Le financement climatique n’est plus un simple mécanisme porté exclusivement par les partenaires techniques et financiers. En République Démocratique du Congo, il tend désormais à s’imposer comme un véritable instrument de politique publique, au carrefour des enjeux de gouvernance économique, de réforme institutionnelle et de développement territorial. La réunion du Comité de Pilotage (COPIL) politique du Fonds National REDD (FONAREDD), tenue le 4 juin 2026 à Kinshasa, en a fourni une illustration éloquente. Au-delà du traditionnel examen des performances du Fonds, les échanges ont mis en lumière des préoccupations devenues essentielles : l’efficacité de la dépense, la capacité d’absorption des financements, la responsabilité des acteurs impliqués dans leur gestion ainsi que la préparation de la prochaine phase du partenariat entre la RDC et l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI).
Portefeuille financier stratégique
Les chiffres présentés témoignent de la montée en puissance du FONAREDD dans l’architecture du financement du développement en RDC.
À fin décembre 2025, le Fonds totalisait 36 programmes approuvés, dont 23 en cours d’exécution et 13 déjà clôturés. Les engagements cumulés dépassent désormais 635 millions de dollars américains, tandis que les financements effectivement mobilisés franchissent la barre des 400 millions USD.
L’année 2025 apparaît comme un tournant majeur. Près de 182 millions USD de nouveaux investissements ont été approuvés, soit un volume pratiquement équivalent à celui enregistré au cours des cinq années précédentes réunies.
Ce changement d’échelle traduit l’importance croissante du financement climatique dans les politiques publiques nationales. Dans un contexte où les finances de l’État restent fortement sollicitées par les impératifs sécuritaires, les infrastructures, l’éducation, la santé ou encore l’énergie, ces ressources constituent un levier significatif pour soutenir le développement et accompagner les réformes.
Surtout, elles dépassent désormais le seul cadre environnemental.
Les investissements soutenus par le FONAREDD contribuent à la transformation des systèmes agricoles, à la sécurisation foncière, au renforcement de la gouvernance territoriale, à l’accès à des sources d’énergie domestique plus durables ainsi qu’à l’amélioration de la productivité dans les zones rurales.
Les résultats obtenus illustrent cette dynamique : plus de 218.000 foyers améliorés distribués, plus de 606.000 hectares de concessions forestières communautaires sécurisés, plus de 26.000 hectares d’agroforesterie développés et près de 923.000 bénéficiaires directs touchés à travers les différents programmes financés.
Etape décisive
L’un des principaux faits marquants de cette réunion a été l’annonce de l’institutionnalisation du FONAREDD.
Président du COPIL, le Ministre des Finances, Doudou Roussel Fwamba Likunde Li-Botayi, a confirmé la signature de l’arrêté consacrant cette évolution, désormais transmis au Journal officiel pour publication.
Cette décision marque une étape majeure dans la consolidation du mécanisme.
Au fil des années, le FONAREDD s’est imposé comme le principal véhicule des investissements climatiques et forestiers du pays. Son ancrage institutionnel traduit la volonté du Gouvernement de pérenniser cet instrument stratégique.
« Le FONAREDD n’est plus seulement un mécanisme de financement. Il est devenu un instrument stratégique de l’État congolais pour orienter les investissements climatiques, soutenir les réformes structurantes et renforcer la contribution de la RDC aux efforts mondiaux de lutte contre les changements climatiques », a souligné le Ministre des Finances.
Au-delà de sa portée administrative, cette institutionnalisation constitue également un signal fort adressé aux partenaires internationaux quant à la stabilité et à la crédibilité du dispositif.
Contribution nationale
Autre évolution notable : l’implication progressive du Trésor public dans le financement du mécanisme. Les autorités ont confirmé que la contribution nationale couvrant 25 % des coûts du Projet d’Appui au Secrétariat Exécutif du FONAREDD a déjà reçu l’autorisation de décaissement et suit actuellement le circuit normal de la dépense publique.
Par ailleurs, les 10 millions USD destinés au programme PAAD-243T ont également été mobilisés et se trouvent dans le processus préalable au décaissement.
Cette participation budgétaire revêt une portée particulière. Dans plusieurs mécanismes de financement climatique à travers le monde, la dépendance exclusive vis-à-vis des ressources extérieures constitue souvent un facteur de fragilité institutionnelle.
