(Par le Professeur Florent Gabati)
Aujourd’hui tous les défenseurs des droits humains qu’ils soient congolais, partenaires d’organisations internationales ou acteurs politiques ont la mâchoire à terre à telle enseigne que la conditionnalité à l’adhésion ou à l’élection reconnue comme dimension opérationnelle permettant de faire respecter des critères bien définis a été bottée en touche. Il ressort réellement que ce vote ressemble à une sorte de déni de la réalité nauséabonde en RDC concernant la vague de répression de la dissidence déferlant contre des journalistes, des militants de la société civile et des opposants politiques.
Ces derniers font l’objet des détentions arbitraires et de harcèlement judiciaire. Le brouillard est complet, la duplicité des discours de certains diplomates genevois rappelant que siéger au Conseil des droits de l’Homme oblige ses membres à modifier leur pratique sur le long terme et de ceux souhaitant préalablement voir des progrès en amont renvoie cet organe onusien à ces vieilles controverses.
C’est pourquoi dans certains pays il n’est pas en odeur de sainteté suite à ses tensions entre régimes démocratiques et autoritaires.
Il ressort aujourd’hui du processus d’élection ou d’adhésion que certains principes représentant la clé de voûte de dimension opérationnelle sont respectés à la loupe. Nul n’ignore que même l’élargissement de l’Union européenne ou l’adhésion à l’OTAN est soumis en amont au respect des principes fondamentaux. Les critères définissant l’éligibilité d’un pays sont scrupuleusement respectés.
Si le Conseil des droits de l’Homme fait l’objet de certaines vives critiques aujourd’hui de la part de certains pays, c’est consécutif à ce double standard et de la politisation dans la promotion, la protection des droits de l’homme. Ce qui est primordial demeure la question de savoir si l’élection de la RDC au sein de cet organe onusien peut être considérée comme méritant en gardant à l’esprit les différents contextes politiques, juridiques, sociaux, culturels ?
Malgré la promesse faite par le président congolais de faire du respect des droits humains une priorité, la façon dont les autorités de la RDC appréhendent cette situation demeure inadéquate. Des crimes odieux ont été commis en toute impunité par les forces de sécurité. L’assassinat de Chérubin Okende reste marqué dans la mémoire des congolais. Ce crime odieux avait provoqué l’émotion et l’indignation en RDC et à l’étranger.
Bien avant sa mort, le Président congolais Félix Tshisekedi avait tenu un discours à Mbuji-Mayi distillant du venin et l’articulant avec un ton de durcissement de la répression contre l’Opposition. C’est la posture d’un pouvoir qui veut broyer ses opposants. Aujourd’hui la violence mortifère contre les opposants s’est accentuée. Des voix exigent aujourd’hui la libération de Seth Kikuni, Jean-Marc Kabund, Mike Mukebayi, Daniel Safu, Jack Sinzahera, Gloire Saasita, des activistes de la société civile incarcérés dans des geôles de l’Agence nationale de renseignement(ANR).
Un autre exemple tout récent vient ternir l’image des forces de sécurité, c’est la répression brutale contre des élèves à Matadi dans la province du Kongo central.
Depuis trois ans, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer l’activation de l’article 144 de la constitution afin de mettre un terme à l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu. Paradoxalement cette mesure a augmenté l’insécurité et entraîné un rétrécissement de l’espace des libertés démocratiques. Et pourtant des personnalités politiques, religieuses et membres de la société civile ont appelé à la levée de l’état de siège à l’est du pays.
Selon le comité International de la Croix Rouge plus de 27 % des femmes rapportent avoir subi de violences sexuelles à l’est du pays. Tout aussi inquiétant est la décision des autorités congolaises de rétablir récemment la peine de mort après deux décennies d’interruption. Des tribunaux militaires ont condamné à mort une centaine de personnes pour de motif politique. Il faut signaler aussi les atteintes aux violations des droits de l’homme portées par la milice du parti présidentiel UDPS.
Des ONG et personnalités politiques congolaises ont souvent alerté sur les agissements de ces jeunes affiliés au parti au pouvoir. Le 8 août 2024 six membres de ce groupe ont été condamnés à mort pour l’assaut sur la résidence de l’ex-président Joseph Kabila. Dans un Etat de droit, un Président n’a pas le droit d’avoir une milice.
Le gouvernement congolais ne va pas dans le sens des enjeux du respect des droits humains. Pourquoi le Conseil des droits de l’Homme de l’Onu pouvait-il ignorer la gravité de la situation des droits humains en RDC ? Fallait-il avoir confiance à un gouvernement qui n’a guère traduit devant les tribunaux les auteurs congolais et étrangers des crimes de droit international ?
Ceux qui sont aux manettes à Kinshasa tiennent des discours qui ne sont pas suivis souvent d’actes concrets, leurs efforts semblent symboliques comme de l’enfumage politique pour distraire les congolais. La problématique de la sécurisation, du respect des droits humains en RDC résulte des déficits des hommes politiques et de l’impunité ayant élu domicile. Le verbe a toujours été attribut du pouvoir, gouverner c’est en partie agir.
Quand les politiciens manquent à leur parole, quand des révélations creusent un gouffre entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font, la parole politique perd de sa crédibilité et délégitime la fonction de l’élu, de l’autorité. Voilà en quoi ressemble le prototype du politique congolais aujourd’hui. On a vu Vital Kamerhe brandir la carte de la levée de l’immunité parlementaire de Nicolas Kazadi afin qu’il soit traduit en justice.
Où en sommes-nous ? Quand des acteurs puissants continuent d’agir en toute impunité, ce qui renforce le cycle de la violence. Quand l’absence de justice affecte les droits de l’homme et leurs défenseurs, on ne parle plus d’état de droits parce que l’impunité crée l’impression d’arbitraire génératrice du sentiment d’insécurité ou de coup porté à la justice.
In fine la RDC ne méritait pas d’être élue au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU.
