Ces derniers jours, des spéculations ont vu jour autour du processus de recapitalisation de la Société Plantations et Huileries du Congo (PHC). Déterminé à couper court ces rumeurs de basse-cour, Jean-François Mombia a décidé de briser le silence, afin de rétablir la vérité dans son contexte et défendre l’intérêt des milliers de travailleurs congolais. Dans une mise au point au ton tranchant, le Président du Comité de suivi des accords sociaux au sein de Riao, sans embellir l’histoire récente de la société, a démontré noir sur blanc, les prouesses accomplies par la PHC, pour améliorer considérablement les conditions de travail de ses employés. Hier, des ouvriers marchaient des kilomètres dès 3 ou 4 heures du matin, sans bottes ni équipements, et exposés aux accidents dans les plantations. Il rappelle avoir contribué, dès les années 2000, à porter ces abus sur la scène internationale, notamment à travers des plaidoyers relayés par des médias comme TV5 et la BBC.
Mais son regard s’est transformé à mesure que la pression exercée par la société civile produisait des effets. Aujourd’hui, il décrit une entreprise en mutation. Selon ses données, la PHC emploie plus de 11 000 travailleurs sous contrat, avec une projection pouvant atteindre 15 000 d’ici fin 2026, sans compter des milliers de saisonniers et un écosystème économique qui ferait vivre jusqu’à 100 000 ménages autour des plantations.
Les évolutions qu’il met en avant sont concrètes : des salaires qui atteignent désormais, pour certains employés, 300 à 400 dollars américains par mois, là où ils étaient autrefois dérisoires ; la construction d’écoles modernes dans plusieurs concessions ; l’implantation de centres de santé équipés, y compris avec radiologie et blocs opératoires dans des zones comme Lokuto, Boteka ou Ligimba ; ainsi que des projets d’infrastructures routières et énergétiques, notamment autour du biogaz et de la transformation industrielle.
Dans ces territoires enclavés, ces investissements ne sont pas anodins. Ils structurent la vie locale. Autour des sites de la PHC, des commerçants, des petits entrepreneurs et des familles entières dépendent de la circulation des salaires et de l’activité économique. Pour Jean-François Mombia, déstabiliser une telle entreprise reviendrait à fragiliser tout un système social déjà précaire.
Son plaidoyer s’inscrit également dans une lecture plus globale des enjeux économiques du pays. Il insiste sur le rôle des investisseurs dans un contexte où l’État congolais, confronté à des priorités budgétaires et sécuritaires, peine à soutenir financièrement certaines initiatives. Il cite notamment l’épisode récent de recapitalisation de la PHC, où un apport de 100 millions de dollars était attendu de l’État pour maintenir sa participation d’environ 20 %, une contribution qui n’a finalement pas été mobilisée. Et de poser, presque comme une interpellation publique : l’État congolais manque-t-il réellement « juste » 100 000 000 de dollars pour sécuriser une entreprise qui fait vivre des dizaines de milliers de ménages ? Une question qui, au-delà du chiffre, met en lumière les arbitrages politiques et les priorités nationales.
Dans ce contexte, Mombia défend une approche réaliste : encourager les investissements tout en exigeant des contreparties sociales fortes. Pour lui, le développement de la RDC passe nécessairement par la présence de grandes entreprises capables de créer des emplois massifs, là où les initiatives individuelles restent insuffisantes pour absorber la demande.
Cette position ne signifie pas un blanc-seing accordé à l’entreprise. En tant que président du suivi des accords, il insiste sur la nécessité de faire respecter les clauses sociales signées avec les communautés locales, notamment en matière d’accès à la terre, d’infrastructures et de services sociaux. Il évoque des mécanismes de médiation impliquant les chefs coutumiers et les populations riveraines, ainsi que l’intervention d’institutions internationales dans la facilitation du dialogue.
En filigrane, son discours met en lumière une fracture au sein de la société civile congolaise. Certains acteurs prônent des positions plus radicales, allant jusqu’à appeler à la fermeture de la PHC. Mombia s’y oppose fermement, estimant que cette approche néglige les conséquences sociales directes sur les travailleurs et leurs familles. À ses yeux, le véritable combat consiste à transformer les entreprises de l’intérieur, pas à les faire disparaître.
Ce positionnement, forgé par plus de vingt ans d’engagement, confère à Mombia une voix singulière. Une voix qui assume les contradictions d’un pays en quête de développement, où la défense des droits humains ne peut être dissociée des réalités économiques.
Dans un paysage souvent polarisé, son plaidoyer agit comme un rappel essentiel : entre la dénonciation et la construction, il existe une voie exigeante, celle de la réforme, où chaque avancée se mesure à l’aune des vies qu’elle améliore concrètement.
La Pros.
