
C’est un document qui sonne comme un testament politique et un réquisitoire sévère. François Lusanga Ngiele, figure de proue de la lutte contre la dictature de Mobutu et co-initiateur de la célèbre « Lettre ouverte de 52 pages », a pris la parole pour répondre aux « préoccupations des Congolais » face à la confusion qui règne au sein de la famille politique de l’UDPS.
La légitimité historique face aux « usurpateurs »
Désigné par ses pairs comme le porte-parole des fondateurs encore vivants, François Lusanga Ngiele fonde sa légitimité sur une fidélité inébranlable. « Je suis l’unique fondateur vivant qui n’a jamais quitté ce parti depuis sa création le 15 février 1982 », souligne-t-il, se distinguant de ceux qui ont pris des «repos» ou sont allés « se faire déboucher ailleurs ».
Le constat du doyen est amer : l’UDPS, tel qu’elle est représentée aujourd’hui par diverses ailes, ne refléterait plus l’idéal des pères fondateurs. Il accuse nommément certaines branches du parti de s’être approprié le nom de l’UDPS de manière illégitime depuis le 23 mars 1996, date charnière de la confiscation du bien commun décidé à l’époque par Étienne Tshisekedi.
Un réquisitoire contre le « Djalelo » et les dérives constitutionnelles
Le point de rupture semble être la volonté de modifier la Constitution, une initiative portée par l’une des ailes actuelles de l’UDPS. Pour Lusanga Ngiele, c’est une trahison de la « loi fondamentale ». Il fustige le retour des pratiques du « DJALELO » (chants de louanges à la gloire du chef) que les fondateurs ont combattu au prix de « souffrances atroces, de morts et de disparitions ».
Dans cette déclaration de plus d’une dizaine de pages, le patriarche est catégorique dans sa conclusion qu’il propose en 3 points majeurs :
1. Désaveu total : les actes posés par les ailes actuelles n’engagent pas l’UDPS des pères fondateurs.
2. Appel à l’unité : il exige la réunification du « vrai PARTI » pour poursuivre les objectifs initiaux.
3. Avertissement judiciaire : les fondateurs interdisent aux différentes ailes d’utiliser le nom du parti et menacent de porter l’affaire devant la justice nationale, et si nécessaire, internationale.
« Il faut avoir un cœur d’acier »
L’Honorable Lusanga Ngiele ne mâche pas ses mots envers les dirigeants actuels qu’il qualifie de « monstres à visages humains », leur reprochant d’avoir rejeté sans remords des milliers de membres historiques qui sont les « vrais propriétaires » de l’UDPS.
« Notre justice nationale doit se ressaisir, il est encore temps »*, martèle-t-il, demandant à ceux qui ont « subtilisé » le nom du parti de demander pardon au peuple congolais.
Un tournant pour l’UDPS ?
Cette sortie médiatique intervient alors que le climat politique en RDC est marqué par des débats intenses sur la révision constitutionnelle. En se positionnant comme le garant de l’orthodoxie de 1982, François Lusanga Ngiele place les dirigeants actuels face à leurs responsabilités historiques.
Reste à savoir si ce cri du cœur du dernier des « 13 parlementaires » sera entendu par une base militante souvent divisée, ou s’il restera le témoignage d’une époque dont les héritiers semblent vouloir tourner la page.
César Nkangulu
