Il était face aux étudiants de l’Université Pédagogique Nationale (UPN), chercheurs et acteurs de la société civile le jeudi 26 mars dernier. Lui, c’est le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli qui est allé au fond du sujet : « Diplomatie parlementaire et souveraineté nationale : analyse institutionnelle des accords de Washington entre la RDC et le Rwanda et entre la RDC et les Etats-Unis. » L’hôte de marque de cette conférence scientifique a été gratifié d’un trophée honorifique. Sa brillante communication était scindée en quatre points.
Il s’agit de : 1° Cadre géostratégique, anatomie de la société internationale ; 2° L’accord RDC-Rwanda, Doha et RDC-USA ; 3° L’articulation des Accords et rôle du parlement ; 4° Conclusion et prospective : sortie du déficit de pensée stratégique ou le désarmement cognitif. Il sied de rappeler que cet accord de Washington est sous examen au parlement de la RDC qui l’a reçu du gouvernement.
Abordant le premier point, le Professeur Jacques Djoli a fait comprendre aux étudiants de l’UPN le contexte géostratégique global, régional et interne des accords de Washington. C’est ce qu’il appelle « faire une anatomie des relations internationales caractérisée par le choc des impérialismes.
Aujourd’hui, cet orateur considère le droit international comme un plancher pourri où prospère un système international anarchique, voire, hiérarchique. « C’est le droit du plus fort », a-t-il martelé. Il a étayé cette assertion en rappelant, entre autres, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’enlèvement du couple présidentiel vénézuélien Maduro et la domination de ce pays d’Amérique latine par les Etats-Unis, le bombardement massif du Liban par Israël, la frappe de l’Iran par le binôme Israël-USA. Il ressort clairement de ces exemples que le droit international est foulé au pied.
En somme, les Etats rationnels agissent pour maximiser leurs intérêts et leur sécurité en développant leurs puissances. Jacques Djoli explique que ce sont les rapports de force qui fixent les règles du jeu. Il s’agit là de la théorie rationnelle de relations internationales.
Parlant de la RDC, il rappelle que ce pays est depuis trois décennies sous tensions, en proie à des guerres et conflits dont la quintessence est le contrôle de ses richesses naturelles par les envahisseurs. Pourtant, poursuit-il, cette théorie a été occultée par des théories de malédiction des richesses.
La démarche du président Félix Tshisekedi a consisté tout d’abord au changement de narratif : déconstruire le prétexte rwandais, dévoiler les stratagèmes de ses proxys, acteurs de déstabilisation de la RDC afin de bâtir leurs économies sur le pillage des ressources congolaises.
Entrant de plein pied dans le second point de son intervention, le Professeur Jacques Djoli affirme que l’accord précise clairement que son objectif majeur est d’éliminer progressivement les activités illicites liées à l’extraction, au commerce, à la circulation et à la transformation des ressources minérales qui compromettent la paix, la sécurité et la bonne gouvernance dans la région. Ensuite, enclencher une diplomatie active pour changer le paradigme en signant un partenariat stratégique de haut niveau avec l’hyperpuissance mondiale en vue de mettre fin aux cycles continus de violence.
Le premier accord signé déconstruit le prétexte rwandais et affirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC et donne injonction aux forces rwandaises de se désengager du territoire congolais. Il explique aussi que le deuxième accord avec le pays de l’Oncle Sam (USA) a, pour fondamentalité, l’établissement d’un partenariat stratégique mutuellement avantageux qui permet à notre pays, la RDC, de tirer enfin parti de ses ressources géologiques inégalées afin d’accélérer son développement économique grâce à la transformation industrielle pour une plus grande prospérité du peuple congolais.
Pour atteindre cet objectif, les Etats-Unis vont jouer un rôle central pour soutenir par l’industrialisation, la mise en place des chaînes de valeur et la connectivité des infrastructures, notamment le projet hydroélectrique Grand Inga, le soutien aux projets miniers, le corridor Sakania Lobito ou encore le corridor de Banana. Il sera aussi assurer un approvisionnement prévisible et durable des minerais critiques notamment en cobalt et lithium aux Etats-Unis.
Le schéma de de ce partenariat trouve sa substance par la signature d’un protocole d’accord spécifique qui précise les modalités de coopération en matière de paix, de stabilité et de restauration de l’autorité de l’Etat dans toute la République. On évoque la coopération en matière de défense et sécurité, de protection des infrastructures clés et critiques afin de préserver l’intégrité du territoire et des ressources minérales stratégiques de la RDC.
Ainsi donc, « nous sommes dans un tableau où les Etats-Unis reconnaissent la RD Congo comme un partenaire stratégique clé et s’engage dans dans un partenariat de défense mutuelle, stratégique reflétant la profondeur et l’importance de notre pays. Il est dit dans l’accord que « la famille RDC joue un rôle central en Afrique centrale et australe. Ceux qui étaient dans l’illusion viennent de comprendre avec sanctions contre les hauts gradés rwandais. », a-t-il conclut ce deuxième point.
S’agissant du troisième point, Jacques Djoli, de surcroit Rapporteur de l’Assemblée nationale, affirme qu’il va de soi que, conformément à l’article 214 de la Constitution, que le parlement qui a compris le fondement stratégique de cet accord puisse autoriser le président de la République à ratifier cet accord. Il a invité la jeunesse estudiantine à ne point tomber et de sortir du déficit de pensée stratégique, une lecture anthropo stratégique pauvre consécutive au désarmement cognitif. Il est donc temps de tourner le dos au sensationnel et superficiel.
En définitive (quatrième et dernier point), cet accord marque la base de refondation stratégique de la RDC. Jacques Djoli insiste que cet accord est le bouclier de notre existence qui doit être renforcé par la définition d’une stratégie, l’élaboration d’une doctrine de défense. Les Congolais doivent saisir cette opportunité exceptionnelle pour mettre « notre » balafre stratégique qui se manifeste par la liaison entre l’architecture sécuritaire, le maillage territoire et le vide stratégique d’un pays pot de miel non couvert.
Avant de boucler complètement cette manifestation, un trophée honorifique a été décerné à cet érudit pédagogue. Histoire de saluer son engagement pour la démocratie, sa contribution au débat public et son action au sein des institutions nationales. Tout s’est terminé dans une ambiance conviviale.
James Mpunga Yende