En mobilisant progressivement des ressources nationales, le Gouvernement congolais renforce son appropriation du dispositif tout en rassurant ses partenaires sur son engagement à poursuivre les objectifs fixés.
Défi principal
Malgré les progrès enregistrés, les participants ont reconnu la persistance de certaines contraintes affectant le rythme de mise en œuvre des investissements.
Les délais entre l’approbation des programmes et leur démarrage effectif, la longueur des circuits de validation, les exigences fiduciaires liées à la gestion des fonds internationaux ainsi que les difficultés rencontrées par certains organismes d’exécution figurent parmi les principaux obstacles identifiés.
Cette problématique dépasse le seul cadre du FONAREDD.
Dans de nombreux pays bénéficiant d’appuis extérieurs, les difficultés ne résident pas tant dans la mobilisation des ressources que dans la capacité à les transformer rapidement en investissements productifs et en résultats tangibles.
Dès lors, la capacité d’absorption apparaît comme un indicateur majeur de performance.
L’enjeu consiste à concilier deux impératifs : garantir la rigueur dans la gestion des fonds publics et accélérer leur exécution afin de répondre efficacement aux attentes des populations.
Responsabilités à clarifier
Les débats ont également porté sur la répartition des responsabilités au sein du dispositif. Interpellé sur les retards observés dans certains décaissements, le Secrétaire Exécutif National du FONAREDD, Bavon N’Sa Mputu Elima, a tenu à rappeler le rôle spécifique de chaque instance.
« Le Secrétariat Exécutif n’est pas l’instance qui prend les décisions. Les décisions relèvent des organes de gouvernance du Fonds. Il est donc important que chaque acteur assume sa part de responsabilité dans le fonctionnement du mécanisme et dans la mise en œuvre des décisions qui sont prises », a-t-il précisé.
Cette mise au point a permis de rappeler que le FONAREDD repose sur une gouvernance multipartite associant les ministères sectoriels, les partenaires techniques et financiers, les agences de mise en œuvre ainsi que les organes de pilotage.
Maximiser l’impact
Présent à la réunion, le Ministre d’État en charge de l’Aménagement du Territoire, Jean-Lucien Busa, a plaidé pour la levée des obstacles qui freinent l’exécution des programmes.
« Les résultats présentés démontrent que des progrès importants ont été réalisés. Toutefois, nous devons avoir le courage d’identifier les blocages qui ralentissent la mise en œuvre de certains programmes et d’y apporter des solutions adaptées », a-t-il déclaré.
Même appel du côté du Conseiller principal à la Primature chargé du Changement climatique, de l’Agriculture et du Développement durable, Idesbald Chinamula.
« Les résultats obtenus sont encourageants, mais ils doivent désormais se traduire par une accélération visible de l’exécution sur le terrain », a-t-il insisté.
Gage de redevabilité
Les premiers résultats de l’évaluation indépendante conduite par le consortium TEREA-FIDAfrik ont également été présentés.
Les conclusions préliminaires font état d’un dispositif globalement fonctionnel et d’une gouvernance jugée satisfaisante, tout en formulant plusieurs recommandations destinées à renforcer davantage l’efficacité opérationnelle du portefeuille.
Les participants ont souligné l’importance de ces évaluations indépendantes dans le pilotage des politiques publiques, en ce qu’elles favorisent la redevabilité, améliorent les processus de gestion et renforcent la qualité de la dépense publique.
Préparer l’après-2026
Alors que la première phase du partenariat RDC-CAFI arrive progressivement à son terme, les réflexions sont déjà tournées vers l’avenir.
Le Président du COPIL a réaffirmé la volonté du Gouvernement de poursuivre la programmation des ressources disponibles tout en préparant la prochaine génération de financements climatiques.
« Il est essentiel de maintenir la dynamique engagée, de consolider les acquis dans les provinces où des investissements importants ont déjà été réalisés et de préparer, dans les meilleures conditions, la prochaine phase du partenariat », a-t-il déclaré.
Au-delà des performances financières et environnementales, la réunion du COPIL du 4 juin 2026 aura surtout confirmé une évolution majeure : en République démocratique du Congo, le financement climatique s’affirme progressivement comme un instrument de souveraineté économique, de transformation institutionnelle et d’investissement territorial.
Le véritable défi des prochaines années consistera désormais à convertir efficacement les ressources mobilisées en croissance inclusive, en résilience climatique et en amélioration durable des conditions de vie des populations congolaises.
John Ngoyi
