Le débat sur l’autonomie des provinces et le respect de la hiérarchie administrative vient de prendre une tournure publique. Dans une sortie médiatique remarquée, Albert Fabrice Puela a vivement critiqué une correspondance adressée par le Ministre national des Infrastructures et Travaux Publics (ITP), John Banza Lunda, au Gouverneur du Kongo Central. Entre rappel à l’ordre et leçon de droit administratif, l’ancien Ministre des Droits Humains dénonce ce qu’il qualifie de méconnaissance des principes de la décentralisation.
C’est par le biais d’une tribune intitulée « Injonction ministérielle ou méconnaissance de la décentralisation ? » qu’Albert Fabrice Puela a choisi de répondre à John Banza Lunda. Ce texte, qui circule largement sur les réseaux sociaux, soulève une question de fond sur la gouvernance territoriale en République Démocratique du Congo.
La forme, « première garantie du droit »
Dès l’entame de son propos, Albert Fabrice Puela place le débat sur le terrain du droit et de l’éthique administrative. S’adressant directement au Ministre des ITP, il rappelle un principe fondamental de l’État de droit : « La République se gouverne d’abord par le respect des formes, car la forme est la première garantie du droit. »
Pour M. Puela, le non-respect des procédures et des usages protocolaires n’est pas qu’un simple détail, mais une entorse à la solidité des institutions. Il suggère que le non-respect de ces formes fragilise l’autorité de l’État et la légitimité des actes posés par l’exécutif national vis-à-vis des provinces.
Un ton jugé inapproprié
Le deuxième point de la critique porte sur la courtoisie administrative. Albert Fabrice Puela exprime son étonnement face à la teneur d’un courrier envoyé par le Ministre Banza Lunda au Gouverneur du Kongo Central. Selon lui, c’est moins l’objet du message que son « ton » qui pose problème.
Il dénonce un « décalage avec les standards de courtoisie administrative attendus à ce niveau de responsabilité ». Cette remarque pointe du doigt une tendance perçue de certains membres du gouvernement central à traiter les chefs des exécutifs provinciaux comme des subalternes directs, oubliant le caractère autonome des provinces consacré par la Constitution de 2006.
Le défi de la décentralisation
Au-delà de la querelle de mots, cette sortie de Fabrice Puela remet en lumière le conflit latent entre le pouvoir central et les provinces. En RDC, la décentralisation est souvent mise à mal par des velléités de recentralisation ou des injonctions venues de Kinshasa qui interfèrent avec les prérogatives provinciales.
En demandant si l’on fait face à une « injonction » ou à une « méconnaissance », Puela pose un diagnostic sévère sur la compréhension qu’ont certains ministres nationaux de la libre administration des provinces.
Vers une clarification des compétences ?
Cette interpellation intervient dans un contexte où le Kongo Central, province stratégique, est au cœur de nombreux enjeux d’infrastructures. La réaction du Ministre John Banza Lunda est désormais attendue. Ce bras de fer verbal pourrait forcer une clarification nécessaire sur la manière dont le gouvernement central doit collaborer avec les provinces sans empiéter sur leur autonomie constitutionnelle.
Pour les observateurs de la vie politique congolaise, cet incident rappelle que la décentralisation reste un chantier inachevé, où le respect mutuel entre les institutions est aussi crucial que le transfert des ressources.
César Nkangulu
